5 février 2010

Les vies communes du métro

Dans le métro, il y a ceux qui parlent tout seuls. Il y a ceux qui consultent leur reflet dans la vitre, rajustent leur col, leurs idées, ou refont leurs lacets. Il y a ceux, perpétuellement en survêtement, même quand ils vont passer leur oral de bac. Il y a ceux qui écoutent leur musique à fond dans leur iPod. Et ceux qui leur jettent des regards agacés (ah, les jeunes d'aujourd'hui !).

Ceux qui ont l'air aussi joyeux que s'ils se rendaient à un enterrement (en l'occurrence ouvert par la traditionnelle cérémonie du "vous êtes encore en retard" dans leurs bureaux respectifs). Ceux qui insultent la vie à voix haute. Ceux qui gardent leurs soucis dans la tête.

Ceux qui mangent leur sandwich à grand bruit. Ceux qui écoutent leur musique en bougeant la tête, ou en tapant des pieds, ou en frappant le rythme sur leurs genoux. Ceux qui chantonnent carrément pendant qu'ils écoutent Alain Souchon ("...comment tu m'as fait chuis pas beaaaau...").

Ceux qui révisent in extremis leurs cours pendant les trois stations qu'il leur reste. Ceux qui discutent super fort de choses gênantes. Ceux qui parlent du dernier machin Apple qui est sorti. Ceux qui se ruent à Châtelet sur les escalators. Ceux qui se répandent en remerciements quand on leur tient la porte. Ceux qui écrivent des bêtises sur les pubs. Ceux qui les photographient. Ceux qui parlent du dernier Marc Lévy.

Les profs qui parlent de leur boulot de prof (et qui ne peuvent pas s'empêcher d'en parler), leurs problèmes avec la CPE, la 2nde 3 qui décidément ne fiche rien, les suppressions de postes, le programme qu'ils n'arriveront jamais à boucler avant la fin de l'année, le rapport qualité-prix de plus en plus déplorable en ce qui concerne la cantine, et Simon qui ne fait jamais ses exercices, et vraiment, on ne sait pas quoi en faire.

Il y a aussi ceux qui profitent d'avoir 15 stations pour rattraper la nuit qu'ils ont passée à calmer leur bébé de 6 mois. Ceux qui baladent leur guitare en écoutant Jimi Hendrix pour montrer qu'ils sont rockeurs dans l'âme. Ceux qui s'accrochent à leur journal (peu de gens lisent Le Figaro dans le métro, c'est plus Libé, Le Monde, Le Canard ou Courrier International, ou alors Closer ou Voici) comme si leur vie en dépendait. Ceux qui boivent leur thermos de café. Ceux qui ont un casque énorme sur les oreilles, et qui disent que les basses dans ce casque, c'est trop de la balle. Ceux qui s'embrassent. Ceux qui font la manche. Ceux qui discutent de leur prochain voyage en Ouzbékistan.

Ceux qui observent. Ceux qui écrivent. Ceux qui superbement. Ceux qui machinent. Ceux qui vraiment haut. Ceux qui grandissent. Ceux qui lisent jusqu'à la dernière seconde. Ceux qui rient. Ce qui va, ce qui ne va pas. Ceux qui veulent beaucoup mais ne font pas assez. Ceux qui marmonnent. Ceux qui bougent sans cesse. Ceux qui, ceux qui ne pas. Ceux qui viennent, ceux qui repartent, ceux qui descendent tous à République, ceux qui marchent pour aller ailleurs sans très bien savoir où, et ceux qui rêvent de prendre le bus.

2 commentaires:

  1. Métrologie, les études de la vie souterraine. TM by Magic.

    Pour moi je préférais toujours la version terrestre, le bus (surtout en dehors des heures terribles). Ça donne les observations complémentaires, moins de gens, plus de ville, ce qui est plus joyeux, surtout à Paris. Sont bonnes tes observations souterraines mais forcement mélancoliques. Sinon, Paris est tellement bien comprimé que le parcourir même à pied est beaucoup plus faisable (et agréable) qu'ailleurs.

    Le plus étonnant dans le métro parisien est que cela est (était en tout cas) échauffé en hiver. Pas à Moscou ou Kiev avec leurs grands froids dehors (jamais sous terre, évidemment!), mais à Paris, yes, of course, pour faire les passagers suer davantage (pour rester mince, certainement!). On pense que les français sont “calculateurs”... Tandis qu'en réalité ils sont rêveurs désintéressés contemplatifs, en tout cas dans le métro et sur certains blogs :) .

    Le plus important dans le métro parisien est de se tenir loin des rails: il y a des fous qui aiment entrainer aux sauts collectifs... Sors de là, save yourself. Je sais, métrologie. C'est important, c'est nécessaire, c'est transcendant et progressif. Progrès commence par les cavernes, encore et toujours. Sans métro plus de philosophie, ni art, ni littérature, en tout cas en France. :)

    Le plus fascinant dans le métro parisien est sa noble ancienneté qui commence déjà à l'entrée. Tout est tellement différent, coincé, complexe, esthétique... On fait chaque jour son voyage dans le temps aller retour sans s'en rendre compte.

    Le métro de tes rêves, le bus des vos désirs... On change de transports... Changeons d'échelle. I take my magic spaceship, farewell to limits!

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  2. Toujours la conspiration antifrançaise de Google, encore un commentaire perdu en modération depuis samedi... La France devient molle, trop molle... Apparemment il faut venir à Paris en personne pour régler tous les problèmes sur place! :) Metro, dodo, les cercles fermés... Ding, ding, dit le réveil! Time to move on, enfin, valider les commentaires :), valider son existence, valider tout...

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