3 avril 2011

Immatriculés, fichés, opprimés, réquisitionnés, prêchés, recensés… Ça commence à l'école !

Comme beaucoup de gens en France, je vais à l'école. Depuis mes trois ans, depuis que je peux recopier mon prénom sans faire de fautes, depuis que je peux coller des gommettes rouges sur le nez des clowns et que je peux tenir un crayon.
Comme beaucoup de gens, je déplore le fait que cette école soit consciencieusement démontée à longueurs de discours politiques. Parce que c'est ce qu'on a trouvé de mieux pour ne pas mourir trop con.
Mais ce qui me gêne, c'est qu'on ne remet jamais en question l'école elle-même.

Dans notre société, tout se fait par et pour l'économie. Par et pour l'État, par et pour l'autorité.
A la maternelle, on nous apprend à vivre avec le troupeau, et ce qu'ils appellent autonomie se résume à savoir faire pipi et caca. Se laver les mains avant de manger, être propres, obéir, surtout, obéir, parce que des gosses de trois ans on peut les formater facilement. Et savoir fermer sa gueule quand on demande pourquoi on meurt, pourquoi il y a des prisons, pourquoi il y a des riches et des pauvres, et qu'on nous répond un "plus tard" pitoyable.
En primaire, on nous apprend à lire les histoires abêtissantes qu'on est censés trouver très drôles — histoires que les maîtresses font et refont année sur année — à écrire entre les lignes — c'est même une compétence notée dans le bulletin, si je me souviens bien — à compter le nombre d'années qu'il nous reste à subir entre quatre murs.

Au collège, c'est pire, et je suppose qu'au lycée, c'est pareil. Les profs ne sont pas là pour être gentils, et ils vous le font savoir. L'Autorité est sacrée, la remettre en question, c'est s'exposer aux heures de colle, aux démolitions de la part du conseil de classe. Se faire taxer de rebelle, d'insolent, d'adolescent inconscient, de celui-qui-ne-sait-pas-où-est-sa-place.
Tous les profs ne sont pas des sadiques, ou des monstres. Mais ils sont une minorité, et se voient peu au milieu de la masse de ceux qui profitent de leur « supériorité » pour faire aux élèves des réflexions du genre « Ce ne sont pas des gamins hauts comme ça qui vont m'apprendre à faire mon métier »,
sic mon prof de maths. En gros, obéis, travaille et tais-toi. Tu n'es pas encore adulte et on en profite.
Je les emmerde, tous ceux là, tous ceux qui invoquent leur vieille expérience en guise de preuve de légitimité.
Ils se plaignent sans arrêt que nous ne sommes pas assez autonomes, mais ils nous punissent comme on le fait justement en maternelle, car nous ne savons bien sûr jamais ce qui est bon pour nous.

L'école doit nous apprendre à penser, c'est ce qu'ils disent eux-mêmes ! En fait de savoir, c'est du formatage. Et aussi qu'on a de la chance d'y être, parce que vous-savez-les-petits-africains. Oui, bien sûr les petits africains, je suis tout à fait d'accord ! Mais qu'on ne nous dise pas qu'on a de la chance de faire partie de ce système de destruction. L'école Laïque, Gratuite, Obligatoire. C'est le dernier mot qui me dérange, personnellement. Le reste, je suis pour ! Et je suis la première à dire que le savoir est une arme ! Mais pas comme ça, pas rentré dans le crâne à coups d'heures de colle, de mots dans le carnet, de convocations des parents, de conseils de discipline dont l'issue est programmée dès l'entrée dans la salle.

L'école apprend la peur, aussi. Peur de sortir du moule, désobéir. Peur de se faire punir, de décevoir les référents (profs et parents). La peur, ils parviennent à nous l'inscrire en lettres indélébiles dans le cerveau. Et après, ça vous donne des adultes qui brament tous qu'on ne peut rien faire sans autorité…
Je n'ai jamais protesté ouvertement, et je n'ai jamais fait en sorte que mes revendications soient prises vraiment au sérieux. Les seuls profs avec qui je peux avoir une conversation me parlent comme à leur gentille rebelle préférée, parce que c'est l'adolescence. Je ne crois pas, cependant, que ceux qui ont fondé la Fédération Anarchiste, étaient des adolescents en crise, je ne crois pas que Bakounine, Proudhon, Kropotkine et autres aient élaboré leurs idées alors qu'ils étaient couverts de boutons et pleins de rêves naïfs. Mais bon.
Tout ça, c'est parce que je n'ai pas envie de « discuter avec les flics », dixit Georges Brassens. mais aussi parce que je dois avoir peur, quelque part. Sans avoir baissé les bras, j'ai peur. Les menaces fonctionnent. Heureusement, tout le monde ne se range pas, mais l'effet est là.

Ceci dit, la preuve que ça ne marche pas tant que ça, c'est que dès que les adultes ont le dos tourné, c'est le boxon. Ce qui montre que l'autorité est rendue indispensable par l'autorité elle-même. Si nous n'étions pas nés avec cette oppression, la liberté serait évidente pour tout le monde. Bref, j'arrête là le manifeste, revenons à euh, nos moutons, sans jeu de mots.

L'école s'adapte à la société, en fait. Les valeurs sont les mêmes :
travail, compétition, performance, soumission, délation... Nous sommes autant fliqués (avec plus de facilité en raison de la taille de l'environnement), autant fichés, aussi esclaves du système que dans la « réalité ». On nous apprend aussi à travailler, être de futurs ouvriers ou fonctionnaires au service des patrons. Tout est normalisé. Nous devons savoir que la société n'est pas toujours juste mais qu'il va falloir vivre avec, que la misère c'est normal, qu'il faut bien des pauvres et des riches, que l'anarchisme c'est le chaos et que la police est là pour nous protéger.

Parfois, ce n'est même pas de la faute des adultes eux-mêmes, il s'agit d'un lavage de cerveau qui date de Mathusalem, qu'ils ont fini par croire et accepter. Nous devrons défendre le monde des adultes, nous devrons le laisser tel qu'il est, ne pas le changer, faire de la politique, faire en sorte d'être éligible. L
’école mâche le travail aux flics, publicitaires, patrons. Mieux, elle les fabrique (faaaites les graaandes écoooles).
Emploi du temps immuable ! Obligé d'assister aux cours ! Après la maternité, avant les foyers, usines, bureaux, commissariats, armées, hôpitaux, cimetières, maisons de retraite, prisons... l’école c’est l’enfermement. En tant qu’enfant, l’élève, petit citoyen, n’est pas libre de ses mouvements. L'école c'est la prison obligatoire : horaires strict, obéissance due aux matons, bouffe dégueulasse, obligation de fréquenter ses compagnons de misère.
Et des règles partout, tout le temps, et des délégués qui sont comme les élus : censés nous représenter, mais on les fait taire, j'en ai fait l'expérience.

Et puis après tout, c'est bien, tout ça ! C'est bénéfique ! Les adultes le disent, ça doit être juste ! On trouve ça justifié, à force de rabâchage. Moi, je dis vive l'école des chiens du gouvernement ! Il faut survivre, dans notre monde de brutes, l'oppression justifiée, l'oppression bénéfique, ça existe et c'est la solution.

DEMAIN C'EST LUNDI !!

1 commentaire:

  1. Et bien, je suis tout à fait d'accord avec toi sur ce système pourri, jusqu'à la dernière miette !

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