19 novembre 2011

Hadopi, it's back ! et autres histoires

Notre empereur préféré veut proposer une Hadopi 3, a-t-il déclaré cette semaine avec la ridicule grandiloquence qui lui est coutumière. Une version qui supprime le streaming.
On devra donc interdire les trois quarts de YouTube, Dailymotion et compagnie, et les jusqu'à maintenant très légaux car très « PUR » Deezer, Beezik, etc. Il faudrait aussi faire retirer les photos de tableaux d'expositions qui circulent sur les blogs, monsieur Sarkozy, parce qu'on n'aura pas payé pour les voir. Ainsi que les sites d'artistes qui mettent des vidéos de concerts, et même Myspace, où l'on peut écouter des extraits entiers d'albums, une honte. Oui, parce que tout ça fera quelques milliers d'€ de perdus pour Pascal Nègre.
Le but officiel est de défendre la création artistique. Sauf qu'il est impossible que des dirigeants veuillent défendre la création artistique : elle est un facteur d'émancipation.  Hadopi 3, comme ses consœurs, n'aura comme effet que de remplir les fouilles des multinationales du disque.
Au-delà de l'absurdité évidente (qui eût cru qu'ils ferait un truc plus stupide que la première Hadopi ?) de ce projet, on constate une volonté ostensible de la part de nos dirigeants de tout contrôler — je reviens de dessus régulièrement mais manhack le fait bien mieux que moi — sur Internet, cf l'Accord Commercial Anti-Contrefaçon.

Récemment, l'émission Les amis d'Orwell sur Radio Libertaire parlait de l'Internet et de l'outil de surveillance, voire d'aliénation, qu'il représente.
Certes, le Net (pardon) est un formidable outil de contrôle des masses, ne serait-ce que par le fait que l'info est difficilement triable par l'internaute moyen. Entre les publicités ciblées, les blogs et forums débiles (et moches) où les conversations se limitent à trois mots ou à des trolls, le côté chronophage, l'espionnage par un certain nombre de logiciels d'à peu près toutes nos actions, on ne peut pas tellement nier cet aspect là.
C'est ce qui fait que l'Internet intéressant est finalement réservé aux élites, qui, mieux instruites, peuvent peut-être un peu plus que les autres se soustraire à ce contrôle qui prend la forme du « donnez-leur du pain et des jeux ».

Mais il ne faut pas oublier que c'est aussi sur Twitter (même si l'entreprise elle-même n'est qu'une entreprise avide d'argent comme les autres) qu'ont été relayés les mouvements des peuples cette année, que l'on découvre des articles intéressants et des infos peu médiatisées ; il ne faut pas oublier que se sont construits des sites et des journaux en ligne comme Reflets.info, Indymedia, Basta! Mag, des blogs un peu ou très subversifs, que l'on peut regarder des archives inédites de concerts de Billie Holiday (exemple parmi tant d'autres). On peut écouter des radios libres, obtenir n'importe quelle information en un rien de temps, lire des journaux libertaires datant du 19e siècle, des bouquins anarchistes (je dis anarchistes parce que ce sont en général ceux-là qui sont libres de droits) entiers en ligne et gratuitement (Bibliolib, Infokiosques.net, les Inventeurs d'Incroyances, j'en oublie), de la poésie contemporaine uniquement disponible sur support numérique…

Bref, Internet, pour qui sait s'en servir, est non seulement une mine d'informations, mais aussi un lieu d'émancipation, de conversation avec des gens avec qui il serait impossible de discuter autrement, d'échange d'idées, de fichiers…
Tout ça pour dire qu'au regard des avantages du réseau énoncés ci-dessus, le gouvernement a tout intérêt à freiner Internet.
L'Internet contrôle ou émancipe, et l'Etat regarde plutôt la dernière solution. Trop de liberté nuit à la liberté, tous les raisonnables vous le diront. Alors on va s'empresser de réprimer, ficher, tracer, interdire, fermer, supprimer, protéger, coder, conserver, et surtout, ne jamais favoriser l'échange. L'échange permet de sortir de son petit monde. Et aucun gouvernement de souhaite cela de la part de son peuple.

Je ne peux pas m'empêcher d'être optimiste et de me dire qu'une fois que l'esprit d'internet (plus qu'Internet lui-même) sera émoussé, il restera toujours suffisamment d'empêcheurs de penser en rond pour s'organiser, éviter, exploiter les failles, reconstruire.

Donc fais gaffe, Sarkozy, nous aussi on te voit.

18 novembre 2011

La chasse aux pauvres est rouverte

Ça ne vous aura pas échappé, Sarko et associés ont expliqué leurs projets de perpétuer la tradition gouvernementale de criminalisation de la pauvreté.
Nos dirigeants actuels nous font croire que les fraudeurs des allocations, du RSA et autres, sont des gens méchants, dangereux, « traitres » ou que sais-je encore, bref, des criminels. Je ne suis pas spécialiste mais je peux deviner qu ceux qui fraudent ne sont pas nos amis les députés. Qui eux, selon l'article pointé, gagnent dans les 5 200 € par mois, sans compter pas mal de trucs. Les fraudeurs montrés du doigt ne sont pas les ministres qui habitent des logements sociaux, mais des gens à qui de toute façon un peu plus d'argent ne ferait pas de mal. Personnellement, dans ce cas-là, même si ça ne me concerne pas encore, je m'en foutrais pas mal de cotiser pour payer leurs aides sociales.

En France comme ailleurs, de toute façon, être pauvre constitue la plupart du temps un délit aux yeux de ceux qui établissent les lois sécuritaires, les arrêtés anti-mendicité, et autres joyeusetés. Si vous êtes pauvre, vous avez de bonnes chances de vous retrouver en prison, comme l'explique Rolland Henault dans son livre Non ! Construire des prisons pour enrayer la délinquance, c'est comme construire des cimetières pour enrayer l'épidémie. 
 Si vous êtes pauvre, vous faites chier les riches qui doivent s'occuper un minimum de vous parce que sinon ça fait grogner l'opinion. Si vous êtes pauvre, c'est que vous avez raté votre vie. Si vous êtes pauvre, vous ne méritez pas de respirer le même air que les riches. Si vous êtes pauvre, c'est que vous avez quelque chose à vous reprocher, car enfin, on ne devient pas pauvre pour rien, c'est bien qu'on l'a mérité, c'est bien qu'on n'est qu'un fainéant. Ou alors c'est parce que vous l'avez choisi. Vous rêviez d'une vie de bohème, sans avoir à vous préoccuper de gérer le patrimoine familial ou vos fiches de paie.
Les pauvres n'ont pas fait les grandes écoles. Les pauvres n'ont pas de Rolex à cinquante ans. Les pauvres ne se marient pas avec des filles de couverture de magazine. Leur seule ambition immédiate est de pouvoir manger à sa faim, s'habiller et garder un toit. Les pauvres occidentaux, surtout, quels égoïstes. Ils devraient s'estimer heureux ; parce qu'en Somalie…

11 novembre 2011

Bougeotte

La semaine dernière, sur Radio Libertaire, il y avait l'émission Les Amis d'Orwell, qui avait invité une chercheuse, Juliette Volcler, à parler de son livre Le son comme arme, paru chez la Découverte. Et voilà, ça m'a donné l'idée d'un article de blog, que j'ai écrit en cours de maths parce que les cours de maths, euh, voilà, quoi. Volcler a donc fait remarquer cette volonté des autorités — municipalités, gouvernements — de régir aussi les déplacements des gens, et surtout la relation de cette situation avec la société de consommation.

De temps en temps, interrompre sa marche, rester debout dans la ville, se mesurer au ciel, rêver à voix basse, regarder, se rendre compte des rues, imaginer un autre espace. S'arrêter seulement parce que l'on en éprouve l'envie et non pas le besoin, à un moment qui n'a pas été planifié, s'arrêter pour se reposer sans demander l'avis de personne, et enfin, peut-être, prendre le temps de penser.
Penser, c'est-à-dire résister ; il existe des lois plus ou moins tacites auxquelles nous nous plions à chaque fois que nous nous inventons des buts inutiles. A chaque fois que nous allons au travail, à l'école, au supermarché. Il s'agit de règles établies par l'espace aménagé que l'on nous impose, et elles sont invisibles, ce qui fait leur force.

Même s'arrêter pour discuter avec des amis est devenu impossible en certains endroits.Pas encore en France, mais à Londres, par exemple, on a posé sur certains bâtiments des Mosquito, petits appareils qui émettent des ultra-sons, que seuls les jeunes entendent. Ce dispositif est certainement très efficace, parce que les ultra-sons, ça devient très vite pénible. Ces machines signifient que les jeunes sont des indésirables — mais ça fait longtemps qu'on connaît l'avis des différentes autorités sur la question — et qu'en règle générale, les simples citoyens n'ont pas le loisir de s'arrêter où bon leur semble. Dans certains lieux aussi, on trouve des murets, des bancs, sur lesquels il est impossible de s'asseoir parce qu'ils sont humidifiés en permanence.
Car il faudrait que nous continuions notre chemin, que nous soyons perpétuellement en mouvement, pour rester attentifs seulement à ce qui attire le regard : les vitrines colorées, les enseignes éclatantes des magasins, pour nous donner l'impression de ne jamais être perdu, dans les supermarchés comme dans la ville, alors que, sur les rayonnages des grandes surfaces, une telle profusion de produits devrait nous donner le vertige. Ce rythme que l'on nous impose, c'est celui de notre consumérisme, de nos achats presque compulsifs, eux aussi dictés par les entreprises, les marques, les gouvernements, les médias. Ces gens savent mieux que quiconque que plus l'on va vite, moins on a le temps d'observer les choses, de se rendre compte de la supercherie, et encore moins de se révolter.

