25 octobre 2009

Fantastique symphonie

Vendredi, dernier jour avant les vacances donc, sortie avec ma classe à la Salle Pleyel, pour voir (et écouter) La Symphonie Fantastique de Berlioz, avec un orchestre franco-vénézuélien (mélange pour l'occasion : Orchestre Philarmonique de Radio-France et Orchestre Simon Bolivár, tout droit venu du Vénézuéla), dirigé par G. Dudamel, tellement passionné par son métier que son plaisir en est palpable.
C'est l'un des plus beaux concerts classiques que j'ai jamais entendus, je pense. Bon, il faut dire que le dernier était un truc pédagogique autour de la Symphonie du Nouveau Monde (Dvorák), avec en prime les commentaires de Jean-François Zygel. L'horreur. La musique magnifique gâchée par un type qui dit aimer le classique, en jouant trois accords au piano pour illustrer « toute la puissance de l'œuvre », avec force explications incompréhensibles pour le public adulte non musicien (et c'était censé être pour les enfants), du genre : « c'est cette base de tierces mineurs, puis majeures, et cette ritournelle qui revient toujours, (grande respiration passionée) jouée de plus en plus haut de quinte en quinte, qui grimpe dans les sphères célestes pour atteindre (prend la voix des commentaires de matchs de foot quand la tension sur le terrain est à son comble parce que Henry va marquer le but du siècle) le contre ut du piccolo que vous entendez (le pauvre musicien s'exécute) ici... (il prend une voix douce) regardez... écoutez... laissez vous bercer par la splendeur et le génie de cette musique... » Pendant tout le concert on a envie de lui dire de fermer sa grande gueule, et à la fin, bien évidemment, il est bien plus applaudit que le chef d'orchestre.

La symphonie fantastique est une œuvre d'une puissance extraordinaire. C'est merveilleux. C'est magique (sans mauvais jeu de mots). Contrairement à ce que semble penser Zygel, pas besoin de parler musicologie pour entendre toute la force, toute la splendeur qui émane de cette pièce, c'est tellement naturel, et si immense... En plus, on avait étudié l'œuvre en cours, on comprenait d'autant mieux le sens de chaque partie.

C'est l'histoire d'un artiste, le plus romantique qui soit (amateur des excès de sentiments, etc), qui tombe fou amoureux d'une belle jeune fille, symbolisée dans la symphonie par une mélodie qui revient régulièrement, reprise dans tous les tons et par tous les instruments que vous voulez, l'idée fixe.
Premier mouvement, c'est simplement cette idée fixe, la description de l'amour que ce type a pour la fille, avec toutes les joies et les colères qu'elle provoque successivement chez lui. Deuxième mouvement, un bal. L'artiste y rencontre sa bien-aimée (re-idée fixe). Après un moment d'hésitation, il s'apprête à l'inviter à danser, mais il la voit partir avec un autre. Ce passage, d'ailleurs, fait débat, car le mouvement, commencé sur une valse puis coupé par l'hésitation de l'artiste, reprend à ce moment sur la danse du début, et on ne sait pas si c'est parce qu'il est allé avec elle ou parce qu'il la voit, comme je l'interprète de mon côté pour plein de raisons qui me paraissent logiques, partir avec un autre. En tout cas, fin du mouvement sur la valse.
Troisième mouvement : il commence par un ranz de vaches (mélodie d'origine suisse), joué d'abord par le cor anglais, puis par le hautbois qui lui répond. Le jeune homme est paisible, dans la montagne, il pense à elle. Mais soudain la rage le prend, il comprend que non seulement elle ne veut pas de lui, mais qu'en plus elle est indigne de son amour. L'idée fixe est tout le temps coupée par les cordes graves. Roulement de timbales : début de l'orage. Le cor anglais reprend le ranz, mais pas de réponse. Le mouvement se finit sur cette incertitude.
Quatrième mouvement (le meilleur, musicalement, selon moi) : Marche au supplice. Le bonhomme essaye de se droguer, mais la dose d'opium, trop faible pour le faire mourir, donne lieu à des divagations horribles. Il s'imagine qu'il est condamné à être guillotiné, il voit son cortège funèbre. Ici naturellement, les parties principales sont jouées par les cuivres et les cordes graves. Le basson imite le peuple qui jacasse. Sa dernière pensée est pour sa bien-aimée. L'idée fixe est brisée brutalement par le couperet des cuivres qui tombe.
Cinquième mouvement (c'est la seule symphonie classique qui comporte plus de quatre mouvements) : Notre drogué paranoïaque est maintenant plongé dans des rêves de sorciers, de monstres, lors d'une nuit de sabbat. Bruits étranges, rires, gémissements. L'idée fixe reparaît, mais elle est désormais une danse ignoble et grossière au lieu de délicate. C'est l'amoureuse qui vient au sabbat, elle est acclamée et participe à la cérémonie diabolique. Glas funèbre et parodie du Dies irae.

C'était pour le résumé joyeux. Mais sincèrement, c'est une des plus belles symphonies que j'ai entendu (même si je n'en connais pas un dixième sur toutes celles qui existent). Et les musiciens si heureux, Dudamel si énergique, les archets qui se lèvent en même temps, formant comme une houle sur les cordes, la parfaite harmonie des artistes ensemble, ça donne une impression de magie, d'immensité, de violence magnifique, c'est superbe.
Je voulais partager ça. Quand même, c'est bien, le rock, mais la musique savante, c'est pas mal non plus. Moi qui en ce moment galère toujours avec mon Fiocco qui commence à me casser les oreilles, je me suis dit en sortant : J'men fous, ch'rai violoniste.

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