25 octobre 2009

Perles rares

Une ou deux perles (rares cette année !) de ma classe :

1. On oublie les portes :
L. s'est pris une heure de colle parce qu'il était sorti des toilettes par la fenêtre.

2. Robespierre a donc aidé les SDF ! :
Prof : — Vous avez entendu parler de la guillotine ?
L : — Ah ouais, c'est même le truc où l'abbé Pierre y s'est fait décapiter, là ?

3. Ben non, en fait, c'est un revenant.Le prof de français, pour nous donner un exemple d'euphémisme :
— Je connais quelqu'un qui a perdu son mari et qui dit qu'il est disparu au lieu de mort.
L., toujours plein de tact : — Ben c'est p'têt' qu'il est pas mort ?
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En solfège, G. a la joue toute noire parce qu'il a passé le cours à se la gratter grâce au tampon qui sert à effacer le tableau blanc.

Toujours au conservatoire, le prof nous parle d'une de ses élèves qui a déjà passé quatre cours dans le couloir parce qu'elle chante en permanence l'air de la Reine de la Nuit.

Fantastique symphonie

Vendredi, dernier jour avant les vacances donc, sortie avec ma classe à la Salle Pleyel, pour voir (et écouter) La Symphonie Fantastique de Berlioz, avec un orchestre franco-vénézuélien (mélange pour l'occasion : Orchestre Philarmonique de Radio-France et Orchestre Simon Bolivár, tout droit venu du Vénézuéla), dirigé par G. Dudamel, tellement passionné par son métier que son plaisir en est palpable.
C'est l'un des plus beaux concerts classiques que j'ai jamais entendus, je pense. Bon, il faut dire que le dernier était un truc pédagogique autour de la Symphonie du Nouveau Monde (Dvorák), avec en prime les commentaires de Jean-François Zygel. L'horreur. La musique magnifique gâchée par un type qui dit aimer le classique, en jouant trois accords au piano pour illustrer « toute la puissance de l'œuvre », avec force explications incompréhensibles pour le public adulte non musicien (et c'était censé être pour les enfants), du genre : « c'est cette base de tierces mineurs, puis majeures, et cette ritournelle qui revient toujours, (grande respiration passionée) jouée de plus en plus haut de quinte en quinte, qui grimpe dans les sphères célestes pour atteindre (prend la voix des commentaires de matchs de foot quand la tension sur le terrain est à son comble parce que Henry va marquer le but du siècle) le contre ut du piccolo que vous entendez (le pauvre musicien s'exécute) ici... (il prend une voix douce) regardez... écoutez... laissez vous bercer par la splendeur et le génie de cette musique... » Pendant tout le concert on a envie de lui dire de fermer sa grande gueule, et à la fin, bien évidemment, il est bien plus applaudit que le chef d'orchestre.

La symphonie fantastique est une œuvre d'une puissance extraordinaire. C'est merveilleux. C'est magique (sans mauvais jeu de mots). Contrairement à ce que semble penser Zygel, pas besoin de parler musicologie pour entendre toute la force, toute la splendeur qui émane de cette pièce, c'est tellement naturel, et si immense... En plus, on avait étudié l'œuvre en cours, on comprenait d'autant mieux le sens de chaque partie.