Les gens arrêtés, dans la ville, sont en général ceux qui sont perdus, ceux qui cherchent quelque chose dans leurs poches, ceux qui discutent, bref, ceux qui font toujours quelque chose. Dans la vie, et dès l'enfance, on nous oblige toujours à faire, à bouger, à s'activer. D'ailleurs, à mon avis, c'est une des raisons pour lesquelles on nous formate avec le sport et le culte de la performance (le sport, le foot surtout, avec tout son univers, dont son patriotisme, est plus à mes yeux une aliénation qu'un truc positif). Il faut aussi décider ce qu'on veut faire plus tard, et être chômeur, c'est mal vu, tout de suite on s'imagine des fainéants. Encore une fois, l'école telle qu'elle est constitue un facteur très important de cette situation, mais tout ça est aussi véhiculé par les médias de masse.

Les gens qui n'avancent pas, on les regarde, on se demande ce qu'ils font là, on s'imagine des choses. Des philosophes, des originaux, des paumés, des drogués ? Alors que non, si ça se trouve, ce n'est pas si rocambolesque, il se sont arrêtés juste pour souffler, pour interrompre un instant le rythme effréné des jours de travail, peut-être sont-ce des résistants discrets, ou des gens qui ont eu envie un jour de penser à autre chose qu'au quotidien, autrement qu'enfermé chez soi, juste au milieu de la ville, des bruits, des gens, et finalement, les arrêtés qui ne font rien d'autre que d'être immobiles, sont peut-être un peu plus libres.

17 octobre 2011

17 octobre

Ludovic Janvier a écrit un poème sur le 17 octobre 1961, dans son recueil La mer à boire, que je voulais recopier ici. Il faudra que j'écrive le mien. Mais je dois le travailler, en faire vraiment quelque chose qui tente d'être à la mesure du désespoir, des cris, des coups, de l'indifférence, de l'horreur, de l'hypocrisie, de la douleur, de la violence, de la brisure. Même si c'est impossible.

DU NOUVEAU SOUS LES PONTS

Ah, ils les foutent à la Seine.
Anonyme


Il y a eu la journée du 17 octobre. Et
celles d'avant. Et celles d'après. Et les
cadavres dans la Seine, et la cadavres 
dans les bois. Aucune enquête sérieuse 
n'a été faite ni aucune sanction prise.
E.A.L.V

Vous parlez d'Octobre 17
Moi je pense au 17 octobre

1

Paris 61 dix-sept octobre on est à l'heure grise
où le pays se met à table en disant c'est l'automne
lorsque silencieux venus des bidonvilles et cagnas
des Algériens français sur le soir envahissent
de leur foule entêtée les boulevards qu'ils n'aiment pas
ce couvre-feu les traite en coupables
décidément ça fait trop d'Arabes qui bougent
le Pouvoir envoie ses flics sur tous les ponts
nous montrer qu'à Paris l'ordre règne
il pleut sur les marcheurs et sur les casques il va pleuvoir
bientôt sur les cris pleuvoir sur le sang

2

Sur Ahcène Boulanouar
battu puis jeté dans l'eau
en chemise et sans connaissance
vers Notre-Dame il fait noir
le choc le réveille il nage
la France elle en est à la soupe

Et sur Bachir Aidouni
pris avec d'autres marcheurs
lancés dans l'eau froide aller simple
de leurs douars jusqu'à la Seine
Bachir seul retouche au quai
la France elle en est au fromage

Sur Khebach avec trois autres
qui tombent depuis le pont
d'Alfortville on l'aura cogné
moins fort puisqu'il en remonte
les frères où sont-ils passés
la France elle en est au dessert

Et sur les quatre ouvriers
menés d'Argenteuil au pont
Neuf pour être culbutés
dans l'eau noire en souvenir
de nous un seul va survivre
la France elle en est à roter

Et sur les trente à Nanterre
roués de coups précipités
depuis le pont dit du Chateau
quinze à peu près vont au fod
tir à vue sur ceux qui nagent
la France elle est bonne à dormir

3

Paris terre promise à tous les rêveurs des gourbis
leur Chanaan ce soir est dans l'eau sombre
ils ont gémi mains sous la pluie mais sur la nuque
c'est mains dans le dos qu'on en retrouve ils flottent
enchaînés pour quelques jours à la poussée du fleuve
c'est la pêche miraculeuse ah pour mordre ça mord
on en repêche au pont d'Austerlitz
on en repêche au quai d'Argenteuil
on en repêche au pont de Bezons la France dort
on repêche une femme au canal Saint-Denis
les rats crevés les poissons ventre en l'air les godasses
ne filent plus tout à fait seuls avec les veiux cartons
et les noyés habituels venus donner contre les piles
on peut dire qu'il y a du nouveau sous les ponts
la Seine s'est mise à charrier des Arabes
avec ces éclats de ciel noir dans l'eau frappée de pluie

14 octobre 2011

La peine de mort, c'est dans les prisons que ça se passe

Il paraît qu'en France la peine de mort est abolie depuis 30 ans. Seulement 30 ans, notez bien à quel point nous sommes un pays d’arriérés.
Mais à mes yeux, cet anniversaire, c'est de la poudre de perlimpinpin, du pipeau, de la fumée. Nous n'avons fait qu'abandonner les exécutions rapides et glaciales pour une autre forme de mort, tout aussi terrible.
Je parle de la prison.

Les prisons françaises sont épinglées depuis des années par les Cours des Droits de l'Homme et autres institutions charitables, pour leur insalubrité, leurs conditions de détention inhumaines, les traitements infligés aux prisonniers, etc. Et l'Etat fait semblant de ne rien voir. Régulièrement, des rapports sont faits qui gueulent un RAS d'une mauvaise foi à peine croyable. Y'a qu'à voir les résultats Google pour « amélioration des conditions de détention »

Après tout, c'est bien fait pour ces petits/grands délinquants. Ils z'avaient qu'à pas désobéir à la loi. S'ils se suicident, ou si les matons les tabassent, ou s'ils ne peuvent pas manger parce que la nourriture n'est pas casher/hallal, ou s'ils pensent tout les jours qu'il leur sera impossible de reconstruire leur vie après la prison, on s'en fout. Ce n'est pas notre problème.
Mur de prison près de Montpellier. Photo Xavier Malafosse
Et surtout, qu'ils ne se révoltent pas. Qu'ils endurent tout sans broncher, se pliant aux désirs de l'Etat, Etat qui semble croire qu'il possède les détenus, qu'il possède son peuple, que tous ces criminels (qui n'ont pas toujours été condamnés justement, mais c'est un autre débat) lui appartiennent.

Et puis d'abord, l'horreur de la prison, c'est chez les autres qu'on veut bien la voir.

De toute façon, quelles que soient les conditions de détention, l'idée même de prison est inacceptable. Pourquoi, d'où vient l'idée que la réponse à un simple délit (je ne parlerai pas de crimes) doit être la privation de ce que l'homme a de plus précieux, à savoir sa liberté ? Je n'ai pas eu le courage d'aller assez loin dans Surveiller et Punir, de M. Foucault, pour le savoir, mais de toute façon, je ne verrai rien qui justifiera une telle mentalité.

Car les prisons sont des lieux horribles, glaçants, révoltants, répugnants. Elles tuent lentement (outre les suicides), à petit feu, et rien n'est pire que cela. La prison, c'est la peine de mort par le temps, par l'enchaînement inéluctable des heures, la punition du vieillissement, du vieillissement inutile (ou bien au service de grandes entreprises, qui ont des esclaves parmi les détenus), du vieillissement passif de celui qui est obligé d'observer son étiolement progressif. Et au bout, il y a bien la mort, et la mort sans avoir rien pu faire de ta vie, la mort physique quand tu l'étais déjà dans ta tête.

Ce n'est pas moi jeune bloggueuse derrière mon écran qui le dit, ce sont eux, les enfermés. Ceux de Corbas et bien d'autres avant eux ont écrit pour protester contre les conditions de détention, et ceux d'Arles, du Bois-d'Arcy, pour l'abolition de la prison.

Non, la peine de mort n'est pas abolie en France. L'Etat tue, tous les jours, des milliers de personnes, dans la joie et la bonne humeur. Comment peut-on se mettre au service de cet Etat-là ? Comment peut-on devenir maton ?
Non, la peine de mort n'est pas abolie en France. Il faudra bien se le mettre dans la tête. Et il faudra apprendre à gueuler contre ce qu'on oublie. L'oubli, ça aussi, ça fait partie de la mort des prisonniers.

Voilà encore des articles du Monde Libertaire, si vous avez le courage : Pour en finir avec toutes les prisons ; « La prison n’est qu’un espace muré qui cache les échecs de la société. »

4 octobre 2011

On cause police

En ce moment, entre la mise en examen du n°2 de la PJ de Lyon, la polémique autour de sites de copwatching, le procès de Villiers-Le-Bel, on parle beaucoup de la police, et les situations peuvent parfois être drôles. Ou pas.

Michel Neyret, donc, est soupçonné de trafic de drogue, et Guéant n'a pas l'air d'en croire ses oreilles. Comme lui, je suis terriblemment déçue. Moi qui était persuadée que les policiers étaient des gens sans histoires et sans reproches. Souvent, les arroseurs arrosés ne font pas pitié.

