10 octobre 2009

Ways

A Giverny, sur la terrasse de l'hôtel Baudy, il y a un type qui a commandé un café serré. Il tourne d'abord lentement, avec sa petite cuiller, longtemps, il regarde les spirales beiges et noires dans la petite tasse. Il verse la dosette de sucre dans la tasse, et remue encore, longtemps, avec sa petite cuiller, lentement. Sur une des tables bleues, circulaires, deux amoureux se sont installés et se regardent dans les yeux ; on ne sait pas ce qu'ils se disent réellement, mais finalement ils se prennent dans les bras, s'enlacent comme s'ils avaient peur de se perdre dans quelques minutes. Ils ne s'embrassent pas, savourent juste le plaisir d'être l'un contre l'autre. A Giverny sur la terrasse de l'hôtel Baudy, il y a le type et son café qui sont partis, et les deux amoureux qui sont restés, et un autre type qui a pris la place du premier, et lui aussi commande un café, serré, serré, s'il-vous plaît, et les dahlias rouges du jardin de Monet qui regardent.
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Ce soir il y a une petite pluie douce sur Paris, juste quelques gouttelettes fines comme des cheveux de ciel, et c'est bien agréable, on n'a pas envie de sortir le parapluie, inutile, ça fait du bien, il faisait lourd depuis ce midi. La routine de chacun n'a pas changé, il y a un pochoir sur le trottoir devant la porte d'un immeuble : Not you again ! Ça fait rigoler les rares passants qui déambulent à cette heure, et qui sont assez perdus dans leurs pensées pour y faire attention. Il y a un oiseau seul dans un des platanes, qui chante son étrange mélodie. Le petit chocolatier de la petite rue baisse son rideau de fer, c'est la nuit sur la boutique, mais pas encore, pas encore sur la ville, qui sourit de toute son eau. Le ciel reste lourd mais il y a l'humidité qui vient rafraîchir, et alors on prend le temps d'admirer le coucher de soleil par dessus les toits. J'aime ce moment entre chien et loup, quand l'air est lourd et mouillé, quand on entend la pluie qui tombe discrètement sur les immeubles gris, et du café un peu branché du coin de la rue, s'échappe un air de jazz. The touch of your lips.

5 commentaires:

  1. Merci ! Je ne savais pas si c'était de la poésie ou de la « description de vies », alors je l'ai mis sur mon blog de poèmes libres aussi....
    Pour changer de sujet, est-ce que tu connais Placebo ? C'est génial. Et Alela Diane, plus en pop ? Je suis a fond dans le rock/pop en ce moment, je sors de mes classiques pour découvrir tout ça. Rdv sur Deezer ; il faudra que je passe faire un tour sur ton profil pour regarder des artistes et des titres (j'ai déjà repéré Oldelaf et Monsieur D., pas mal du tout aussi) !

    A +...

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  2. The touch of your lips... Oh, yes, darling, once again, please... :) Pas mal, Magic, il y a une magie en effet. Si tout ça vient de toi, on dirait même que cela est étonnement adulte, si mélancolique... T'as vécu vraiment tout ça? Et la meilleure humeur “parisienne” moderne si bien saisie, une “vie ordinaire” mais bien structurée et contemplée en indifférence raffinée franco-française... L'impressionnisme spontané des couleurs pâles... Le coucher de soleil au-dessus d'une mégapole fatiguée au centre d'une civilisation en déclin... Another kiss, another coffee, another day lost... Un air de jazz, changement d'époque, impressions plus vraies que l'espoir... (Pardon pour les interprétations grossières ... je suis loin de Paris! :) )

    I like your ways, baby. Le violon passe vers les petits dadas! :) Tiens, c'est presque un nouveau genre (même si je suis très ignorant dans les genres), comme ces petits vers japonais contemplatifs, ici en prose mais ... romantiques-philosophiques comme des vers. Vas-y, dis-nous tout. And don't lose your way, in a big city...

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  3. C'est parce que je suis allée à Giverny samedi, et que j'en garde un bon souvenir. J'ai repéré les deux amoureux en buvant mon chocolat, le type au café aurait pu être l'un des quidams sur la terrasse aux tables bleues.
    Pour le deuxième, c'est l'idée de poème qui m'est venue pendant que je rentrais du solfège en regardant le sol, avec cette atmosphère humide que j'ai aimé (il venait de pleuvoir). Tout est réel, j'aime travailler parfois sur la description poétique de vies banales.

    Inspirations effectivement de haïkus :), de poèmes de Prévert (Déjeuner du matin, que j'avais travaillé dans un stage théâtre), et quelques autres petites choses sans doutes inconscientes.
    Et le jazz... Vive Chet Baker.

    Vos interprétations ne sont pas grossières, c'est même plutôt l'esprit que je voulais donner. L'indifférence franco-française... je ne connaissais pas, c'est vrai, on est donc spécialisés là-dedans aussi (après les grenouilles, l'impolitesse parisienne et la suffisance... ) ? Je trouve ça plutôt drôle. ;-))

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  4. Oui, je connais Placebo et j'adore !!
    Mais je voulais te parler d'autre chose... l'invitation que tu m'a envoyer pour ton blog ne marche pas :-( Réessaye, tu dois avoir fait une erreur...

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