15 janvier 2010

Désillusions (Les mots de Lou)

« Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les coups, les cris, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l'enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se monte pas, la violence est ce qui ne trouve pas d'explication, ce qui sera à jamais opaque ».

« Les nombres demeurent une abstraction et le zéro ne dit ni l'absence ni le chagrin ».

« Maintenant je sais une bonne fois pour toutes qu'on ne chasse pas les images, et encore moins les brèches invisibles qui se creusent au fond des ventres, on ne chasse pas les résonances ni les souvenirs qui se réveillent quand la nuit tombe ou au petit matin, on ne chasse pas l'écho des cris et encore moins celui du silence »

« Je pense également à l'égalité, à la fraternité, à tous ces trucs qu'on apprend à l'école et qui n'existent pas. [...] On ne devrait pas faire croire aux gens qu'ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs. »

« Les choses sont ce qu'elles sont, et il y en a beaucoup contre lesquelles on ne peut rien. Voilà sans doute ce qu'il faut admettre pour devenir adulte. »

« Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d'un arbre mort couvert de lumières, un mensonge tissé de conversations insipides enfouies sous des kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit. »

« Dans les livres il y a des chapitres, pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses. La rencontre, L'espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n'y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, ni rien qui indique Attention Danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s'il est tout déchiré ».



Delphine de Vigan, No et Moi, ed. Le Livre de Poche

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