Les histoires des sites de copwatching, c'est marrant, aussi. Il s'agit de plateformes qui ont pour but de répertorier des photos et vidéos des violences policières, prises dans la rue par des gens très éclairés. La question Qui surveillera le surveillants ? (du poète latin Juvénal) se trouve ainsi résolue…

Sauf qu'aux policiers, ça ne leur plaît pas. Ils disent que c'est pas bien, et que s'ils sont victimes de la brutalité policière, les gens n'ont qu'à porter plainte. Ils sont pourtant bien placés pour savoir que la justice ne répond que très rarement aux attentes des victimes de ce genre d'attaques. Le flic, tacitement, dans la tête de tous, est mis hors de cause dès le début… Comme le dit si bien Serge Quadruppani dans La politique de la peur (p. 58): « Quiconque suit d'un peu près les relations entre la jeunesse des quartiers populaires et la police en France ne peut que constater qu'elles ressemblent de plus en plus aux rapports entre deux bandes qui se défient et s'affrontent. Avec la particularité que l'une d'elles, celle des policiers, gagne toujours. Délibérément ou pas, le message envoyé depuis plusieurs décennies est que, quoi qu'il arrive, les actes des policiers, depuis les insultes et les tabassages jusqu'aux meurtres (une douzaine par an, depuis 2000), demeurent à peu près toujours impunis. [...] Il n'y a aucune volonté délibérée, aucun complot, aucun plan arrêté derrière cette constatation, et, pourtant, la réalité est là, il faut bien la voir dans toute sa brtalité : la bavure, à la fin, ça sert à montrer qui commande. »

Alors voilà, messieurs les policiers. Les civils peuvent subir en permanence — Quadruppani parle des quartiers populaires mais c'est vrai aussi dans beaucoup de manifs — une violence terrible de la part de ceux qui seraient chargés de maintenir l'« ordre ». Surveiller les surveillants, c'est juste, et démocratique… La police, dans la politique du « pouvoir au peuple », n'est pas là pour dominer par la force, mais pour assurer une certaine sécurité. Tout ça est très discutable, d'un point de vue libertaire notamment, mais je ne vais pas vous faire chier avec ça, vous savez très bien ce que j'en pense.

Enfin, last but not least, le procès en appel de Villiers-Le-Bel. Étant donné qu'en 2005, je n'étais pas capable de comprendre ce qu'il se passait (je garde que un souvenir flou d'images sombres de cités au milieu desquelles brûlaient des voitures), j'ai dû me documenter. Il y a par exemple un article des Inrocks à ce propos, qui dit : « L’affaire de Villiers-le-Bel révèle ses facettes comme autant d’instantanés sur lesquels se pencher tour à tour. Elle touche au brûlant et au refoulé : le destin des quartiers populaires et leur soulèvement redouté, le travail policier, l’affirmation de l’autorité de l’Etat sur un territoire qu’il a abandonné depuis longtemps dans ses dimensions autres que répressive. »

« L'affirmation de l'autorité de l'Etat ». C'est le problème. L'Etat doit s'affirmer parce qu'il sait bien qu'il est haï par beaucoup. Or, quand il s'affirme, c'est souvent de manière violente, gratuite, excessive. C'est à ça qu'on le reconnaît… un Etat ne sera jamais pacifique. Donc, il est supposé que l'Etat a, une nuit, percuté une moto sur laquelle se trouvaient deux jeunes, Moushin et Larami, qu'il les a tués et qu'il s'est retrouvé avec des émeutes sur le dos. Voilà à peu près l'histoire, même s'il y a plusieurs versions. Et les émeutiers n'ont pas été tendres avec la police ; ils lui ont tiré dessus à balles réelles. L’État, toujours lui, a donc été défendu implicitement par les médias. « Ces jeunes sont violents, méchants même, ce sont des délinquants-nés, il faudra détecter ce genre de comportement dès la maternelle, et pis d'abord c'est tous des Arabes, il faut les expulser ». Comme d'habitude. Et encore maintenant, encore ce matin. A la radio, j'entendais que les policiers étaient traumatisés.

Non, sérieux ? Dites, ce n'est pas vous qui traumatisez des centaines de personnes tous les ans, à coups de matraque, de menottes, de formulaires administratifs qui peuvent envoyer des bébés en centre de rétention ou renvoyer des séropositifs dans leur pays ? Vous qui tapez sur des Indignés pacifistes à la Bastille, au point que la fille qui était venue me parler dans le cortège de la manif de mardi dernier, avait les yeux enflés trois jours après ? Ce n'est pas l'Etat, votre Etat que vous représentez, qui abandonne ces jeunes et les méprise, les caricature en fous dangereux et en ennemis publics ?

Je suis désolée, ô raisonnables. Mais je suis incapable de ressentir la moindre compassion pour ces gens-là.

20 septembre 2011

Récapitulatif ; encore des armes, des prisons et des progrès dans le fichage

La France, pays-de-terroirs-et-de-caractère-qu'on-veut-pas-que-ça-soit-piqué-par-les-étrangers, s'enlise en ce moment de manière alarmante dans une conception de la politique façon 1984. Ce n'est pas une comparaison à la légère. Nos gouvernants vont de plus en plus souvent faire un tour chez Winston Smith et Big Brother, et n'en rapportent pas d'inspirations spécialement réjouissantes.

D'abord, il y a eu la proposition d'une loi, début juillet, par le ministre de la Terreur devant onze députés (qu'on se le dise : le peuple se résume à onze personnes), qui va généraliser le fichage de la population à partir de quinze ans. Au nom de la lutte contre l'usurpation d'identité.

Guéant a parlé, à l'Assemblée, de cartes d'identité contenant deux puces électroniques. L'une dite « régalienne », comportera les informations de la carte d'identité "classique" (nom, date de naissance, adresse etc), mais aussi vos empreintes digitales.
Ainsi, on pourra retrouver votre identité sur simple vérification d'empreintes. Trop cool ! C'est ça, la technologie, le progrès au service de l'ordre et de la sécurité… En plus, la technique utilisée pour les relevés d'empreintes est pratiquée en criminologie.
Voilà : nous sommes tous potentiellement des criminels. Des criminels dont il sera beaucoup plus facile de relever l'identité lors de manifestations, par exemple.

La deuxième puce, elle, est optionnelle, et permet de « mettre en œuvre sa signature électronique », lors de transactions financières et des démarches administratives entre autres. Les gens qui vont accepter ça seront donc fichés encore plus sûrement qu'ils ne le sont déjà sur Internet.

« La carte nationale d’identité électronique, ce sont donc deux composants, pour une identité mieux protégée et une vie simplifiée », a éructé Guéant. Il devrait faire du marketing, celui-là. Il s'agirait de protéger notre identité « dans le respect des libertés individuelles.» Il ose le dire. Il ose tenter de faire croire à une chose aussi énorme et absurde. Quel dommage qu'on n'aie pas le droit d'insulter les politiciens sur Internet.

Deuxième chose.
Vous avez sans doute entendu parler (ça date un peu mais bon) de ce qu'à décrété Sarkozy à propos des prisons. Il veut 30 000 places en plus, ce cher monsieur.
Première remarque : je suppose que ces prisons, tu vas les construire avec le budget de l'Education Nationale.

Seconde remarque : même si tu devrais y être depuis longtemps, tu n'as aucune idée de ce que peuvent être les conditions de détention en France. J'y reviendrai sans doute. En attendant, cet été, il y avait un dossier sur les prisons dans le Monde Libertaire. Et tu sais ce qu'il disait, ce dossier, comportant des lettres de détenus, et tout le toutim ? Il disait, entre autres, que la prison, ce sont des conditions de survie effroyables à tous points de vue (coups, humiliations, degré zéro de l'hygiène, nuits blanches forcées, surveillance constante, non-respect des religions des gens, perte de l'identité, justement, et j'en passe). Et demande toi pourquoi il faudrait à tout prix punir…

Pose-toi la question, mon gars. Va parler avec des gens qui accepteront de te décrire leur survie dans tes centres où tout est interdit. Et reviens discuter, après, de l'utilité d'aménager de nouvelles prisons. Tout n'est pas un problème de surpopulation. Il ne resterait qu'un détenu par cellule que ça ne changerait pas grand chose. Ce qui me révolte, c'est qu'on prive les gens de liberté. Que ce soit une cage dorée ou en béton, je n'en ai rien à faire.
D'ailleurs, quand tu demandes de nouvelles places, je ne suis même pas sûre que tu penses aux conditions de détention. Tu penses au nombre de voleurs de pommes que tu pourras y enfermer.

La liberté, c'est l’esclavage.

Copé, il y a trois jours, a formulé un vœu aussi révoltant que ridicule : demander un serment d'allégeance aux armes à ceux qui veulent la nationalité française ou qui font leur journée d'appel à la défense à 18 ans.
Je ne trouve pas les mots pour dire à quel point c'est aberrant. L'idée qu'on puisse ne pas avoir envie de se battre ne les effleure pas. Qu'on n'ait pas envie de sauver son pays. Que la guerre puisse dégoûter les gens. Tout ça, c'est impossible, voyons, toute personne normalement constituée est attachée à la terre de sa naissance (ou le pays dont il veut adopter la nationalité)…
La guerre étant une des pires choses qui puissent exister, je me demande qui sera prêt à prêter serment d'allégeance aux armes, comme on prêtait au Moyen-Âge allégeance à son roi et à la chevalerie.
Déjà, je n'aime pas beaucoup la France, que je ne considère en aucun cas comme mon pays. Et je hais tout ce qui peut se rapporter au patriotisme. Personne ne choisit son pays. 
Aimer un pays n'est pas une raison pour accepter de faire la guerre pour lui. Parce que faire la guerre, cela signifie servir un État, un gouvernement, bref, celui qui vous opprime 365 jours sur 365. Et ça veut dire aussi l'horreur, les larmes, le sang, la mort, vous savez, ces trucs que seuls les soldats verront.
J'ai remarqué un truc : aujourd'hui, les guerres, ça paraît propre. On prend bien soin de ne pas y mêler les civils. On nous colle dans les manuels scolaires d'horribles images des tranchées ou du front en 39-45, mais pas tellement maintenant. On nous fait croire que la guerre d'aujourd'hui c'est seulement de la stratégie. Que ça se passe tranquillou entre hommes politiques. Sauf que sur le terrain, il y a des gens qui ont obéi aux ordres et qui vont tuer ceux qui auraient pu être leurs amis, parce qu'ils n'ont pas le choix, parce que c'est leur boulot, tuer d'autres hommes. Engagez vous, qu'elles disaient, les pubs, « devenez vous-même…».