C'est l'histoire d'un artiste, le plus romantique qui soit (amateur des excès de sentiments, etc), qui tombe fou amoureux d'une belle jeune fille, symbolisée dans la symphonie par une mélodie qui revient régulièrement, reprise dans tous les tons et par tous les instruments que vous voulez, l'idée fixe.
Premier mouvement, c'est simplement cette idée fixe, la description de l'amour que ce type a pour la fille, avec toutes les joies et les colères qu'elle provoque successivement chez lui. Deuxième mouvement, un bal. L'artiste y rencontre sa bien-aimée (re-idée fixe). Après un moment d'hésitation, il s'apprête à l'inviter à danser, mais il la voit partir avec un autre. Ce passage, d'ailleurs, fait débat, car le mouvement, commencé sur une valse puis coupé par l'hésitation de l'artiste, reprend à ce moment sur la danse du début, et on ne sait pas si c'est parce qu'il est allé avec elle ou parce qu'il la voit, comme je l'interprète de mon côté pour plein de raisons qui me paraissent logiques, partir avec un autre. En tout cas, fin du mouvement sur la valse.
Troisième mouvement : il commence par un ranz de vaches (mélodie d'origine suisse), joué d'abord par le cor anglais, puis par le hautbois qui lui répond. Le jeune homme est paisible, dans la montagne, il pense à elle. Mais soudain la rage le prend, il comprend que non seulement elle ne veut pas de lui, mais qu'en plus elle est indigne de son amour. L'idée fixe est tout le temps coupée par les cordes graves. Roulement de timbales : début de l'orage. Le cor anglais reprend le ranz, mais pas de réponse. Le mouvement se finit sur cette incertitude.
Quatrième mouvement (le meilleur, musicalement, selon moi) : Marche au supplice. Le bonhomme essaye de se droguer, mais la dose d'opium, trop faible pour le faire mourir, donne lieu à des divagations horribles. Il s'imagine qu'il est condamné à être guillotiné, il voit son cortège funèbre. Ici naturellement, les parties principales sont jouées par les cuivres et les cordes graves. Le basson imite le peuple qui jacasse. Sa dernière pensée est pour sa bien-aimée. L'idée fixe est brisée brutalement par le couperet des cuivres qui tombe.
Cinquième mouvement (c'est la seule symphonie classique qui comporte plus de quatre mouvements) : Notre drogué paranoïaque est maintenant plongé dans des rêves de sorciers, de monstres, lors d'une nuit de sabbat. Bruits étranges, rires, gémissements. L'idée fixe reparaît, mais elle est désormais une danse ignoble et grossière au lieu de délicate. C'est l'amoureuse qui vient au sabbat, elle est acclamée et participe à la cérémonie diabolique. Glas funèbre et parodie du Dies irae.

C'était pour le résumé joyeux. Mais sincèrement, c'est une des plus belles symphonies que j'ai entendu (même si je n'en connais pas un dixième sur toutes celles qui existent). Et les musiciens si heureux, Dudamel si énergique, les archets qui se lèvent en même temps, formant comme une houle sur les cordes, la parfaite harmonie des artistes ensemble, ça donne une impression de magie, d'immensité, de violence magnifique, c'est superbe.
Je voulais partager ça. Quand même, c'est bien, le rock, mais la musique savante, c'est pas mal non plus. Moi qui en ce moment galère toujours avec mon Fiocco qui commence à me casser les oreilles, je me suis dit en sortant : J'men fous, ch'rai violoniste.

10 octobre 2009

Ways

A Giverny, sur la terrasse de l'hôtel Baudy, il y a un type qui a commandé un café serré. Il tourne d'abord lentement, avec sa petite cuiller, longtemps, il regarde les spirales beiges et noires dans la petite tasse. Il verse la dosette de sucre dans la tasse, et remue encore, longtemps, avec sa petite cuiller, lentement. Sur une des tables bleues, circulaires, deux amoureux se sont installés et se regardent dans les yeux ; on ne sait pas ce qu'ils se disent réellement, mais finalement ils se prennent dans les bras, s'enlacent comme s'ils avaient peur de se perdre dans quelques minutes. Ils ne s'embrassent pas, savourent juste le plaisir d'être l'un contre l'autre. A Giverny sur la terrasse de l'hôtel Baudy, il y a le type et son café qui sont partis, et les deux amoureux qui sont restés, et un autre type qui a pris la place du premier, et lui aussi commande un café, serré, serré, s'il-vous plaît, et les dahlias rouges du jardin de Monet qui regardent.
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Ce soir il y a une petite pluie douce sur Paris, juste quelques gouttelettes fines comme des cheveux de ciel, et c'est bien agréable, on n'a pas envie de sortir le parapluie, inutile, ça fait du bien, il faisait lourd depuis ce midi. La routine de chacun n'a pas changé, il y a un pochoir sur le trottoir devant la porte d'un immeuble : Not you again ! Ça fait rigoler les rares passants qui déambulent à cette heure, et qui sont assez perdus dans leurs pensées pour y faire attention. Il y a un oiseau seul dans un des platanes, qui chante son étrange mélodie. Le petit chocolatier de la petite rue baisse son rideau de fer, c'est la nuit sur la boutique, mais pas encore, pas encore sur la ville, qui sourit de toute son eau. Le ciel reste lourd mais il y a l'humidité qui vient rafraîchir, et alors on prend le temps d'admirer le coucher de soleil par dessus les toits. J'aime ce moment entre chien et loup, quand l'air est lourd et mouillé, quand on entend la pluie qui tombe discrètement sur les immeubles gris, et du café un peu branché du coin de la rue, s'échappe un air de jazz. The touch of your lips.

