31 décembre 2010

Poème de circonstance

Et voilà, il fallait que je me mette à citer Victor Hugo. Mais j'aime beaucoup ce court poème des Châtiments, toujours d'actualité même si la loi dénoncée n'est pas la même.

À propos de la loi Faider

Ce qu'on appelle Charte ou Constitution,
C'est un antre qu'un peuple en révolution
Creuse dans le granit, abri sûr et fidèle.
Joyeux, le peuple enferme en cette citadelle
Ses conquêtes, ses droits, payés de tant d'efforts,
Ses progrès, son honneur ; pour garder ces trésors,
Il installe en la haute et superbe tanière
La fauve liberté, secouant sa crinière.
L'œuvre faite, il s'apaise, il reprend ses travaux,
Il retourne à son champ, fier de ses droits nouveaux,
Et tranquille, il s'endort sur des dates célèbres,
Sans songer aux larrons rôdant dans les ténèbres.
Un beau matin, le peuple en s'éveillant va voir
Sa Constitution, temple de son pouvoir ;
Hélas ! de l'antre auguste on a fait une niche.
Il y mit un lion, il y trouve un caniche.

28 décembre 2010

Vœux présidentiels

Voilà une parodie assez bien faite, par le PCF, des vœux de Sarko à ses sujets pour 2011, les vrais n'étant bien sûr pas encore disponibles (il est en train de préparer son discours). Évidemment, la Fédération Anarchiste l'aurait faite, ç'aurait été encore mieux, mais on va pas chipoter :-)


26 décembre 2010

LOPPSI ronge Internet

Voilà un lien fort intéressant. J'apprends ainsi que LOPPSI s'occupe aussi de la Toile, et surtout que le censeurs du Net sont nommés par l'Elysée. Décidément, chaque jour apporte une nouvelle désillusion.

10 décembre 2010

Actualités un peu retard

Je ne manquerai pas au traditionnel coup de gueule sur l'actualité de ces dernières semaines. Même si j'abandonne un peu ce blog pour mon compte Twitter, je l'avoue.

D'abord, il y a eu l'arrestation de Julian Assange, fondateur de Wikileaks. J'ai bien évidemment signé la pétition pour sa libération, ici. Depuis quand une démocratie enraye la liberté d'expression et de diffusion ? Quand ça peut être gênant pour son image internationale ? Ah, oui, c'est vrai... Et comme par hasard, on le retient pour agressions sexuelles... un peu gros, quand même. Point positif : la mobilisation internationale. Par exemple, un louable collectif de hackers baptisé Anonymous, rend inaccessibles les sites d'institutions qui soutiennent la condamnation d'Assange (notamment Visa et Mastercard), en les saturant de demandes. Et ça a bien marché... D'ailleurs, un gars de 16 ans a été arrêté en Hollande, soupçonné d'avoir participé à ces attaques. Il y a eu aussi, outre la cyberguerre, des rassemblements dans les rues de Sydney.

Après, les expulsions de Rroms qui continuent sans que personne n'en parle (sauf les associations).
Il y a aussi le refus de remboursement des soins médicaux pour les sans-papiers — car en France, un sans-papiers ne vit que par le fait qu'il n'a pas de carte de séjour valide et qu'il faut le renvoyer fissa dans son pays où sa famille crève de faim. Ce n'est pas un être humain.
Il y a aussi la loi Loppsi, liberticide, anti-démocratique et totalement inutile, à l'instar de sa copine Hadopi (qui elle, œuvre sur le net).
Les violences policières sont aussi quotidiennes, et par contre, quand des policiers sont condamnés pour avoir fait une fausse accusation, les syndics des forces de l'ordre pleurnichent.
Et les conneries du gouvernement dont tout le monde se fout à propos de la neige. Ces messieurs qui veulent contrôler, même ce qui est incontrôlable, finissent par être poilants.

Des liens rigolos pour effacer les grisailles en tout genre.

Montmartre en snowboard
Le clip vachement zarbi

3 décembre 2010

The beast is back

Iron Maiden à Bercy en mai 2011. Iron Maiden à Bercy en mai 2011. Iron Maiden à Bercy en mai 2011. IRON MAIDEN À BERCY EN MAI 2011 !!! Et j'y vais !!!!

11 novembre 2010

L'ado est le seul animal qui peut chanter les pieds dans la merde

Alors c'est cela qu'ils veulent. Qu'on soit sages. Qu'on ne dise rien, qu'on supporte leurs sarcasmes et leur humour douteux, qu'on leur obéisse, au doigt et à l'œil, qu'on la ferme et qu'on ne vienne pas se mêler de leurs « histoires d'adultes ». Mais apprendre des choses avec eux, jamais. Les profs de mon collège ne considèrent pas qu'ils sont là pour enseigner, transmettre un savoir, mais pour faire la police. Police qui, avec les élèves qu'ils ont, est plutôt inutile. Mais quand même, ils s'imaginent être obligés de "faire régner l'ordre" à tout prix. Ils se créent eux-mêmes leurs problèmes. Ça me fait toujours rire quand notre prof de maths nous engueule pour une connerie et après ose lancer : « bonjour l'ambiance !». Je hais ce collège. Je sais bien que j'ai une chance énorme d'être en CHAM, d'aller à l'école, même. Mais c'est pas une raison. Quand je me lève le matin, je ne me suis jamais dit « chouette, je vais avoir cours d'anglais», alors que j'adore cette langue. Ce n'est pas l'anglais, c'est la prof. Idem en maths, en histoire-géo, en allemand, en physique, en SVT. Je hais cette ambiance coincée du cul, ces obligations absurdes et cette principale mégalo, cette CPE niaise et bornée, à cheval sur les principes et le sacro-saint règlement intérieur. Que personne n'a jamais lu parce qu'il va de soi qu'on n'a pas le droit de tuer ses profs.
Je hais l'école. Il serait si facile d'échapper aux tortures du mercredi, jour célèbre dans ma classe pour combiner les matières les plus délicieuses. Il serait tellement simple de remplir soi-même le petit billet rose, et dire le jeudi matin, avec un air torturé, à la CPE, désolée, j'avais un mal de ventre effrayant, mais là ça va mieux. J'aimerais partir me balader n'importe où dans Paris, avec mon violon, jouer dans la rue. Keep your coins, I just want to change. Ne jamais revenir chez moi. Il faudrait pouvoir faire ça, à un moment de sa vie. Dire que tchao, la barbe, je me casse, et échapper quelques jours au sinistre spectre de l'«âge des responsabilités». Non, je ne suis pas responsable. Je n'ai rien à foutre de ce que je vais faire de ma vie. Je deviendrai fossoyeur. Voilà ce que je dirai à la conseillère d'orientation «psychologue». Hier était un bon jour pour partir. Mais je ne l'ai pas fait. Je ne sais pas pourquoi. Ce que je sais, c'est que si je n'avais réellement rien à faire de mon avenir, je ne serais pas allée manifester pour les retraites. Et je me serais déjà cassée depuis longtemps. Punks are dead.

21 octobre 2010

Et on continue à prendre les jeunes pour des cons

Avec cette foutue réforme, les ados descendent dans la rue. Évidemment. Pas envie de se retrouver au chômage à la sortie du lycée parce que notre place sera monopolisée (bien malgré eux) par des gens de presque 70 ans. Ras-le-bol des manipulations du gouvernement, marre de leurs promesses à deux balles et de leur démagogie envers les jeunes. Sauf qu'en face, beaucoup d'adultes ne nous considèrent pas comme crédibles. Pas plus tard que vendredi, aux infos, il y avait un proviseur qui sortait son baratin, « les élèves n'ont aucune idée de pourquoi ils sont là, ils montent un blocus parce que ça les amuse et que ça fait rebelle, mais la réforme ne les concerne pas et ce sont ces jeunes qui vont être en difficulté », ou quelque chose du genre. J'ai rarement entendu un truc aussi stupide et méprisant au sujet des jeunes, gouvernement mis à part. Ça en dit long sur l'idée que peuvent se faire les directeurs d'établissement sur leurs élèves : nous sommes des cons sans esprit critique. Ils n'ont pour preuve qu'une vidéo, largement diffusée par la droite, qui montre un mec dans une manif en train de dire ce qu'il pense de la réforme, alors qu'il semble n'avoir aucune opinion précise. C'est plutôt drôle en soi, mais ça ne reflète pas le véritable état d'esprit des jeunes porteurs de banderoles (pertinentes, celles-là !).
Ils pensent donc que les lycéens sont manipulés par la gauche, comme si on avait besoin de Ségo pour se dire qu'on en a marre. Les jeunes n'ont pas d'opinion personnelle, ce sont des petits moutons faussement révoltés, et gna gna gna...