La guerre, c'est la paix.

Dernier truc : la casse de l'école publique. Après un long débat avec moi-même pour savoir si j'irai à la manif ce 27 septembre, j'ai décidé que oui.
Je suis absolument contre l'école (mais pour l'éducation). Je suis contre l'enfermement des enfants, le formatage à la société capitaliste (on vous apprend à travailler, à obéir aux ordres), les dérivés de prisons qui nous servent d'établissements scolaires.
Mais pour l'instant, c'est malheureusement le système qui fait le plus d'adeptes (adeptes conditionnés, mais adeptes quand même), et il arrive que, de loin en loin, on y rencontre des gens sympathiques, drôles, ouverts et même un peu révoltés parmi les professeurs. Mes profs de cette année, par exemple, sont bien différents de ceux de l'année dernière — des conservateurs tellement soumis à la principale qu'ils ne faisaient jamais grève.
Et l'école publique, laïque et obligatoire est celle qui peut former des êtres émancipés (ça arrive). Alors je refuse que les gens deviennent des moutons à la botte du pouvoir parce qu'ils n'auront jamais rien appris. Même si ce qu'ils apprennent ressemble de plus en plus à de la propagande, je ne peux m'empêcher de penser que c'est toujours mieux que rien. Oui, je sais, mon taux de radicalostérone faiblit, là, mais tout plutôt que voir les Français réduits à un tas de légumes mous et abêtis.

Je signale en plus que cette grève est aussi un moyen de vérifier qu'on a bien encore le droit de grève, en passant. Non, parce que qu'on ne sait jamais. Toutes les libertés s'amenuisent de jour en jour, alors on teste.

L'ignorance, c'est la force.

10 septembre 2011

Illustrations


J'ai découvert il n'y a pas longtemps le site Ufunk, qui présente des artistes et des objets d'art insolites, ou poétiques, enfin voilà, quoi, bien sympathiques. J'aime beaucoup certaines des illustrations qu'ils présentent, alors je vous mets quelques liens.

Goro Fujita, illustrations numériques (si vous aimez les robots…)
Zerg118, à mi-chemin entre Miyazaki et la fantasy
Jen Zee : absolument magnifique, un peu inspiré par le graff
Andree Wallin : Encore des monstres et des paysages de science-fiction
Alessandro Gottardo, un peu de poésie
Si Scott studio - design graphique

Yevgnevy Dobrovinski, du land art rigolo
Du street art en 3D par Shaka
Au hasard des rues de Paris
Entre street art et gravure
Et encore un dernier, du street art toujours, dans le domaine du rêve.

Keep dreaming.

Source image.

9 septembre 2011

Promenade parmi les graffs

Tombée il y a un moment sur cette magnifique vidéo des graffs dans une piscine désaffectée à Paris. Juste le plaisir des yeux.

(M) from Steven Liszka on Vimeo.

8 septembre 2011

Des nouvelles du lycée

La rentrée j'aime pas. Bon, d'accord, c'est pas une phrase super constructive pour commencer un billet, mais c'est tout ce que j'ai à dire après ma première matinée au lycée.

Le lycée, c'est exactement comme le collège : des murs, des couloirs peints en jaune, des chiottes dégueulasses, des profs qui ressemblent à des profs, une proviseure (en veste aussi rose que celle de Roselyne Bachelot) qui ressemble à une proviseure, une CPE qui exige qu'on se lève quand un adulte entre en classe (pas qu'on s'agenouille devant elle, heureusement) alors que personne ne s'en donne plus la peine depuis des lustres (mais Chatel a dit qu'il fallait rétablir les cours de morale à l'école, alors au lycée ça doit donner ça), un emploi du temps incompréhensible, des sourires figés, du bonheur en boîte et des filles qui trouvent utile de s'habiller en mannequins ratés pour séduire les mecs (dès le premier jour, on sait jamais).
Des masses moutonnières, comme dans la vie, et parmi les ovins, des gens qui ont l'air de relever le niveau (j'avoue que dans mon lycée, ça va quand même : il y a des originaux, des rebelles, des décalés, quelques anars et/ou métalleux, tout n'est pas perdu).

Je retrouve des gens que je n'avais pas envie de retrouver. Des cours que j'étais contente d'avoir oublié pendant les vacances mais qui me sont revenus aujourd'hui comme une pluie soudaine et torrentielle, accompagnée de nuages sombres : les fonctions, les ensembles de nombres, les inconnues, les Fables de La Fontaine, Corneille, La Bruyère, Musset, bref, tous ces trucs qui vous font regarder votre montre toutes les cinq minutes.
Le réveil à 6 heures et quart est toujours de mise. Le sac de trois tonnes, les horaires stricts, l'enfermement, la surveillance (allégée par rapport à l'année dernière vu que c'est plus grand, mais inéluctable), les quarts d'heure de liberté surveillée dans la cour, l'exercice physique obligatoire, l'impossibilité de partir quand bon nous semble, le respect dû aux supérieurs, la fréquentation obligatoire de nos compagnons de misère, et les punitions en cas de désobéissance, sont là aussi. La prison habituelle, quoi. Je ne vous referai pas le chapitre.
Ceci dit, c'est quand même un grand soulagement après le collège. Il y a plus de gens, plus de diversité, moins de cas sociaux chez les profs (et même des profs sympathiques !). Bref, c'est un peu plus supportable, ne soyons pas de mauvaise foi.

Bien. C'était pour les nouvelles. Profitons-en pour une annonce :
J'ai décidé de faire une pause en ce qui concerne la politique et l'actualité. Je considère que la rentrée est assez déprimante comme ça, et puis tout est toujours pareil ; du coup, la Fabrique tourne en ronronnant, monotone, et c'est pénible. Jetons des pavés dans les rouages… Les prochains billets vont donc sans doute être plus espacés et parler de livres, d'art, de culture, toutes ces choses dont on tente de réduire l'intérêt et la diffusion, mais qui sont essentielles aussi pour résister.

Ah, et désolée pour les changements fréquents de fond de blog en ce moment, je cherche un truc sympa désespérément. Pour l'instant, le mur décrépi, c'est peu original, je vais trouver autre chose.

27 août 2011

Hommes et femmes, différences et inégalités

Je vais écrire un article sur un article. Lisez donc celui du Monde, dont le titre ressemble, comme une twitta l'a fait remarquer, à un article du Figaro : Femmes, ne devenez pas des hommes comme les autres !

L'auteur se base sur des déclarations de Caroline de Haas (Osez Le Féminisme), dont je ne suis pas spécialement fan, pour la raison qu'elle a un style gentille-du-PS qui m'énerve. Ceci dit, je suis à peu près d'accord avec ce qu'elle exprime ici à propos d'« une mobilisation des associations catholiques contre l'introduction dans les manuels scolaires de la théorie du genre et un rapport de députés UMP contre le mariage homosexuel et l'homoparentalité. » — Christine Boutin avait fait des siennes sur le sujet ; elle alterne selon les années entre anti-metal et homophobie. On n'a pas fini.

Bref, de Haas soutient qu'il faut venir à bout du « principe de la complémentarité des femmes et des hommes », selon lequel femmes et hommes seraient par essence différents. Elle fait le parallèle avec la couleur de peau : le sexe est un paramètre inscrit dans nos gênes, tout comme le taux de mélanine. Mais il est reconnu par la majorité des gens (pas tout le monde malheureusement), que les Noirs ne sont pas différents des Blancs, car on les considère non pas en fonction de leur peau, mais en fonction de leur caractère. Cela devrait être pareil pour les distinctions de sexe.

Elle en profite pour dire que « c'est justement parce que la gauche considère l'être humain non pas en fonction de ses caractéristiques "naturelles" mais en tant que citoyen à part entière, doué d'une raison, et qu'elle veut garantir la possibilité à chacune et chacun de faire ses propres choix de vie indépendamment de où et comment nous naissons, qu'elle légalisera le mariage et l'adoption pour tous les couples. ». Ouiii, on sait que tu voteras à gauche, pas besoin de faire de la propagande politique.
Désolée. Revenons à nos moutons.