5 octobre 2009

Normes

Dans la vie, il faut être à l'heure. Déjà, on vous remarque si vous êtes né plus tard que prévu (plus tôt aussi, d'ailleurs, et dans ce cas on ose même vous qualifier d'« enfant prématuré », quel borborygme stupide). Ensuite, si votre maman est en retard pour vous amener à la crèche, les puéricultrices la regardent d'un sale œil. A l'école primaire, dès le CP, on vous oblige à arriver à 8 heures et demie, pile, parce que sinon, dites-donc, pour-le-premier-jour-ça-promet. Pour le deuxième aussi, en réalité, et ainsi de suite jusqu'au collège. En secondaire, lorsque vous arrivez en retard, on vous aboie : « A la Vie Scolaire ! ». Et on se retrouve dans le bureau du CPE, a essayer d'expliquer à un type bouché (lui parfaitement à l'heure bien entendu, en grand adulte responsable) que votre métro a eu du retard, ou que le réveil n'a pas sonné, ou que vous avez été enlevé par la mafia parce qu'ils avaient passé un contrat avec les Plutoniens pour vous faire avouer vos sales notes en français et votre argent de poche claqué dans des bonbons. A quelles extrémités devons-nous en venir ! Puis, dans vos premiers jobs, même quand le rangement des rayons d'Intermarché commence à 6 heures du matin, votre patron est là encore sans pitié, allez ouste au boulot, c'est quoi cette heure, incapable. Dans la vie de professionnel, c'est l'enfer total. Même en maison de retraite, vous ne devez surtout pas être en retard pour la toilette, Mme Simone, et encore moins pour le repas, Georgette, enfin. Et puis, et puis, on pousse le vice jusqu'à vous persécuter dans la mort ! Lorsque vous vous portez mal, on se fait des réflexions de commères du genre « Oh, quand même,M. Lefèbvre, vous avez vu son état, il devrait se décider à "passer la main", comme on dit... ». et quand vous vous portez bien, on le remarque, « Incroyable, à 90 ans, elle se porte comme un charme ! Oui, je te jure, toute sa tête, elle lit les journaux, je n'en reviens pas, c'est à peine si elle a de l'arthrose ». Quand vous êtes mort, non, on ne vous laisse toujours pas en paix, pas moyen de cuver vos années tranquille. Ce sont à vos descendants, bébés prématurés évidemment mais qui aujourd'hui ont 25 ans, de ne pas être en retard à la cérémonie d'enterrement, d'être même, si possible, présents à votre chevet lorsque vous rendez votre dernière larme, votre dernier sourire, votre dernier soupir. Vous vous rendez compte, à quel point on vit dans la peur de perdre un seule minute de son existence ? Si vraiment il y a encore une raison d'espérer un futur correct, alors qu'au moinson nous laisse peinards, parce comme dirait Amélie Poulain, « rater » sa vie (mais la rater par rapport à quoi ?) » devrait être un droit inaliénable. Idées de riches, vous me direz. Bon alors précisons, Dans la situation de ceux qui lisent ce blog, et qui par conséquent ont un ordinateur, rater sa vie devrait être un droit inaliénable. En même temps, si réussir sa vie consiste à ne jamais être en retard....