Dans un autre domaine, vous avez sans doute entendu parler de l'expo Larry Clark au Musée d'Art Moderne de Paris, jugée pornographique (si, si). Et hop, interdit au moins de 18 ans. 18 ans, la majorité, comme si le simple fait d'avoir 18 ans nous rendait capable d'avoir une conscience politique, de pouvoir supporter des images violentes, de savoir conduire... Comme si avoir 18 ans nous rendait responsables du jour au lendemain. Beaucoup le sont bien avant. D'autres ne le deviennent qu'à 30 ans. De l'art d'être arbitraire... Pour revenir à cette expo, son vrai problème, pour nos maîtres bien-pensants, c'est qu'elle montre des ados comme les adultes refusent de les voir (sic le directeur du musée). Et voilà, merci monsieur Hergott. C'est aussi simple que ça. Les ados sont trop naïfs, encore trop enfants pour savoir ce que signifie réellement faire l'amour, encore trop gamins pour qu'on leur dise ce qu'il y a après la maison douillette, les contes de fées et les petits plats préparés par maman. Outre le fait que cette expo ait été censurée, ce que je trouve scandaleux et inutile puisqu'en principe, il est du devoir des parents de laisser leur enfant aller voir ou pas tel ou tel truc, ce qui me gêne, c'est ce côté infantilisant, ce rôle d'imbéciles qu'on nous prête, alors que si on les responsabilisait plus, les jeunes feraient sans doute moins de conneries.
Au risque que vous trouviez mon raisonnement totalement absurde, je pense que la plupart des adultes ont « peur » des jeunes et que c'est pour cette seule et unique raison qu'ils nous ferment l'accès à leur monde. Sous couvert de vouloir nous protéger nous (mais de quoi ?), ils veulent se protéger eux-mêmes, de nos idées, de ce qu'on sait, de ce qui les dépasse. Ça vaut pour les politiques mais aussi pour beaucoup de parents.

A part ça, revenons au point positif des manifestations : ça fout le bordel. Le gouvernement se retrouve dans le caca, surtout avec la pénurie de carburant. Vous me direz, c'est facile d'approuver ça quand ça ne vous concerne pas (je ne suis pas chauffeur de taxi)... mais ça fait sortir un peu la France de sa routine. Par contre, les casseurs sont rigolos, mais favorisent la tendance du gouvernement à prendre les jeunes pour des crétins.

Là où ça devient très drôle, c'est quand Fillon les accuse d'atteinte à la démocratie, quand d'autres ne portent pas ce reproche sur les manifs elles-mêmes. Depuis quand est-ce que faire passer une réforme en force est un acte démocratique ? La démocratie, c'est le pouvoir du peuple. Or, le peuple, là dedans, n'a pas eu son mot à dire (disons plutôt que le mot en question n'a absolument pas été pris en compte sur les points majeurs de la réforme). En plus, les « casseurs » (je parle pas des Black Blocs, c'est encore autre chose) ne font que profiter de l'ambiance générale pour ajouter leur grain de sel, pas de la meilleure façon qui soit. Ils n'ont souvent pas d'opinion à défendre... Donc, rien à voir avec un déni de démocratie.

En attendant, pour le Grand Soir, je le crains, on sera tous dans nos lits.

12 octobre 2010

L'espoir fait vivre

Heureuse que la mobilisations ait été spectaculaire (3,5 millions de manifestants selon les syndicats, 1,23 pour le gouvernement) aujourd'hui pour empêcher cette réforme de merde sur les retraites (désolée, je suis en train de transformer mon blog en site d'informations...). Au son de "Sarkozy, dans la Seine !" et avec des affiches comme "Eh, Liliane, tu me la paies, ma retraite ?", c'était encore une fois très sympathique ; même le soleil était avec les randonneurs des quais...

10 octobre 2010

Waka : le ridicule skyblog de nos suprêmes gouvernants

Vous avez peut-être entendu parler de cette grandiose et riche initiative de la part des « Pouvoirs publics », née en mai de cette année : parler aux jeunes sur la plateforme de blogs Skyrock, — ce truc où la plupart du contenu ressemble à : kikoo lo c tro génial mon blog laché dé com.
On pourrait se dire qu'enfin, on nous appelle à participer vraiment à des sujets d'actualité, à donner notre avis ; enfin, on prend les adolescents au sérieux (quoique, le choix de l'hébergeur en dit déjà long). Mais pas du tout. Pas de trace des sujets importants du moment (réforme des retraites, expulsions de Rroms, Hadopi ou paranoïa autour du terrorisme, et j'en passe). Non. Ça, ce sont des trucs d'adultes. Laisse faire les grands, mon pote. Sur Waka, seulement des pages et des pages de propagande et d'âneries pour nous faire gober la répugnante politique actuelle, de faux débats, rédigés comme si notre État bien-aimé s'adressait à des débiles mentaux. Ce serait très drôle si 2 millions d'euros n'avaient pas été dépensés pour cette monumentale connerie...

D'abord, quand j'arrive sur le site, le truc qui m'énerve, c'est qu'on me tutoie. Je trouve normal qu'on tutoie un enfant si on sait à peu près son âge, et si on le connaît même virtuellement depuis un peu plus longtemps qu'une demi-minute. Or, à ce que je sache, ces messieurs-dames ne savent pas la moyenne d'âge de ceux qui se rendent sur le site. Ça peut aussi bien être des gens de 12 ans que des étudiants, des adultes, si jeunes soient-ils. Mais attendez, le gouvernement vous explique tout ! Dans la rubrique des questions posées fréquemment, on peut trouver :
Pourquoi on dit "tu" sur Waka ? Et voilà la réponse constructive : L'objectif de Waka est de présenter de façon claire l'ensemble des mesures publiques qui peuvent t'aider à construire ton parcours. Sur Waka, on s'exprime donc comme sur toutes les autres pages de skyrock.com : avec le "tu".Un, ça leur aurait fait mal de dire « avec le tutoiement.» Deux, j'avoue que le "donc" me dépasse. Aucune logique entre ces deux phrases. Ou alors, si j'ai bien compris, tout ça, c'est un peu compliqué pour nous, donc le fait d'utiliser le tutoiement nous rend la compréhension plus simple. Autant signaler directement qu'on va nous prendre pour des cons. En plus, au bout d'une demi-minute, je m'aperçois que le ton est à peu près partout le même, du genre : T’as été victime de racket ? Comment t’as réagi ? Lâche ton témoignage ! (sic).De manière plus générale, ils utilisent un langage qu'ils pensent être le nôtre, mais (mal)heureusement que le ridicule ne tue pas. Admirez les formulations et l'art du bonimenteur dans toute leur magnificence :
​Waka, ça veut dire quoi ? Ça veut dire canoë en maori. C’est ton canoë pour t’aider à naviguer dans la vie et à faire les bons choix en connaissant toutes les mesures ou dispositifs qui sont à ta disposition pour t’aider à réussir ton parcours.
Est-ce que je peux raconter on expérience perso ? Que ça concerne les stages, le taf, les études ou le reste, on t’encourage à le faire ! En t’exprimant, t’aides les autres à trouver leur voie : ce sera super enrichissant pour eux de lire ce qui t’est arrivé, ce que t’as retiré d’une expérience pro ou d’une formation, par exemple.