En réponse, donc, à cet article, un certain François-Xavier Bellamy s'insurge et se demande :
« Mais pourquoi faudrait-il, pour être sûr de l'établir définitivement, confondre cette égalité [homme-femme] indéniable avec une identité plus que douteuse ? Pourquoi faudrait-il, pour assurer que la femme n'est pas inférieure à l'homme, s'évertuer à démontrer qu'elle n'est pas différente de lui ? Pourquoi fragiliser un combat aussi légitime, une démonstration aussi solide, en voulant le fonder sur un raisonnement aussi absurde ? Oui, l'homme n'est pas une femme, la femme n'est pas un homme. Alors que notre société prend conscience, enfin, de la nécessité de respecter vraiment la nature telle qu'elle est, de renoncer à la modeler selon les excès de son désir de toute-puissance, pourquoi ne pas respecter notre propre nature, telle qu'elle est, sans chercher à la nier ? »

En parlant de « respecter la nature telle qu'elle est », je vous invite à lire ce texte (c'est long, hein) intitulé En finir avec l'idée de Nature, renouer avec l'éthique et la politique. L'idée de Nature (et non pas la nature) toute-puissante, c'est le fait que toutes les inégalités sociales, ou l'anti-contraception entre autres, sont normales, et donc acceptables ; qu'elles appartiennent à quelque chose d'immuable contre lequel nous ne pouvons pas lutter.
La Nature permet entre autres choses de dire que l'homme est plus fort mentalement que la femme, qu'il est plus bagarreur, qu'il est plus intelligent, ou des conneries de ce genre. Un certain nombres de livres ont été écrits dans le but de montrer à quel point le comportement des filles et des garçons était influencé par leur éducation.
Par exemple, même si évidemment elle soutient le contraire, je pense que ma mère, si j'avais été un garçon, me laisserait plus tranquille quant à la gestion de ma vie sociale (Mais siii, tu devrais aller voir tes copiiines, s'évertue-t-elle à me demander le week-end). Car les filles sont censées être sociables, souriantes, ouvertes, etc. Shulamith Firestone, féministe radicale, dans son livre La dialectique du sexe, formule le souhait d'organiser une grève du sourire…

Pour moi, il n'y a pas d'acceptation de cette prétendue « Nature » sans volonté d'inférioriser les femmes, puisque leur différence de force physique avec les hommes a permis (et permet encore, d'ailleurs) de justifier tant de maltraitances.

Par éducation, j'entends d'abord l'éducation quotidienne, des enfants, dont on peut combattre les stéréotypes. Mais il y a aussi l'Histoire, qu'on ne peut plus empêcher, par définition. L'Histoire a créé les inégalités hommes-femmes, partant d'un constat de différences biologiques. Mes amis, la Nature est derrière la servitude des femmes, nul ne peut s'y opposer, qu'on se le dise ! Cela s'est longtemps traduit par des inégalités sociales, dont malheureusement, dans une société qu'on est en droit de penser évoluée, des vestiges persistent. Mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui, dans notre société du moins, la reconnaissance d'un-e individu-e se fonde quand même beaucoup plus sur son caractère, ce qu'il est en tant qu'humain.

J'ai eu plusieurs discussions sur ce sujet avec des gens que j'estime beaucoup, notamment une amie de ma famille qui me disait qu'elle était heureuse d'être une femme, de se sentir différente parce qu'elle peut donner la vie, parce qu'elle a un corps fait pour enfanter, etc, et que c'est justement cela qui faisait notre force.
Fais gaffe, lui ai-je dit. Les femmes ont été asservies parce que le fait qu'elles puissent porter un enfant les rendait plus fragiles aux yeux de certaines sociétés. Je cite Shulamith Firestone :
« C'est donc le rôle biologique reproducteur de la femme qui est la cause de l'asservissement auquel, dès l'origine, elle a été soumise, et non quelque soudaine évolution patriarcale que Freud lui-même était incapable d'expliquer. Le matriarcat est un stade de l'évolution vers le patriarcat, vers la pleine réalisation de l'homme par lui-même : après avoir adoré la nature dans les femmes, il la domine. »

Bellamy soutient que les différences physiques entre l'homme et la femme sont ce qui leur donne leur identité. Identité de mâle fort, identité de femme faible et soumise ?
Je ne me sens pas femme. Je me vois femme, mais je ne me sens qu'être humain. Certes, j'ai l’âge que j'ai, je n'ai pas eu d'enfant (heureusement), cependant je pense être assez consciente de mon corps pour savoir de quoi je parle.
« L'être humain est un corps, dit-il, doté de sa part d'animalité, d'instinct, de sensibilité ; et ce corps est sexué. Cette réalité physique ne dépend pas de notre culture. Partageant une égale rationalité, comment ne pourrions-nous pas reconnaître que l'homme et la femme sont génétiquement, organiquement, charnellement différents ? »
Cher monsieur, je refuse de croire que les besoins sexuels d'un homme et d'une femme ne sont pas différenciés autrement que par le fait d'une éducation différente selon le sexe. Je refuse de croire qu'ils sont si différents charnellement. Génétiquement certes, c'est une question d'apparence, comme dit plus haut. Mais cela ne va pas au-delà. Pour moi, le fait qu'une femme puisse porter un enfant ne la rend pas différente de l'homme au niveau du caractère.

Dernière ineptie de l'article : Le féminisme du gender partage le projet du machisme le plus inégalitaire : fermer toute possibilité de dialogue. Je n'ai rien à échanger avec celui qui m'est identique, comme avec mon inférieur. [...] Mais de l'êtrequi est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d'une découverte et d'un enrichissement mutuel.
De quelle découverte parle-t-il ? De la découverte d'idées, d'opinions, de talents, ou de la découverte d'un corps différent ? Tu auras toujours quelque chose à partager avec quelqu'un d'autre que toi, mais uniquement parce qu'il pense forcément un peu différemment.

Sur ces considérations, bonne fin de vacances. Ou pour ceux qui travaillent déjà, eh bien… bon courage.

25 août 2011

Taxons les pauvres, ces emmerdeurs

On attendait avec impatience les derniers coups bas en faveur des riches et au détriment des pauvres de la part du gouvernement français. Les voilà :

D'une part, Fillon veut taxer les sodas (après l'alcool et la clope). Youpi, hourra ! Ce que cette farce va rapporter à l'Etat se compte en millions (120 en 2012, pour être précise), alors qu'il faudrait des milliards…

La mascarade perpétuelle des réformes politiques se poursuit tranquillement, les clowns tristes sont entrés en piste, on a droit aux prestidigitateurs d'autre part : on veut nous faire avaler qu'une taxe de 3 % pour les ultra-riches, annoncée en grande pompe comme "exceptionnelle", va aider à résorber la dette. Bien sûr, les amis, 3 %, quel effort messieurs-dames, pour des gens dont les revenus s'élèvent au-dessus des 500 000 euros ! D'autant que la précédente réforme de l'ISF aura en réalité diminué les bénéfices pour l'Etat, comme le fait remarquer @meclalex.

En gros, la devise du gouvernement en matière d'économie et de "serrage de ceinture" peut se résumer à ça : Taxer les riches c'est bien, mais pénaliser les pauvres, c'est mieux.

Pour avoir la liste des dernières mesures fiscales, cet article de Libé.

Enfin, je vous mets un lien qui a priori n'a rien à voir avec la politique fiscale de nos Grands Gourous, mais la nouvelle me révolte : Un écolier de quinze ans devant le tribunal pour 24 films téléchargés.

19 août 2011

Regardez-les

Aujourd'hui aux gars qui vont se faire massacrer en Lybie, en Afghanistan ou ailleurs. De Léo Ferré évidemment.

Regardez-les défiler
Ils ne savent ce qu'ils font
Et pourtant ils s'en vont
Ils s'en vont sans savoir où ils vont

Regardez-les défiler
Ils n'ont pas su dire "Non"
A la voix du canon
Ils s'en vont pour le Droit, pour la Loi
On ne sait jamais pourquoi
Et voilà, on r'met ça

On leur a dit que c'était la dernière guerre
Ils sont partis sans un mot mais ils n'y croient guère
Regardez-les s'en aller
Dans quelques jours ils auront des tambours, des clairons
Ils tueront sans savoir ce qu'ils font

Regardez-les s'en aller
Dans quelques jours ils auront des fusils, des canons
Ils tueront croix d'honneur, croix de bois
On ne sait jamais pourquoi
Et voilà on r'met ça

La vie, l'amour, les chansons n'ont pas de frontières
Nous sommes tous les enfants de la même Terre
Prends ton fusil, mon ami
C'est pour la dernière fois, on dit ça et voilà
Pour le Droit, pour la Loi, on r'met ça

Prends ton fusil, mon ami
Si tu savais t'en servir
Tu pourrais t'affranchir
Pour le Droit, pour la Loi
Mais voilà, on ne sait jamais pourquoi
Ces choses-là n' se font pas

Regardez-les défiler!
Regardez-les!

17 août 2011

Piqûre de rappel

"Liberté, égalité, fraternité" n'est pas la devise de la France. Ça n'appartient pas à la France. Ce ne sont pas des mots vides écrits sur un fronton de palais présidentiel, de mairie, d'école ou de gendarmerie. La liberté, l'égalité et la fraternité sont des valeurs censées être
u
ni
ver
selles
mais les oligarchies du monde entier en ont fait une
théorie
utopique.

Alors
je poste
cette vidéo.

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme from Hajen on Vimeo.

14 août 2011

Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré.

La famine dans la corne de l'Afrique (Somalie et Ethiopie), n'intéresse personne en France.
C'est vrai, quoi, les français sont en va-can-ces. Ils ont la tête plongée dans les magazines people (ou le sable). Dans les livres du style Bien maigrir ou au contraire Vaincre l'anorexie. Ils pensent à faire plaisir à leurs enfants en les emmenant manger chez McDo, à satisfaire le regard inquisiteur de leur conjoint(e) sur leurs poignées d'amour... Et puis, pour les autres, il y a quand même la crise boursière, et ça, c'est très important. Les journalistes n'échappent bien évidemment pas à la règle. On a envie de se détendre...

Les Somaliens, eux, pensent à survivre.

Les journalistes en ont un peu parlé, quand même il y a, euh, attendez... deux, trois semaines ? Je ne sais plus. Enfin, c'est bien pour ça que je suis au courant.
Ceci dit, qui sait à quoi sert cette publicité. Je me demande bien où va tout l'argent donné (de mauvaise grâce) aux pays africains pour que la famine soit à ce point une constante dans cette région du monde...