Ça sert à quoi de donner mon avis ? Ça peut faire bouger les choses ! Les Pouvoirs publics seront attentifs à ce que tu dis sur les sujets alors n’hésite pas à leur souffler ta bonne idée !
Comment est-ce que je peux faire pour prévenir mes mais des mesures ? Une mesure te concerne toi et tes potes, n'hésite pas à la faire tourner. Clique sur le bouton "ENVOYER A UN AMI" pour leur envoyer la mesure ! Utilise cette fonction sans modération : tu peux vraiment aider tes proches !
Sans commentaire (ah si : Vous ne trouvez pas que « tu peux vraiment aider tes proches » ça fait slogan pour maison de retraite ?).

Ensuite, la propagande continue sur les mesures :
La réforme du lycée, c'est :
  • plus de souplesse dans l'orientation : tu pourras changer de parcours, passer d’une série à une autre via des stages-passerelles, choisir ta spécialisation en terminale (au lieu de la 1ère) pour être plus proche de tes vœux pour le supérieur ;
  • un rééquilibrage des filières au profit des séries STI et Littéraires : pour la série STI, il s’agit de créer un véritable parcours technologique en formant des ingénieurs et techniciens supérieurs. Pour la série Littéraire, les langues étrangères seront renforcées pour en faire une série internationale, de nouvelles disciplines seront ajoutées pour assurer une culture générale tout comme des enseignements culturels et artistiques de haut niveau ;
  • l'accompagnement particulier de chaque élève en seconde, 2h par semaine, en petit groupe, sous la responsabilité d'un enseignant. Ce soutien scolaire aux élèves en difficulté permettra d’approfondir les connaissances, de donner des conseils de méthodologie ou d’aider à l’orientation ;
  • plus d’enseignement de langues étrangères (consulte aussi la mesure "Stages d'anglais gratuits pour les élèves de 2nde");
  • plus de culture à l'école (un vidéo-club par lycée, un référent culture par lycée) ;
  • plus de responsabilisation des lycéens (reconnaissance des engagements associatifs).
Reste connecté sur Waka pour suivre la réforme du lycée en continu !

T'as entendu parler la réforme du lycée ?
T'as un avis ?
Tu penses que ça va dans le bon sens ? Raconte !
Analyse rapide : Les trois points sont de la pure démagogie, et à côté de la réalité : en L, l'art est en fait réduit à néant, en S, il y a moins de philo et d'histoire-géo mais évidemment, ça n'a pas été mentionné, en STI, je présume que les matières étrangères à la discipline étudiée vont être exclues ou considérablement réduites. Je me demande bien ce que signifie le terme de "référent en culture". Qui est cet être démoniaque ? Un mec qu'on va devoir aller voir de nous mêmes, et qui va nous conseiller le dernier Amélie Nothomb, alors qu'on n'a pas que ça à faire ? Et surtout, je parie ce que vous voulez qu'il va être aussi formé que Sarko pour son boulot. A l'instar, d'ailleurs, des profs qui sont face à des classes alors que stagiaires. Je le sais, j'en ai eu deux comme ça l'année dernière, dont une qui avait beaucoup d'idées mais pas une once d'autorité, et qui a foutu en l'air une année d'anglais qui aurait pu être intéressante. Dernière chose : La question Tu penses que ça va dans le bon sens ? est encore une incitation à approuver cette politique de l'apprentissage limité.

Un truc tuant aussi : Les noms des rubriques. Par Activités, comprenez "arts et loisirs". Sous-entendu, l'art ne sert à rien. Mais ça on le savait déjà. Par Argent, comprenez "économie". Mais économie est un trop grand mot, trop compliqué pour les jeunes. Pour Planète, traduisez "écologie". Mais ça fait trop intello, écologie. Quant à Projet pro, ça fait tout de suite moins professionnel.
Je suis sûre qu'on aurait plein de bonnes idées à souffler à l'État, justement, mais ce ne sont pas les commentaires qui sont déposés par des gens un minimum avertis et lucides sur Waka qui vont faire changer les choses.

Voilà une bonne chronique à ce sujet. Une autre sur Écrans, et, ô merveille de merveilles, la liste des commentaires censurés sur Waka. Il y en a qui remontent le moral !


La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures.
Noam Chomsky

1 octobre 2010

Blind Night

Il faut que je vous dise un truc... Mardi dernier, je suis allée voir Blind Guardian à l'Elysée Montmartre. Mon premier concert de metal...

Le groupe qui assurait la première partie, Steelwing, était correct, dans le genre heavy metal old-school. J'ai bien aimé la voix du chanteur, le look des musiciens aussi, très 80s (pantalon-en-cuir-moulant-super-vintage, style clouté, etc).
Moins bien, leur attitude "je-fais-mon-petit-show-pour-en-mettre-plein-la-vue" et leurs riffs répétitifs ; en plus, on ne pouvait pas compenser avec les solos parce que le son était assez pourri. Il y avait aussi le chanteur qui tentait un fac-similé de Bruce Dickinson, vêtements, voix, attitude, et ses cheveux dont il semblait être très fier. C'était marrant, il essayait d'arpenter la scène, de bouger un peu, mais c'était beaucoup trop petit... D'ailleurs leur style sentait bien le Maiden. On ne le leur reprochera pas — qui ne s'inspire pas de la Vierge de Fer ? — mais du coup, ça faisait carrément tribute...

Après une demi-heure d'attente, enfin, Blind Guardian, avec comme premier morceau Sacred Worlds, de leur dernier album (bizarrement, composé pour le jeu vidéo Sacred 2, cf. Metallian n°60). Ils sont parfaits, la voix d'Hansi Kürch — et son éternel polo noir — toujours aussi spectaculaire. C'est ce qui m'impressionne chez ce groupe ; quels que soient les live filmés qu'on peut trouver sur Internet, on dirait toujours une version studio, l'ambiance en plus (sauf quand c'est la vidéo qui est nulle, bien entendu). L'ambiance était là ; j'étais un peu au fond de la salle, donc pas avec le pogo ou les headbangers de devant, mais entendre la quasi-totalité des titres chantée par le public fait un super effet. Le programme rassemblait surtout des classiques, ce qui n'était pas plus mal ; certains que j'étais totalement incapable de chanter, deux ou trois que je ne connaissais même absolument pas, mais bon, je me suis rattrapée sur Welcome To Dying, Valhalla, Traveler In Time, Imaginations From The Other Side, Mirror, Mirror, et évidemment The Bard's Song, seule chanson dont je connaissais un peu plus que le refrain.
Une super expérience. C'est terrible, d'ailleurs, quand je suis sortie, je me suis dit que je pourrais recommencer tous les soirs. Mais vu le prix que ça coûte, et que je connais peu de personnes prêtes à aller dans ce genre de concerts...
Vous vous doutez aussi qu'il m'a été impossible de suivre le cours de physique, d'allemand ou de maths le mercredi matin. J'ai été sur mon petit nuage pendant trois jours, en matière d'euphorisants, c'est mieux que la LSD, moi je vous dis.

23 septembre 2010

Manif 2e édition

La première édition s'était faite coincée entre la CFDT et les Verts alors que j'aurais voulu être avec les profs. Cette fois, c'était mieux : j'étais avec les anarchistes... Slogan le plus élaboré : On n'en veut pas / De cette société-là ! / Les jeunes dans la galère / Les vieux dans la misère ! Sinon, ils clamaient de manière un peu répétitive que l'argent se trouvait dans les caisses du patronat. De Woerth surtout, à mon avis...
Pour moi, la retraite, c'est loin. Et si je deviens musicienne, la retraite deviendra pour moi un concept trèèèès abstrait. Mais ce qui me révolte, c'est qu'on nous manipule, qu'ils veulent les faire travailler jusqu'à ce qu'ils crèvent, surtout dans les métiers ouvriers difficiles. Les mères de famille n'ont pas de « clémence », et ils veulent faire des travailleurs des moutons prêts à servir l'État. Travaille, sers ta patrie et ferme-là, c'est tout ce qu'on nous demande. Marre de cet État où liberté et égalité ne sont plus que de vagues idéaux dans le style 1789.