Le problème, c'est que toute famine est politique. Tout ne vient pas des aléas du climat.
D'abord, les Etats, notamment en Somalie, ont laissé la place à des organisations djihadistes qui contrôlent les régions et interdisent aux ONG de venir en aide aux victimes. Ces organisations nient jusqu'à l'existence de la famine.

Ensuite, dès août 2010, la FAO (Food and Agriculture Organization) avait prévenu la communauté internationale des risques de grave sécheresse et de leurs conséquences dans la Corne de l'Afrique, mais cette annonce n'avait quasiment pas rencontré de réponse. Et là, tout d'un coup, hop, on nous en informe, merci, c'est gentil, les Somaliens doivent être contents de voir qu'on se préoccupe de leur sort.
Il aura fallu toutes ces images d'épouvante pour qu'on se mobilise... Et encore : quand il s'agit de crises alimentaires (et de la prévention desdites crises), vous l'aurez remarqué, les Etats se montrent assez radins. Ils préfèrent investirent dans l'armée ou la police, je suppose.

Je vous invite à lire cet intéressant article, qui parle de la situation bien particulière de l'Ethiopie, où la famine répondrait encore plus à de sintérêts politiques que partout ailleurs.

13 août 2011

Cameron, si tu savais...

Notre ami le Premier Ministre anglais David Cameron, c'est sûr, a pris en main la situation post-émeutes. Multipliant les annonces de répression gouvernementale envers les looters (pilleurs), il tente vainement de rassurer les bonnes gens, ceux qui croyaient leurs enfants à la gym, ceux qui pensaient leur copain en train de, sagement, faire la plonge dans un grand restaurant, ceux qui, assis tranquillement dans leur fauteuil, rêvaient à l'avenir de leur entreprise. Et les parents qui, malgré un amour déclaré pour leur fille, la dénoncent aux services de police, l'ayant reconnue à la télé en train de casser une vitrine.

Oui, parce que, non contentes de menacer les réseaux sociaux (Twitter et Blackberry Messenger), méthode empruntée à des gouvernements que nous connaissons bien, les autorités ont mis en place un système d'appels à la délation, montant un écran géant sur un camion au milieu de Birmingham, où passent en boucle des images des émeutiers en demandant aux gens de les reconnaître, créant des numéros spéciaux, des affiches, etc. 1984 n'est pas loin, les Deux Minutes de la Haine non plus. Les gens qui passent devant cet écran doItaliqueivent s'insurger, se scandaliser, pour enfin pouvoir servir la cause du gouvernement, faire leur devoir de bon citoyen...

Cameron veut aussi expulser les logements sociaux des émeutiers, et fait part de son raisonnement :
"L’argumentaire développé par le Premier ministre britannique pour justifier les expulsions est simple : habiter un logement social, c’est profiter des aides mises en place par la société. Participer à des émeutes, c’est s’attaquer à la société. Les deux choses sont incompatibles. Et s’ils devront s’adresser au secteur privé, plus cher, pour retrouver un logement, “il fallait y penser avant” a asséné David Cameron" (source France Info).

Mais Mr Cameron a vu, étant peut-être un brin lucide, que tous ses discours à propos des évènements de ces derniers jours n'ont servi à rien. Alors, il a recruté un expert américain en violences urbaines (oh le beau titre de chercheur). Sauf que tout ça va rester inutile (les liens en italique sont en anglais).

Il est toujours drôle de voir quelqu'un censé être (presque) tout-puissant, que ce soit un de ses parents, son prof ou "son" chef d'Etat se faire dépasser par une situation. Davie est dépassé, alors il mélange tout, s'attaque aux jeunes, aux gangs alors que les émeutiers n'avaient rien à voir avec ça, il veut contrôler Internet alors que c'est impossible, il fait appel à des intellectuels qui vont lui dire qu'il faut faire semblant d'écouter la population... Les journaux, quant à eux, parlent de situation anarchique, ce qui est la chose la plus fausse qu'on ait dite sur ces émeutes. Cameron, si tu savais à quel point tu gesticules en vain...

Bref, on rigole bien grâce à Monsieur Cameron même si ses prises de décision elles-mêmes ne sont pas très drôles.

Pour vous rendre tristes, mon prochain billet sera sur la famine en Somalie.

9 août 2011

London calling to the underworld…

Quand je vois ça (Images The Big Picture), je ne peux m'empêcher de penser à ce vieil overdosé de Strummer, qui a quand même rendu un fier service à nos oreilles au vu de ce qu'on entend maintenant en matière de "punk". Lui qui proclamait à longueur de chansons que London's burning, le London calling to the zombies of death, les White Riots, lui qui est mort en 2002, c'est dommage qu'il n'ait pas vécu neuf ans de plus, parce qu'il aurait rigolé.

Là où c'est moins drôle, c'est que London Calling a été choisie comme chanson officielle pour les JO de Londres. Messieurs-dames les politiques veulent se la jouer modernes ? Dans ce cas, c'est raté. Qu'ils ne nous fassent pas croire non plus qu'ils sont devenus rebelles, ce serait risible. Ou alors, explication qui les sauverait du ridicule, ils n'ont pas compris la chanson. Bref, je ne vais commencer sur ce crime contre le rock, je vais m'énerver.

Ces émeutes ont, comme d'habitude, ridiculisé la police — bien que ceux-ci, vous le verrez sur les impressionnantes photos donnée plus haut, aient des déguisements moins bizarres que nos amis CRS — mais les dirigeants s'obstinent à criminaliser les émeutiers. Comme d'habitude. Les émeutiers, en général, sont qualifiés plutôt de pas sérieux, de clowns tristes. Là, c'est une vraie révolte, sauf qu'elle a été complètement décrédibilisée par les médias mainstream. D'ailleurs, "émeutes", ça sonne casseurs, ça sonne jeunes, ça sonne pauvres policiers agressés par des méchants rebelles ; ils ont réussi leur coups, ceux de là-haut, les propre-en-ordre, les gouvernants pris de cours par l'embrasement spontané, incontrôlable, qui les effraie parce qu'il la sentent sincère.
Comme si tout ça ne suffisait pas, Twitter a été accusé d'avoir relayé des appels à la violence, et les utilisateurs qui auraient twitté ce genre de messages sont menacés d'arrestations.
Ce dont ils ne se rendent pas compte, c'est qu'ici ils utilisent sensiblement les mêmes méthodes que la police de Ben Ali, même si c'est sous couvert d'un simple et normal rappel à la civilité et au pacifisme [note du 12.08 : Cameron a aussi menacé de priver les émeutiers de réseaux sociaux, le rapprochement est encore plus flagrant]... Pour continuer dans cette voie, et fort de la longue histoire de l'Angleterre en termes de délation, les autorités ont appelé à dénoncer les émeutiers, et ont rencontré un (trop) important écho sur Internet.

Mais si on réfléchit, qui sont les plus violents dans cette histoire ? Les émeutiers, dont les médias mainstream ont d'ailleurs beaucoup tardé à donner l'opinion et les idées, révoltés, à la situation sociale déplorable et à la colère légitime, en situation d'infériorité face à la police et dont on a donné une image désastreuse ; ou les gouvernants en position de toute-puissance (relative, mais acceptée par l'opinion et donc renforcée), du haut de leurs convictions figées, de leur cynisme, de leur capitalisme roi, de leur politique du chiffre, de leur mépris (et leur peur bleue) des jeunes, du mouvement, du nouveau, du rêve ?

J'admets que la violence des pilleurs est beaucoup plus visible, beaucoup plus impressionnante, mais c'est bien ce que les médias veulent nous donner en spectacle. La violence de l'Etat, elle, est beaucoup plus insidieuse, mais ausis beaucoup plus destructrice, d'autant qu'elle dure depuis un temps qui semble démesuré.

Mais comme le chantaient les Clash :

When they kick out your front door
How you gonna come?
With your hands on your head
Or on the trigger of your gun

When the law break in
How you gonna go?
Shot down on the pavement
Or waiting in death row

You can crush us
You can bruise us
But you'll have to answer to
Oh, the Guns of Brixton

Ah, au fait. L'industrie du disque va morfler encore plus qu'avant, parce qu'il y a eu la destruction d'un entrepôt de chez Sony. On déplore la probable faillite de labels indépendants, moins de Sony eux-mêmes… Et aussi Un article intéressant de Rue89, qui met en rapport la crise financière et les émeutes.
Pour les courageux : un article en anglais sur les évènements, d'un point de vue libertaire.
Et un autre sur Slate.fr, pas libertaire mais excellent.

27 juillet 2011

Le poème de la terre (Mahmoud Darwich)

En mars, l’année de l’intifada, la terre
Nous a divulgué ses secrets sanglants. En mars, cinq fillettes sont passées devant les lilas et les fusils.
Debout à la porte d’une école primaire, elles se sont enflammées de roses et de thym de pays. Elles ont inauguré le chant du sable. Sont entrées dans l’étreinte définitive . Mars vient à la terre des entrailles de la terre, il vient, et de la danse des jeunes filles. Les lilas se sont légèrement courbés pour que passent les voix des fillettes. Les oiseaux ont tendu leur bec en direction de l’hymne et de mon cœur.
Je suis la terre
Et la terre c’est toi
Khadija ! ne referme pas la porte.
Ne pénètre pas dans l’oubli.
En mars, cinq fillettes sont passées devant les lilas et les fusils.
Elles sont tombées à la porte d’une école primaire. Sur les doigts, la craie prend les couleurs des oiseaux . En mars la terre nous a divulgué ses secrets.Je suis le témoin du massacre,
Le martyr de la cartographie,
L’enfant des mots simples.
J’ai vu les gravats, ailes,
Et vu la rosée, armes.
Lorsqu’ils ont refermé sur moi la porte de mon cœur,
En moi dressé les barrages,
Instauré le couvre feu,
Mon cœur est devenu une ruelle,
Mes côtes, des pierres.
Et l’œillet est apparu,
Apparu l’œillet.