18 septembre 2010

Les Roms, Napoléon IV et l'Europe

J'espère que c'est le dernier billet (ça doit commencer à vous gonfler, vous aussi) que je poste à ce sujet.
Sarkozy a été remis sa place par l'Europe (même les USA ont mis leur grain de sel dans l'affaire), avec un peu de chance, la France sera sanctionnée, et ils arrêteront de faire les fiers avec leurs expulsions. Quant à Viviane Reding, qui avait comparé la situation à la politique de la 2nde Guerre Mondiale, je trouve qu'elle n'a pas tort. Les Roms, actuellement, en subissent évidemment pas le même sort que les juifs, mais c'est toute cette politique de méfiance, de délation, d'accusations et d'amalgames qui a aidé à arriver à la Shoah.
Entre ces histoires, le dossier (ultra) sécuritaire de l'été et l'affaire Bettencourt, Sarko va de plus en plus mal, et on ne va pas s'en plaindre. Le problème, c'est qu'au-delà du roi, il y a les sujets qui, eux, par contre, me font presque déprimer.

Sinon, dernière recrue parmi les cafés parisiens : Les Tontons Zingueurs, Rue J.-P. Timbaud.

14 septembre 2010

Cafés de Paris

J'ai décidé de relever à partir de cette semaine les cafés parisiens aux noms insolites. Derniers en date (une grande partie dans le XIe) :

  • Les Furieux — Rue de la Roquette
  • Le Limonaire — Cité Bergère
  • Objectif Lune — Rue de la Roquette
  • Le Café des Anges — Rue de la Roquette
  • Mémère au piano — Rue Jean-Pierre Timbaud
  • Le Bidule — Rue Faidherbe
  • Le Voltigeur — Rue du Fbg St Antoine
  • L'Assassin — Rue J.-P. Timbaud
  • Le Cannibale — Rue J.-P. Timbaud
  • Le Piano Vache — Rue Laplace
  • Les Fous d'en Face — Rue du Bourg Tibourg
  • N'importe quoi — Rue du Roule
  • Mon Chien Stupide — Rue Boyer
  • L'Antirouille — Rue Moret
  • Les Funambules — Rue Faidherbe
  • Café banal — Boulevard Port-Royal
  • L'Orange Mécanique — Rue J.-P. Timbaud

3 septembre 2010

Formalités de rentrée

La rentrée en troisième, c'est une rentrée de blasés, d'autant que je retrouve tous les élèves de ma classe précédente et que les profs sont quasiment les mêmes. Sauf, notamment, le prof d'histoire-géo, qui est un vrai cas, parle avec l'accent des vieux films français, avec qui on ne va strictement rien foutre parce que sa classe est un total bordel. Et à cause de qui on devra se faire nos cours nous mêmes, je pense, vu qu'il a quand même pris aujourd'hui l'heure entière pour nous expliquer, avec un simplisme hors du commun, la ligne imaginaire de séparation entre les pays du Nord et du Sud, soit les riches et les pauvres.
Sinon, le bla-bla habituel, « alors c'est votre dernière année au collège, hein » (sans blague, compte pas sur nous pour l'oublier, on va pas s'en plaindre) ; « Comme vous le savez, vous avez le brevet à la fin de l'année » (no comment) ; « Alors on va lire le règlement intérieur » (génial, ça fait dix pages) ; « travaillez régulièrement, mais pas dans la souffrance », qu'elle nous a sorti la principale. Ben voyons. C'est là que mes parents me diraient « Vraiment, les profs au collège, je les admire de plus en plus ». Ben oui. Faut bien des contestataires et des contestés, dans la vie.

A part le mauvais esprit, on a eu un cours d'arts plastiques très édifiant, ce matin. Il nous a expliqué qu'en 3e, on allait étudier le XXe siècle et donc qu'on allait surtout s'intéresser aux moyens d'expression, au "de quoi ai-je besoin pour dire ce que j'ai à dire". Et la discussion s'est portée sur deux artistes, qui, eux, pour avoir dit ce qu'ils avaient à dire, l'avaient dit... Le premier, dont j'ai oublié le nom, avait voulu donner au public ce qu'il avait de plus précieux, à savoir son sang. Et dans l'expo vous aviez un serveur très chic qui proposait aux gens de petites saucisses cocktail, fabriquées avec le sang de l'artiste (je suppose qu'on ne vous révélait cet amusant détail qu'à la fin de l'expo). Déjà, ça met mal à l'aise. Il y avait évidemment une réflexion sur l'anthropophagie, et apparemment l'allumé en question était pas mal dans le trip « ceci est mon corps...». Sympathique, j'ai trouvé.
Mais ce qui m'a le plus donné des frissons, c'est le second, Roman Opalka, un maniaque du temps qui passe. Mais quand je dis maniaque, je veux dire que c'est grave. Ce type passe sa vie, depuis 1965 (en 2010 ça fait quand même 45 ans qu'il fait ça) à écrire des lignes de chiffres sur des toiles, en commençant en haut à gauche du cadre, en finissant en bas à droite. 1, 2, 3, 4, 5, des chiffres blancs sur fond noir. Et puis quand, en 72, il est arrivé à 1 million, il a commencé à éclaircir peu à peu le fond, si bien qu'il doit maintenant peindre des nombres à 7 chiffres, blancs sur une toile blanche. Au rythme de 380 nombres par jour. Bon, en soit, vous me direz, tout le monde a le droit de perdre son temps. Mais lui fait ça dans un but : vaincre l'instant unique. Figer le temps sur une toile. Parce comme chacun sait, on ne finira jamais de compter. Donc, même si les nombres sont différents, ce monsieur en restera toujours au même point. Dingue, quand même, d'avoir à ce point la phobie de la vie, de la mort, du temps linéaire. Ah oui, parce qu'aussi, il se photographie, tous les jours, pour suivre l'évolution de ses traits de visage, et il s'enregistre en train de compter. Pour se souvenir.
C'est vrai qu'en tant qu'art, c'est réussi : ça fait réfléchir ; pas pour lui, bien sûr, mais objectivement, ce type est en train de ruiner ce qui lui reste à vivre. Peindre les secondes pour vaincre le temps, cette obsession montre, du moins à mes yeux, qu'au lieu de se morfondre en se répétant qu'on va vieillir et que rien ne sera jamais pareil, que chaque seconde est une perte, que chaque minute nous rapproche de la mort, il vaut mieux bien vivre, profiter de l'existence, parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a après.

4 août 2010

Les vacances n'existent pas en connerie politique

C'est beau, les Alpes, même sous les orages et les averses entrecoupés de quelques pâles rayons de soleil. On est allés au plateau des Glières, haut lieu de la Résistance, vous savez, ce lieu dont Sarko a voulu faire un pèlerinage national, détournant totalement l'idée première. Bref, c'est magnifique, il y a une tourbière, avec la lumière du soir, on dirait (un peu) un paysage irlandais. La grosse tâche là-dedans, c'est la sculpture symbolisant la Résistance, pondue par un certain Émile Gilioli. Un machin gris au milieu du vert, ça, pour être symboliste, c'est symboliste, ils nous font tout un topo sur un panneau devant, moi je vois plutôt un reblochon sur une pipe en bois, sauf tout le respect que je dois à l'histoire de cet endroit. En fait, je trouve plutôt que c'est une insulte faite à la mémoire des résistants tués pendant la bataille des Glières. M'enfin, ça n'engage que moi.
Et puis bon, trois ou quatre autres randos sympas, fatigantes mais en haut, on avait un panorama superbe (comme d'hab en montagne, au risque de paraître blasée).
A part ces quelques sorties réduites en nombre par la météo, un violon avec un corde abîmée (pour jouer du Bach, c'est pas pratique), donc employé principalement à la musique irlandaise. Et des poèmes, des après-midis mornes à écrire des conneries sur un vieux cahier, cette année, on n'avait pas de mots fléchés, ça n'est d'ailleurs pas plus mal.

Je ne voulais pas vous embêter avec la politique, mais là, pour trois raisons, je m'y sens un peu obligée.
D'abord, cette histoire sur les gens du voyage, apprise dans Libé. "On a beau être Rrom et gens du voyage, parfois même français, au sein de ces communautés, on doit respecter les lois de la République". J'espère que cette phrase de Luc Chatel, au sujet des actes de délinquance qui ont eu lieu il y a une semaine à St-Aignan, va rester dans les mémoires, pour prouver l'ignorance crasse du gouvernement sur les populations minoritaires en général je suppose, ici les gens du voyage.

Primo, Chatel reporte sur toute une communauté, dont la situation en France est en plus effroyable, les agissements de quelques personnes. Et puis c'est bien la première fois que des gens du voyage causent ce genre de trucs. Chatel n'a fait que remettre au goût du jour les clichés dont ils sont victimes depuis Mathusalem. Deuxio, Luc met dans le même panier les gens du voyage, et les Roms. Il distingue en plus les Français des gens du voyage, cette dernière locution étant simplement un terme administratif. Les gens du voyage sont d'ailleurs souvent, en France, des citoyens français (alors quand on menace de les expulser, c'est stupide). Les Roms, eux, sont un véritable peuple, dont les racines sont au Rajasthan (Inde), et qui vivent maintenant principalement en Europe de l'Est, et ne sont pas forcément des nomades. Tertio, les lois prévoient qu'une commune de plus de 5000 habitants doit avoir un terrain pour accueillir les gens du voyage. Or, beaucoup de maires n'aménagent strictement rien, et l'État ne finance plus ces aires d'accueil depuis 2008. Dernier truc ; en soulignant « parfois même français », je ne sais pas vous, mais j'ai bien l'impression qu'il s'étonne qu'on puisse être un délinquant en étant français...

La deuxième chose, c'est la brillante idée de Sarko pour lequel les parents de délinquants doivent être emprisonnés (après la suppression des allocs familiales pour les mêmes personnes). Il paraît qu'ils laissent tout casser à leurs enfants sans rien dire. Ben voyons. Ils sont en fait complètement dépassés, et c'est pour ça qu'on va les mettre en taule ? Et puis, comment vont-ils faire avec les familles monoparentales ? A la limite, je n'aurais même pas besoin d'écrire là-dessus, tout est sur Rue89. Mais bon, ce qui est inquiétant, c'est qu'on va dans un système de terreur (plus encore que maintenant...) et de répression systématique, automatique, injuste et liberticide.

Le dernier truc, c'est la déchéance de la nationalité française pour les personnes d'origine étrangère qui agressent les forces de l'ordre. Cette déclaration est quand même ouvertement raciste. C'est pour pouvoir les expulser plus facilement, je suppose (et récupérer les électeurs du FN bien sûr). Mais ça ne résout en rien la délinquance. Comme si le fait qu'ils aient ou non la nationalité française allait changer quelque chose à leur comportement. Mais de toute façon — j'oubliais — le problème du gouvernement, ce n'est pas de détourner les gens de la violence, c'est de faire partir les étrangers (pas les Anglais, les Espagnols ou les Américains, bien sûr, par étrangers, entendez les Noirs et les Arabes) de notre beau pays souillé par la différence et la diversité.

PS : "Bonne nouvelle" ! Après trois mois sans solutions et des répercussions prévues sur 30 ou 40 ans, la marée noire dans le Golfe du Mexique a été arrêtée ! Génial, on fait la fête, les goélands mazoutés aussi, on aime tous BP.
Monde de merde. La musique, y'a qu'ça d'vrai.

Photo des Glières par Hobo (Licence Creative Commons)

Caricature trouvée ici.

12 juillet 2010

Buuuut.

La Micronésie à gagné. Grand bien leur fasse.


Par ailleurs, j'ai trouvé une brève de comptoir sympathique qui parle d'autre chose que du foot (millésime 2000) :
Les peintures de Lascaux on trouve ça génial, mais si ça se trouve à l'époque personne en voulait chez lui.

11 juillet 2010

Moiteur parisienne

Le titre est stupide et terre-à-terre. Je sais.
Toujours est-il que c'est juillet à Paris. Juillet morne, chaud et humide, sans même une quelconque fraîcheur apportée par la nuit, je suis dans une sorte d'état second. Je ne fais rien, à part écouter de la musique et déprimer malgré ma décision d'écouter les infos le moins possible (c'est sans doute le fait que de travailler un concerto de Bach par cette chaleur, en faisant attention à la justesse et la technique, est un défi insurmontable). Non, à la place, j'écoute du punk (Les Bérus, The Exploited, Ludwig von 88, Tagada Jones). Pas joyeux non plus. Je ne saurais pas vous dire ce qui se passe dans le monde à l'heure actuelle. Je ne suis même pas certaine de la nationalité des deux équipes qui s'affronteront pour la finale de la Coupe du monde. Barbade-Micronésie, je suppose.

Dans trois jours, fête nationale — sans la traditionnelle garden-party à l'Élysée, puisque notre bon président à décider de "se serrer la ceinture". C'est vrai, ça a dû lui demander un sacrifice énorme, tout comme les chasses à Chambord qu'il avait soit dit en passant lui-même rétablies. Je hais le 14 juillet, comme la Saint-Valentin, Noël et la fête des mères. Cette année encore plus, parce que mon cours d'histoire de juin sur le XIXe siècle m'a ouvert les yeux. A la base une propagande en faveur de la République, c'est devenu une manipulation destinée à nous faire aimer notre pays malade en ces temps de crise.
Notre pays qu'on doit aimer et qui fout ses humoristes un peu trop provocateurs à la porte, défiant la liberté d'expression, dont les ministres ne démissionnent jamais, même quand ils sont pris dans les magouilles financières jusqu'à la pointe des cheveux, dont les milliardaires ne déclarent pas leurs biens au fisc et n'ont pas honte de l'avouer, notre pays qui fait la guerre un peu partout pour des choses tellement absurdes que c'en est ridicule. Et qu'on est censé vénérer.

14 juillet 1789, prise de la Bastille. Liberté, putain, liberté ! Qu'est-ce que c'est aujourd'hui que la liberté ? Rien. Nos rêves sont réduits à néant par des dictateurs en herbe, qui osent faire de nous leurs chiens, leurs esclaves, leurs sujets soumis et lavés à coup de foot et de capitalisme. Je vous entends déjà, esprits bien-pensants, me rétorquer que je ne suis pas si mal en France, que je n'ai pas idée de ce qu'est vraiment une dictature. Bien sûr, mais je ne fais pas dans les propos modérés, c'est mon gros défaut. Mais si vous faites abstraction de mes gribouillis de jeune idéaliste écervelée, rendez-vous compte qu'on n'est pas non plus obligés de se contenter de ce qu'on a. On peut faire mieux (ne me demandez pas comment, je vous répondrai qu'il faut donner le pouvoir aux chats et aux poissons rouges). Si ce n'est plus aux adultes de le faire, puisqu'ils sont occupés à sauver leurs retraites, ce sera à nous... bordel, je ne sais pas comment on va faire... m'enfin, l'année prochaine, j'essaierai de m'engager quelque part. Une association écologiste, humanitaire, ça doit bien être possible, même à mon âge. Parce que, même si dans ce monde avarié et infirme, on a de quoi être un grand défaitiste, il reste des gens qui luttent, de grandes femmes et de grands hommes, et tout n'est pas perdu. Adolescents et utopistes de tous les pays, unissez vous...

15 mai 2010

Arrosez bien les chats, même le dimanche

Je suis allée voir jeudi un concert de la contrebassiste, compositeur et improvisatrice Joëlle Léandre, que je rêvais d'aller voir depuis un bout de temps. C'était magnifique. Époustouflant. Impressionnant. Cette femme est incroyable. Elle est avec sa contrebasse comme avec une amie, elle utilise ses doigts et son archet pour lui parler, et quand elle fait un mouvement brusque, sa contrebasse semble sourire en lui rétorquant : keep cool ! Elles sont là toutes les deux de toute leur force, de toute leur musique, leurs sons, leur imaginaire et, il faut bien le dire, leur folie douce. Elle sont un, à la fois sombres et lumineuses dans le poème absurde de leur amour commun pour la musique de l'invisible, la musique de l'ombre, l'improvisation, l'exploration.
Car Léandre explore sa contrebasse, on dirait qu'elle la découvre. Elle réfléchit, teste, essaye des doigtés, des effets, écoute la vibration qui reste suspendue au plafond de l'église, elle réapprend son instrument. Elle nous a joué une pièce (voix et percussions) de John Cage, et une de sa composition, totalement absurde, où il est au début question d'arroser les plantes, de s'occuper des chats tous les jours, même le dimanche, de verser du détergent dans les toilettes, de mettre du sable dans les pots de fleurs, d'ouvrir les fenêtres pour laisser de l'air aux chats, et de demander au voisin en cas de problème parce qu'il a la clé, etc, et qui finit par quelque chose du genre "il faut arroser les chats, même le dimanche, c'est très important, puis les verser dans les toilettes, ouvrir les fenêtres pour laisser de l'air aux feuilles, demander au sable en cas de problème, il a la clé, ne pas parler aux fenêtres". Elle joue merveilleusement avec les harmoniques (qui au violon sont moins impressionnantes), donne une émotion particulière, une histoire à raconter avec son archet, un soleil pour dormir à 11 heures du soir, et du courage pour reprendre les cours le lendemain (en CHAM, on ne fait pas le pont, on est déjà assez privilégiés comme ça, selon l'Autorité Suprême du Temple-de-l'Aliénation où je suis censée être éduquée).