24 juillet 2011

Drapeau, défilé, emmerdements annuels

Oui, je sais, je vous fais le même topo chaque 14 juillet. Ceci dit, vous aurez noté mes efforts en faveur de l'originalité : je fais mon billet sur le 14 juillet le 24 du même mois. Non, ok, c'est juste que je n'avais rien d'autre comme ordi pendant dix jours qu'un iPhone, l'écran et le clavier minuscules, ainsi qu'une connexion wifi trop capricieuse, et que j'avais la flemme d'écrire un article entier sur un machin pareil (déjà que les 140 caractères de Twitter sont difficiles à taper...).

Mais cette année, ce qui m'a surtout énervée, c'est la réaction de plein de gens devant la proposition d'Eva Joly de remplacer le défilé militaire par un défilé "citoyen". N'ergotons pas sur l'esprit positivo-citoyenniste qu'aurait la manif substitutive. Vous ne trouverez aucun anarchiste dans le cortège. Retenons surtout l'idée principale : la suppression de la parade des petits soldats de plomb devant l'arc de Triomphe.

Pour vous et bien parce que c'est vous mes chers lecteurs, j'ai regardé un extrait du défilé 2010. Sur la chaîne Dailymotion du ministère de la Défense. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. Je dois cependant avouer que je n'ai pas pu tenir plus de deux minutes ; en regardant rapidement la suite, j'ai vu que c'était pareil tout le temps : les mecs qui avancent d'un côté et ceux qui les attendent en se demandant quand-est-ce-que-c'est-fini-ce-putain-de-défilé-que-je-puisse-griller-une-clope de l'autre.
Ce truc est d'un ridicule achevé. C'est d'un archaïsme total, on dirait les défilés de pendant les deux guerres, avec Pétain.
Mais si, diront les vieux-dans-leur-tête. Les rabougris. Les fachos. Les maniaques de l'ordre. Les loyaux de la France des pelures. Les nostalgiques d'un pays tout jauni et craquelé comme une vieille photo de mariage. Regardez ! C'est beau, ces uniformes, cette unité, cet ensemble, cette dépersonnalisation, ce symbole de l'aliénation, cette marche, ce rythme implacable des bottes d'une armée qui avance au pas, que de bons souvenirs mes enfants. Ces gens, nommés plus haut, voient ainsi la société idéale.
La société idéale serait sans désordre, sans bavure, sans rien qui dépasse, heureuse comme un costume d'enterrement, joyeuse comme un enfant de cathos intégristes, pure. Et donc stérile...

Le défilé du 14 juillet est une grosse merde. Je l'écris gros et gras avant que les lois sur l'Internet ne me le permettent plus : Rabougris, la France dont vous rêvez est morte et c'est tant mieux. Assez d'hymnes et de drapeaux colorés, assez d’artifices et de frontières.
Je déteste devoir faire des phrases sentimentalistes comme ça mais putain, votre Dieu lui-même est censé avoir dit que nous sommes tous frères et soeurs.
Vous n'en n'avez pas marre, vous, qu'on vous répète ou qu'on sous-entende que la patrie c'est beau, et la famille et le travail aussi ? Que vos enfants sont l'avenir de la France ? Que la France doit être blanche et pure ? Moi si. Et JE NE ME SENS PAS FRANÇAISE.

Alors je refuse de comprendre les bien-pensants qui veulent le garder, le défilé. Patrimoine français ? Génial. Au même titre que la sanguinaire et meurtrière Marseillaise, je suppose.

Pour l'instant je n'ai pas de programme révolutionnaire. Mais déjà, même si on voudrait nous faire croire le contraire en posant des frontières jusque sur Internet. si on était plus à penser que les délimitations sont inutiles pour les pensées et l'amour, ça irait mieux.

28 juin 2011

Maiden, chronique sérieuse

[Je ne sais pas comment les gens font pour faire des articles intéressants sur des concerts le lendemain matin, moi ça me prend au moins trois jours, et surtout cette semaine à cause du brevet. Alors désolée du retard.]

Je suis donc allée voir Maiden, avant qu'ils meurent, et avant que Bruce Dickinson ne puisse plus chanter. J'avais été un peu déçue par le dernier album, The Final Frontier, où la voix est fatiguée et les guitares un peu liquéfiées. Mais QUAND MÊME, j'allais voir un groupe légendaire, dont je suis un peu fan, à Bercy (on devait être 8 000), alors que je suis très débutante en matière de concerts de metal, donc j'avais pour devoir envers ma conscience de fermer ma gueule.

On est arrivés juste à l'heure, donc on n'a pas pu être dans la fosse, mais je pense que c'était mieux comme ça, vu qu'en général, c'est là que vont les grands (c'est trop injuste, je mesure moins d'un mètre cinquante). En plus, ça pogotait très beaucoup (pour les francophones, je précise que le pogo est la danse des métalleux, qui consiste essentiellement à se pousser et à se taper dessus, et c'est pittoresque), alors bon. C'était plus marrant à voir d'en haut.
Donc, après avoir attendu au milieu des bouteilles de bières cassées et des chevelus, après avoir cherché des places pendant un bon quart d'heure dans le noir, au son du groupe Rise To Remain (sans boules Quies, ça fait très mal), on en a trouvé à droite de la scène, ce qui fait qu'on ne voyait pas le décor mais pas trop mal les musiciens. Un peu loin, peut-être, ceci-dit, mais on ne peut pas tout avoir.
Rise to Remain, c'est du metalcore qui rappelle Bullet For My Valentine, et ça m'a laissée sceptique, même si c'est le groupe du fiston de Bruce Dickinson (le chanteur). Mais je suppose que comme première partie, on a vu pire.

Après, l'entracte a été drôle, c'est le temps des bières (ouais, moi aussi j'en ai eu une, et il parait que ça coûtait plus cher que le pétrole), des pubs débiles pour les sandwichs de Bercy et les prochains concerts de Bercy (à savoir Britney Spears, Rihanna et George Michael, entre autres. Ces gens ont un sens de l'à-propos qui déchire).
Bon, au bout de trois ou quatre morceaux de hard rock, l'impatience s'est fait sentir, il y a eu des holas, on a essayé de se rappeler la formule qui précise à quelle vitesse peut se propager un mouvement de foule, après ils ont passé un morceau de Maiden pendant qu'ils finissaient de tester les micros, parce que sinon ça allait être le carnage.

Et puis, enfin, le meilleur groupe du monde est entré sur l'assez prévisible The Final Frontier, de l'album éponyme, réussi comme entrée en matière.
Après, je crois qu'il y en a eu une ou deux autres du dernier album — que je n'ai pas chantées pour des raisons d'écoute trop dilettante de cet opus. Mais c'est sur Two Minutes To Midnight — un classique — que j'ai commencé à me dire que ça allait être un concert épatant, parce que la voix de Dickinson était dix fois mieux que sur les deux derniers albums.
On a poursuivi avec encore des "nouvelles" chansons, puis il y a eu Dance Of Death, titre sur lequel je n'aurais pas imaginé que le chanteur assure à ce point la partie rapide. Par contre, je crois que là, les guitaristes ont fait à peu près les mêmes solos que sur l'original, ce qui s'est réitéré deux ou trois fois après. Un peu déçue par ce point-là.
Puis, les premières mesures du Trooper se sont faites entendre, Bruce ayant revêtu sa tenue de soldat britannique et récupéré son drapeau anglais. Il a dû descendre à l'octave sur certains passages… Faut continuer les vocalises, hein ! Mais vu que c'est l'une de mes chansons préférées, je peux tout pardonner, tellement la mélodie est géniale.
Ensuite, Blood Brothers, précédée des circonlocutions (en un français très amélioré depuis ça) de Bruce Dickinson, sur le fait que "la nationalité n'a pas d'impowtance, no matter if you're christian, jew, muslim, and so on, nous sommes frèwes de sang !". Inutile de vous dire qu'avec cet accent, il a aurait eu du succès quoiqu'il dise, même si c'est un peu Bisounours. Ceci dit, la chanson elle même est très belle, a ce message très fort, a été écrite par Steve Harris à la mort de son père, et est donc très émouvante. [Ceci était la minute antimetal].

Je n'ai rien a dire sur When The Wild Wind Blows, à part que c'est une chanson molle et sans intérêt, qui n'allait sûrement pas prendre en concert, alors passons.
Après, The Evil That Men Do, très bonne chanson, sur laquelle Eddie fait sa première apparition, et c'est bien choisi, non, dans le style zombie ?
Vint l'in-dis-pen-sable Fear Of The Dark, dont le public a repris l'intro un peu trop mollement au goût d'un Bruce Dickinson consterné. Mais on s'est rattrapés après.
Ensuite, Iron Maiden, chanson bizarre avec la voix de Dickinson (je précise pour les incultes que c'est une chanson du premier album, chantée par Paud Di'Anno, qui a un timbre beaucoup plus punk et beaucoup moins lyrique).
Et Le Grand Eddie de Derrière Le Décor est apparu, et c'était assez spectaculaire (ils ont les moyens, hein).