8 avril 2010

Où boivent les loups

Mon livre de chevet est désormais le magnifique Où boivent les loups de Tristan Tzara (poète principale du mouvement dada). Pour vous donner une idée de son extraordinaire poésie :


OÙ BOIVENT LES LOUPS °/ XIV


l'arc tendu des parlers de chagrin
sous la voûte jetée du fond de la terre
du rire

nulle ombre n'est trop épaisse pour la traversée difficile
des lignes ennemies que l'homme fait chaque nuit
à travers le ciel de glace et les flots de terreur
se déversent sur la ville aux grincements de dents
entre les lunes basses
et les mémoires où naviguent les sourires
loin de terres loin des grilles
parmi d'immenses tristesses penchées à la fenêtre
de lunes basses si basses basses

que l'homme puisse dans le sang des floraisons
avide retrouver la chambre fraîche
ceux qui laissent naviguer leur sourire
et trouvent arrachée au sol en grume la menace de mort
sous el chêne fidèle de cortège de vitres

je t'ai reconnu caché dans mon sang
homme frileux quoique habillé du pain de ce monde
brûlant dans ton ciel qui ressemble à la folie des hommes
mais qui d'une planète à l'autre joue avec des amours opaques de ce monde
à la rencontre des rives

les rives sont de feu vers quoi tend la jeunesse encore loin d'être finie
qui allume encore les prunelles
en friche et les amours indéchiffrables
les dernières sont de la terre
encore voguant au-delà des matins jeunes



Pourquoi, mais pourquoi ne nous apprend-t-on pas de la poésie moderne et contemporaine à l'école ? Au lieu de faire Le cancre de Prévert alors qu'il a écrit des tas d'autres choses plus belles et plus fortes, plus graves aussi, c'est vrai, mais pourquoi cacher la laideur du monde aux enfants ? au lieu de réciter (là est bien le problème, la récitation où le but n'est entre autre que de "mettre le ton") des poèmes stupides de Maurice Carême ou des trucs de Victor Hugo qui est bien gentil mais qui aurait peut-être besoin d'être renouvelé ?
La poésie à l'école est stupide, le concept même est stupide, la poésie ne s'apprend pas, elle se ressent. Je ne vois pas l'intérêt d'apprendre des poèmes dont on ne comprend pas le sens, ce qui est souvent le cas, ou des textes insipides, même d'auteurs admis par le plus grand nombre, la doxa, mais objectivement inintéressants, qu'on étudie parce que c'est au programme. Un poème, ça ne se récite pas, ça se dit. Avec le cœur. Avec les tripes, avec l'âme, avec le corps, la voix entière, un poème se crie, se chante, pour atteindre l'invisible, un poème doit vivre sous le son. Essayez ça avec Corinne Albeau ou Pierre Coran ! La poésie contemporaine, je veux dire la vraie poésie, pas les espèces de tas de fleurs niaises pour les enfants, permet cela, la poésie de Tzara, Jarry ou Breton aussi. Même certains exercices de l'OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) peuvent être joués comme ça, pleinement ressentis. Essayez, Fred Griot, Vénus Khoury-Ghata, François Cheng, Ghérasim Luca, Yves Bonnefoy, Oran Veli Kanik, Louis Calaferte, Hélène Dorion, Salah Stétié, Aimé Césaire... Vous n'avez pas envie de crier ces poèmes ? De les danser, de les peindre, de les vivre ?
On devrait nous sensibiliser à cette poésie. C'est celle de notre époque, tout de même ! On devrait leur faire réaliser que le slam, c'est de la poésie. On devrait leur faire abandonner les beaux et sages alexandrins, les sonnets, les rimes. On devrait leur faire sentir que la poésie ne se résume pas au papier, que ce n'est pas quelque chose d'abstrait, que c'est au contraire tout ce qu'il y a de plus concret, qu'elle fait partie du quotidien mais qu'on nous aveugle au point de ne plus la voir. Maintenant, beaucoup de gens se disent que ce n'est pas de la poésie s'il n'y a ni rimes, ni vers, ni forme fixe. Rien de plus faux. suffit de regarder Cendrars ! Les villes invisibles de Calvino ! De la poésie, encore et toujours ! Mais on continue de rester dans une attitude figée, ignorant notre faim de poésie parce que, comme l'art en général, elle permet d'oublier la banalité. Ignorantus, ignoranta, ignorantum...

16 mars 2010

Et la Terre

Les adultes moyens en Occident marchent dans les rues avec les mêmes mouvements de robots, ils regardent ensemble, à la même heure et dans la même posture cacahuètes-bière-saucisson le journal télévisé de PPDA, la pub, puis la météo, puis l'éventuel match de foot de la soirée, écoutent Johnny Hallyday, Patrick Sébastien ou Claude François parce que ça leur rappelle leur jeunesse, ils lisent des auteurs de livres insipides mais populaires comme Anna Gavalda ou Guillaume Musso. Ils passent devant les SDF sans les voir, ils fixent avec insistance le trottoir d'en face, montent le son de leur iPod face à l'accordéoniste qui joue tristement et mécaniquement L'Hymne à l'amour, ils achètent les mêmes produits Max Havelaar et décrétés Agriculture Biologique pour se donner bonne conscience, votent pour les mêmes politiques verreux en panne de slogans et avides de combats entre partis (unis contre la droite, unis contre les musulmans, battons nous contre la gauche) et entre ministres, boivent du vin français parce que ça fait tout de suite "j'aime ce qui est bon", fêtent Noël sans savoir si cela a encore un sens, autour d'un arbre qu'on a arraché à sa forêt pour satisfaire la masse, puis couvert de guirlandes, de cristal, à la gloire de rien, puisant leurs sujets de conversations stériles dans ce que leurs ont appris les programmes scolaires et leur travail, leur vie confortable et les grandes marques, ce qu'ils faut penser, ce qu'il faut faire, ce qu'il faut dire et en présence de qui.

Ils se vautrent dans la vie comme si elle était éternelle, se roulent avec délice dans le mensonge de ceux qui les dirigent, écoutent, passifs, les slogans à la noix de l'Oréal qui vend des filles anorexiques, ou de l'Armée de Terre qui recrute des naïfs pour aller tuer ce qu'il reste de l'humanité, derniers résidus de vie sur cette Terre ensanglantée qui continue, fragile, sa rotation, fidèle aux lois qui régissent l'Univers et auxquelles les adultes se sentent supérieurs en tant qu'humain, seuls êtres pensants. Fort de ce dernier principe, qu'on leur a fait avaler dès leur naissance, ils accueillent sans broncher les nouvelles sur la faim dans le monde, l'état de la planète et les bêtises que leur font gober les médias, donnent quelques sous pour la même raison qui les pousse à acheter commerce équitable, et repartent dormir sur leurs deux oreilles après avoir mangé de la viande de vaches élevées à l'OGM. Mais c'est meilleur.

Certains, cependant, ont conscience de cette espèce d'esclavage dans lequel ils s'obligent eux-mêmes à vivre. Ils attendent donc un autre Messie, qui les délivrera de ces maux contre lesquelles ils pensent que, seuls, ils ne peuvent lutter, et dirigera la remise sur pieds de la Terre. Un jour, ils se sont rendus compte que la Bourse les avait trahis. Mais ils ne se sont toujours pas rendus compte qu'il faudrait peut-être, un jour, remettre réellement en cause le système du capitalisme sauvage, aujourd'hui largement couvert par différents gouvernements, sans recommencer, bien évidemment, une révolution initiée par la pensée de Marx et la théorie de la lutte des classes, qui a fait de la Russie un état de despotisme et de la Chine une dictature. Trouver autre chose. Parfois aussi, ils s'en remettent aux jeunes. Ce sera à nous, bien sûr, qui n'y sommes pas pour grand chose, de réparer les erreurs de ceux à qui nous devons le respect par convention.

Les adultes sont tristes. Ils mènent une vie où ils ont une perpétuelle faim de bonheur, qu'ils pensent assouvir en remplissant leurs maisons de meubles Ikea, en ayant de l'argent, une belle femme, un visage refait par la chirurgie esthétique et le journal hebdomadaire. Mais qu'ils n'assouviront jamais. Inaccessible étoile. Car ils ne sont pas libres. Ils n'ont pas le pouvoir de choisir entre tous leurs rêves. Pour certains, ils n'ont pas de rêves. Et c'est ce qui fait que les dispositifs de sécurité, de consommation de masse, réussissent. A cause du manque d'espoir des gens.

Ailleurs dans le monde, les adultes moyens travaillent aux champs, dans des usines pour payer les besoins imaginaires, créés par la publicité, de l'Occident, dans des cages invisibles, enchaînés à la servitude indécelable de leur quotidien. Ailleurs, la Terre se dessèche. On perce de grands trous pour récolter quelques gouttes de pétrole, qui servira à polluer encore plus. On élève des animaux dans des immenses parcs, entassés les uns sur les autre, et, automatiquement, comme des machines, des gens les exterminent. Sans rien ressentir. Juste tuer. C'est leur travail, ça leur permet de gagner 5 centimes par mois.

C'est triste, la vie, le dimanche.

10 février 2010

Big Hortefeux vous regarde

Longtemps que je n'avais pas parlé d'actu politique, tiens...
Pour changer des suppressions de postes du côté de l'EN et de la santé, du chômage, des SDF qui crèvent de froid et de d'habitude, notre très cher ministre de l'Intérieur a fait encore des sorties sur la délinquance. On tient décidément à nous faire croire que nous vivons dans un monde complètement insécure et mortellement dangereux (ce qui est vrai par bien des côtés, et qu'on ne règlera pas en remplissant des cars entiers de délinquants potentiels pour des centres de rééducation). Je suppose que ça donne au gouvernement des occasions de faire des discours pour nous rassurer et montrer qu'on a toujours Papa Sarko qui veille sur nous (en chassant le gibier dans sa forêt, si, si !). C'est fou, quand même, il infantilise son gosse de 23 ans qui a déjà une carrière facile et toute tracée, mais en plus, il ose nous infantiliser nous, citoyens pleins de bon sens et de libre-arbitre (hum, hum). Z'avez vu, hein, ça donne des arguments, de faire la Révolution française en histoire...

mi Enfin, toujours est-il qu'Hortefeux s'est mis en tête de renforcer les peines envers les mineurs (principaux agresseurs de mémés sans défense), pensant sans doute que les électeurs de l'UMP aux régionales se sentiraient plus rassurés (et peut-être même que ça a marché). GÉ-NIAL. Alors maintenant, après Edwige, les deux programmes de fichage et Hadopi, ouvrons le dossier délinquance précoce. On monte progressivement vers le flicage continu des ados "racailles". Racailles, c'est-à-dire qui parlent verlan, qui mettent leur casquette à l'envers et qui sont musulmans/noirs/asiatiques, et aussi turques parce que faites gaffe, ceux-là risquent en plus de nous envahir pour rentrer dans l'Union Européenne. Qui vivent en banlieue, aussi. Non mais j'y crois pas ! La fille de 14 ans qui a été arrêtée parce qu'elle s'était battue, vous vous rendez compte ? Imaginez le nombre de gosses qu'ils arrêteraient dans une cour de collège ! Ah oui, mais c'est vrai, j'oublie qu'il y a les « équipes mobiles » pour aborder les élèves sur le plan de la psychologie, avec tact et douceur. Enfin bon, je ne m'éterniserai pas là-dessus, c'est totalement aberrant, ça veut dire qu'on va bientôt vivre dans 1984 et que j'en ai PLUS QUE MARRE de Sarko & Cie. Je n'en peux plus. Alors vivement 2012, qu'on soit fixés. S'il est réélu, je m'en fous, je quitte la France et je vais à Londres, ou à Berlin (pour cause rock (y'a des groupes sympas) et d'Harry Potter). Toute seule. Même si Brown et Merkel ne sont pas beaucoup mieux. Ce sera toujours plus potable que Sarkozy.

5 février 2010

Les vies communes du métro

Dans le métro, il y a ceux qui parlent tout seuls. Il y a ceux qui consultent leur reflet dans la vitre, rajustent leur col, leurs idées, ou refont leurs lacets. Il y a ceux, perpétuellement en survêtement, même quand ils vont passer leur oral de bac. Il y a ceux qui écoutent leur musique à fond dans leur iPod. Et ceux qui leur jettent des regards agacés (ah, les jeunes d'aujourd'hui !).

Ceux qui ont l'air aussi joyeux que s'ils se rendaient à un enterrement (en l'occurrence ouvert par la traditionnelle cérémonie du "vous êtes encore en retard" dans leurs bureaux respectifs). Ceux qui insultent la vie à voix haute. Ceux qui gardent leurs soucis dans la tête.

Ceux qui mangent leur sandwich à grand bruit. Ceux qui écoutent leur musique en bougeant la tête, ou en tapant des pieds, ou en frappant le rythme sur leurs genoux. Ceux qui chantonnent carrément pendant qu'ils écoutent Alain Souchon ("...comment tu m'as fait chuis pas beaaaau...").

Ceux qui révisent in extremis leurs cours pendant les trois stations qu'il leur reste. Ceux qui discutent super fort de choses gênantes. Ceux qui parlent du dernier machin Apple qui est sorti. Ceux qui se ruent à Châtelet sur les escalators. Ceux qui se répandent en remerciements quand on leur tient la porte. Ceux qui écrivent des bêtises sur les pubs. Ceux qui les photographient. Ceux qui parlent du dernier Marc Lévy.

Les profs qui parlent de leur boulot de prof (et qui ne peuvent pas s'empêcher d'en parler), leurs problèmes avec la CPE, la 2nde 3 qui décidément ne fiche rien, les suppressions de postes, le programme qu'ils n'arriveront jamais à boucler avant la fin de l'année, le rapport qualité-prix de plus en plus déplorable en ce qui concerne la cantine, et Simon qui ne fait jamais ses exercices, et vraiment, on ne sait pas quoi en faire.

Il y a aussi ceux qui profitent d'avoir 15 stations pour rattraper la nuit qu'ils ont passée à calmer leur bébé de 6 mois. Ceux qui baladent leur guitare en écoutant Jimi Hendrix pour montrer qu'ils sont rockeurs dans l'âme. Ceux qui s'accrochent à leur journal (peu de gens lisent Le Figaro dans le métro, c'est plus Libé, Le Monde, Le Canard ou Courrier International, ou alors Closer ou Voici) comme si leur vie en dépendait. Ceux qui boivent leur thermos de café. Ceux qui ont un casque énorme sur les oreilles, et qui disent que les basses dans ce casque, c'est trop de la balle. Ceux qui s'embrassent. Ceux qui font la manche. Ceux qui discutent de leur prochain voyage en Ouzbékistan.

Ceux qui observent. Ceux qui écrivent. Ceux qui superbement. Ceux qui machinent. Ceux qui vraiment haut. Ceux qui grandissent. Ceux qui lisent jusqu'à la dernière seconde. Ceux qui rient. Ce qui va, ce qui ne va pas. Ceux qui veulent beaucoup mais ne font pas assez. Ceux qui marmonnent. Ceux qui bougent sans cesse. Ceux qui, ceux qui ne pas. Ceux qui viennent, ceux qui repartent, ceux qui descendent tous à République, ceux qui marchent pour aller ailleurs sans très bien savoir où, et ceux qui rêvent de prendre le bus.