Après, comme d'habitude, ils ont fait la blague qui ne prend plus, comme quoi c'était fini, et gnagnagna. Il y a donc eu une pause de cinq minutes, et ils ont enchaîné avec Number Of The Beast, la seule chanson que je connaissais absolument par cœur, parce que voilà, quand même, le satanisme à deux balles, c'est rigolo, bien chanté et c'était dans le premier album avec Dickinson, il y a trente ans de cela… Bon, ok, soyons honnêtes, j'adore cette chanson.
Puis, Hallowed Be Thy Name, la seule où les performances vocales de Dickinson ont été moins excellentes que d'habitude. Mais j'ai l'impression que sur cette chanson en particulier, ça ne pardonne pas.
Heureusement, ils on fini sur Running Free, chanson géniale.
La toute fin était bizarre, parce que, un, ils ont fait chanter le refrain (I'm running free, yeah, I'm running free, super complexe) entre les présentations des musiciens, et deux, ils ont clos le concert sur une reprise des Monty Python, vous savez le truc à la fin de La vie de Bryan, le machin dont le titre ressemble à Lock on the bright side of life, ou je sais pas quoi. N'importe quoi. Ils ont passé l'enregistrement pendant qu'ils partaient. Sans ça, la fin aurait été parfaite (même si les fins de bonnes choses ne sont jamais parfaites, nous sommes d'accord).

Bref, ça a été un concert merveilleux, inouï, mirifique, étonnant, mirobolant, gigantesque, impressionnant. Le groupe a été super énergique, présent malgré la fatigue qui s'entendait chez Dickinson (il a inversé ou sauté des bouts de paroles, sur deux ou trois chansons). Je ne sais pas si c'est tout le temps comme ça, mais voilà, ça a fait que je suis sortie euphorique. Même la vue, à la sortie, des journalistes de Canal + qui, au Petit Journal, sont spécialisés dans les reportages décrédibilisants sur les métalleux (vous savez, ceux qui disent qu'ils ressemblent tous à des yétis, etc, le genre qui est drôle mais pas plus de deux minutes), n'a pas réussi à altérer ma joie.

Si on veut être plus trivial, ce concert aura été placé sous le signe de la menthe à l'eau, des tortillas mangées avant, pendant et après, de la bière blanche dans des gobelets en plastique dans un café boulevard de Reuilly, et de la transpiration, entre autres.
Je me suis couchée à minuit et demie quand j'avais brevet le lendemain, mais c'est pas grave.

Sinon, je vous recommande cette chronique, qui retrace la même chose mais en mieux, en plus clair, et du point de vue d'un métalleux aguerri.
Et aussi quelques bonnes photos ici, et là-bas. Et encore une excellente.

Maiden, première réaction

Hier soir,

j'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy. J'ai vu Iron Maiden en concert à Bercy.

C'était extraordinaire.

25 mai 2011

Nemi

Vous connaissez Nemi ? Non ? Vous devriez.
Nemi Montoya est une gothique (moi je dis plutôt métalleuse parce qu'on a des groupes en commun et que j'aime pas qu'on dise que je suis gothique, bref) célibataire (enfin, pardon, un mec par nuit parce que sexy), fanatique de J.R.R. Tolkien, atteinte d'un grave complexe de Peter Pan (qui est je trouve le syndrôme le plus cool du monde), chocolat-addict, rêveuse de dragons, adepte des bars et des bières. Elle est en collocation avec son amie Cyan, est allergique a tout ce qui ressemble de près ou de loin à Céline Dion, fait peur aux enfants, gagne de l'argent en faisant du baby-sitting (et en racontant des conneries aux enfants qu'elle garde), a des moyens infaillibles pour faire fuir les témoins de Jéovah, écoute Sisters Of Mercy, Dimmu Borgir, Darkthrone et Alice Cooper, est une végétarienne convaincue et peut recevoir jusqu'à cinquante rappels de factures en un mois.
Bref, c'est l'amie qu'on aurait tous rêvé d'avoir, et dans laquelle, au moins, on peut se retrouver (même si vous avez la fantasy et les teintures noires en horreur, et surtout si vous êtes une fille).
Et, incroyable, la médiathèque d'en bas de chez moi a les trois tomes sortis en France. Donc, je me suis enfilé le dernier hier après-midi, et ça m'a mise de bonne humeur. Et après, faute de pouvoir prendre une bière ou du chocolat au frigo, je me suis dit, tiens, pourquoi pas un article de blog joyeux par les temps qui courent…

NB : Au cas où, je précise que l'auteure s'appelle Lise Myhre, et qu'elle a le même tatouage que son héroïne sur le bras. Et elle vient du seul pays capable de faire du black metal pas trop pourri, à savoir la Norvège. Pour le death mélodique, allez voir en Finlande, c'est à côté.

24 mai 2011

Cent culottes et sans papiers

Poème de Sylvain Levey. Extraits.

[...]

Il faut fermer les yeux à présent
Et toucher la pierre
Se coller à la pierre
Caresser la pierre avec la paume de sa main
Gratter la pierre avec ses ongles
Jusqu'au sang
Il suffit de décoller la couche des années qui passent
Et passent sans s'arrêter
Il suffit de décoller
La petite enveloppe de pollution
Pas de doute
La pierre est la même depuis plus de cent ans.

[...]

Ecouter les discussions
Entre la photocopieuse
Et la machine à café
Sur la difficulté de suivre le programme
Sur qui est pour qui est contre
La méthode syllabique
La méthode globale
Le vouvoiement
Comme principe d'autorité
Le tutoiement
Comme indice de rapprochement
Se faire appeler par son prénom
Ou comme avant
Maître tout simplement
Il faudrait prendre le temps de s'arrêter une minute
Juste une minute de silence pour la cagoule du petit tout petit Samir.

[...]

Il faudrait poser
Son oreille
Et écouter les cris de joie
Des orphelins de guerre
Des pupilles de la Nation
A l'annonce de la libération
D'un pays occupé depuis presque trois ans.

TRAVAIL
Liberté
Égalité
FAMILLE
Fraternité
PATRIE.

Il faudrait remettre de l'ordre dans ses idées et prendre le temps un jour de la repentance.

[...]

Entendre
Trente-trois bouches fermées
Quand le petit Algérien
Est entré pour la première fois
Dans la classe
Et
A parlé pour la première fois
Avec une langue et un accent
De ceux qui ne sont pas vraiment de chez nous.

Entendre les cris de joie un soir de quatre-vingt-un.

Parce que tout va changer
Parce que plus rien ne sera comme avant.

Ne plus rien sentir que les jambes qui se dérobent
Que la bile qui remonte de l'estomac
Le mercure est monté pour ne plus jamais redescendre
Liberté égalité fraternité
Manquent les deux l
Pour voler
Reste la haine
Comme manière de voter
Trois mots insultés
La France à craché
Un soir de mai deux mille deux
Au sein même de son école.

Il faudrait coller sa joue
Sur le mur
Jusqu'à ce qu'elle devienne rouge
Et avoir une pensée
Pour l'enfant qui pleure
Dans le couloir
Loin du regard des autres
Parce qu'il a mal au ventre
Ou parce qu'il a perdu l’espoir
Parce qu'il est différent.

[...]

Ne pas se boucher les oreilles
Et écouter le bruit des bottes
Dans l'escalier
De ceux qui font leur travail
Pour emplir le frigo
Et la voiture de carburant
Et payer le loyer ou les traites de la maison
Et viennent chercher
Parce que c'est la loi
Parce que les chiffres ont parlé
Parce qu'il n'a pas les yeux bleus
Parce qu'il ne s'appelle pas Pierre, Paul, Jacques ou François.

Parce qu'il n'a pas de papiers
Parce qu'il fait peur
Parce que la France des bénitiers
Récite comme on récite les Évangiles
Répète sans se lasser la parole de Dieu le sauveur
Parce que la France des comptoirs
répète entre deux Pernod Ricard
D'une voix hésitante et l'haleine chaude
Ce que dit tous les jours Nabuchodonosor du haut de son perchoir
Parce que la France de ceux qui travaillent
Répète à qui veut bien l'entendre entre la cigarette du matin et la pipe du soir
La parole du chef des chefs la pensée sacrée de l'empereur
La France ne peut tout de même pas non mais c'est vrai quand même faut dire les choses comme elles sont la France ne peut pas non ne peut pas accueillir toute la misère du monde !

Parce que la vieille France.

C'est ton dernier jour ici avant ta sortie.
Samir.

Silence de une minute.

Silence perturbé par le bruit des moteurs
Silence perturbé par le bruit des réacteurs
Silence perturbé par l'avion qui décolle
Silence perturbé par le cri de détresse de l'enfant qui n'est pas blanc.

Am stram gram pic et pic et colégram bour et bour et ratatam am stram gram mais comme la reine et le roi ne le veulent pas ce ne sera pas toi.

[...]

Liberté égalité fraternité.

Vingt-quatre lettres
Côté à côte
Au coude à coude
Gravées dans la pierre
Sur la façade
De l'édifice
Public
Au-dessus pourquoi pas
De la porte principale.

Lourde la porte en bois
Ouverte et fermée
Fermée et ouverte
Du lundi matin au samedi midi
De début septembre à fin juin
De tous les jours
pas le mercredi
La semaine des quatre jours
A remplacé
Celle des quatre jeudis
C'est moins poétique c'est plus pédagogique.

Bleu
Blanc
ROUGE.

Bleu Clovis
Bleu Paris bleu corail
Blanc royal
Rouge sang vif de la Révolution.

[...]

Bleu blanc rouge
Trois couleurs pour les grandes occasions
Un huit
Du mois de mai par exemple
Un quatorze
Celui de juillet
Le onze
De novembre.

Liberté
Égalité
Fraternité
Trois mots
Usés
Délavés
Qu'on ne regarde même plus
A force d'habitude.

Liberté
Égalité
Fraternité.

LIBERTÉ
ÉGALITÉ
FRATERNITÉ
Pour une longue
Très longue
Longue et douloureuse
Histoire
Histoire de France
De sans-culottes
Aux enfants de sans-papiers.

Sylvain Levey, in Cent Culottes et Sans-Papiers éd. Théâtrales