18 janvier 2010

Et nous autres

Dimanche matin, je me suis réveillée dans un bon petit lit douillet. Dimanche matin, j'ai pris un bon petit déjeuner. Dimanche matin, je suis allée à la Cité de la Musique écouter le quatuor Ysaÿe dans le cadre de la 4e Biennale de Quatuors à cordes. Dimanche midi, j'ai bien déjeuné. Ensuite, j'ai joué Iron Maiden (Journeyman et Rainmaker) du piano pour me défouler. Dimanche, j'ai fait un peu d'ordi. Dimanche, j'ai fait le reste mes devoirs in extremis, en écoutant un disque de Alice in Chains, assez bon groupe de metal. Dimanche j'ai travaillé mon violon. J'ai passé une très bonne journée. Hier j'ai suivi des cours insipides sur Mme Sévigné, sans doute très respectable mais qui m'énerve un peu avec ses ragots du style : la mésalliance de la Grande Mademoiselle avec M. de Lauzun. La prof d'anglais et celle d'allemand sont aussi nulles l'une que l'autre, mais chacune à leur manière. On fait la Révolution Française en Histoire, avec la DDHC qui parle d'égalité, de liberté, de droit à la propriété, à la sécurité. Haha. La Grande Peur. Haha. La prise de la Bastille. Haha. Le Serment de Trucmuche. Haha. Tu me fais bien rire, Monsieur Histoire-Géo.
Pendant ce temps à Haïti, on enterre ses morts. Les gens partent à 5 heures de route de Port-au-Prince entassés dans des bus. On retrouve chaque minute un nouveau cadavre sous les décombres. Toutes les 2 minutes, de nouveaux morts arrivent au cimetière. Pendant ce temps à Haïti, tout est déchiré, tout est perdu, tout est fini, tout est brisé. Les familles sont éparpillées, les gens apprennent la perte de 5 ou 6 proches. Pendant ce temps à Paris des Haïtiens attendent désespérément des nouvelles de leurs proches. Et la fête continue.

Ce qui m'a fait pleuré, curieusement, au 20 heures hier soir, c'est l'espoir de ces gens. Ces gens qui improvisent une messe en dansant et en chantant et en tapant des mains. Ces gens dans des vêtements multicolores. Ces gens qui sourient. Qui rient. Ces enfants qui prient les yeux fermés. Tout ça dans le noir complet et dans les larmes de douleur. Tout ça pour quelqu'un d'inconnu mais dans lequ en lequel ils remettent le Rien qui leur reste. Tout ce courage dans les yeux.
Ce qui m'a fait pleuré aussi, c'est de voir le journaliste enchaîner joyeusement sur la politique en France, qu'est-ce qu'on s'en fout, le sport, qu'est-ce qu'on s'en fout, le film sur Gainsbourg, qu'est-ce qu'on s'en fout encore plus (excusez moi, mais un type qui fait Shebam Wiz dans son comic-strip, ce n'est pas un poète), même si ça doit être un beau film vu que c'est fait par Joann Sfar. A la radio, c'était aussi le festival de flamenco. Mais bordel, quoi. Dans Metro, à la Une ce matin, c'était Ségo. Mais qu'elle aille se rhabiller l'autre tordue là-bas avec sa campagne débile !
Et puis, Haïti, toujours dans le besoin, n'est-ce pas, toujours dans la misère, hein ? Ben oui, mais au lieu de souligner ça sans arrêt, parce que c'est ce qu'on a envie d'entendre sur un pays à majorité noire (pays noir = pauvreté, bien entendu). Sauf qu'il faudrait aussi raconter l'histoire d'Haïti. Comment la France, à l'époque de Charles X, leur a fait payer, en argent, leur indépendance. Parler des richesses culturelles d'Haïti. La poésie, par exemple. Montrer combien les poètes sont importants là-bas. Arrêter de penser que les artistes sont des cons parce que ce sont généralement eux qui font la fierté et l'identité d'un pays.
Et aussi que les chefs d'Etat arrêtent d'aller empêcher les secours d'atterrir là-bas avec leurs avions, histoire de montrer qu'ils font quelque chose et qu'ils sont très gentils. Et puis, m'a fait remarquer mon père, la garde de Sarko, là-bas, c'est des militaires qui pourraient aider à dégager des gens des gravats. Mais non. Sarkoléon a décidé qu'il irait en Haïti, même si ça fait ch... tout le monde.

Et nous autres, impuissant devant tant de bêtise gouvernementale et devant tant de douleur, devant tant de vies foutues, devant des corps entassés et ouverts de poussière, oubliés dans un coin de rue parce que depuis six jours, c'est le paysage quotidien. Et nous autres. Demain j'ai un passionnant cours de physique sur les atomes, les formules chimiques et le sulfate de cuivre anhydre. Demain je vais me taper une heure d'allemand avec Mme L. à parler d'accusatif et de subordonnées avec ,weil, retour en arrière. Demain je vais à l'orchestre jouer de la musique malienne et médiévale. Demain, je serai en vie.

16 janvier 2010

Illusions (?)

Bon, mon dernier message était assez déprimé. L'actu en Haïti et en France n'aide pas. Mais il y a toujours des gens qui vivent. Des survivants du séisme. Des gens qui s'aiment. Des gens qui naissent. Des gens qui rient. Des enfants qui courent pour entrainer leurs mères chez le marchand de bonbons. Des nuages qui voyagent. La Terre qui tourne. La mort est partout mais elle n'est en même temps nulle part. Si j'étais défaitiste, je dirais que de toute façon, même dans chaque baiser, dans chaque poignée de main, dans chaque enfant qui naît, dans chaque main tendue il y a la mort (mais je ne suis pas défaitiste, pas pour ça en tout cas, alors je persiste à croire que la vie existe encore. Heureusement. La vie est diablement présente. C'est pour ça que j'écris, c'est pour ça que je joue de la musique, c'est pour ça que je trouve la force de rire, c'est pour ça que j'existe). En ce moment, et depuis quelques mois, j'écris un peu la mort dans mes poèmes, parce que la mort est à la télé, et que ça me touche encore plus qu'avant, parce que No et moi est un superbe livre qui décrit à la fois la misère et l'espoir, parce que je ne crois plus en Dieu, parce que plusieurs personnes que je connaissais, de près ou de loin, ou que je ne connaissais pas mais dont la fin m'a touchée, sont parties, eh bien, là où elles sont maintenant.
Parce que moi je suis en vie et que des gens meurent et que pourquoi, bordel. Parce ce que ça sert à quoi de naître si c'est pour mourir 90 ans après.
C'est quoi, la mort ? La mort. Quelle importance. Tant qu'il existe le contraire.

15 janvier 2010

Désillusions (Les mots de Lou)

« Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les coups, les cris, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l'enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se monte pas, la violence est ce qui ne trouve pas d'explication, ce qui sera à jamais opaque ».

« Les nombres demeurent une abstraction et le zéro ne dit ni l'absence ni le chagrin ».

« Maintenant je sais une bonne fois pour toutes qu'on ne chasse pas les images, et encore moins les brèches invisibles qui se creusent au fond des ventres, on ne chasse pas les résonances ni les souvenirs qui se réveillent quand la nuit tombe ou au petit matin, on ne chasse pas l'écho des cris et encore moins celui du silence »

« Je pense également à l'égalité, à la fraternité, à tous ces trucs qu'on apprend à l'école et qui n'existent pas. [...] On ne devrait pas faire croire aux gens qu'ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs. »

« Les choses sont ce qu'elles sont, et il y en a beaucoup contre lesquelles on ne peut rien. Voilà sans doute ce qu'il faut admettre pour devenir adulte. »

« Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d'un arbre mort couvert de lumières, un mensonge tissé de conversations insipides enfouies sous des kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit. »

« Dans les livres il y a des chapitres, pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses. La rencontre, L'espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n'y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, ni rien qui indique Attention Danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s'il est tout déchiré ».



Delphine de Vigan, No et Moi, ed. Le Livre de Poche