20 septembre 2011

Récapitulatif ; encore des armes, des prisons et des progrès dans le fichage

La France, pays-de-terroirs-et-de-caractère-qu'on-veut-pas-que-ça-soit-piqué-par-les-étrangers, s'enlise en ce moment de manière alarmante dans une conception de la politique façon 1984. Ce n'est pas une comparaison à la légère. Nos gouvernants vont de plus en plus souvent faire un tour chez Winston Smith et Big Brother, et n'en rapportent pas d'inspirations spécialement réjouissantes.

D'abord, il y a eu la proposition d'une loi, début juillet, par le ministre de la Terreur devant onze députés (qu'on se le dise : le peuple se résume à onze personnes), qui va généraliser le fichage de la population à partir de quinze ans. Au nom de la lutte contre l'usurpation d'identité.

Guéant a parlé, à l'Assemblée, de cartes d'identité contenant deux puces électroniques. L'une dite « régalienne », comportera les informations de la carte d'identité "classique" (nom, date de naissance, adresse etc), mais aussi vos empreintes digitales.
Ainsi, on pourra retrouver votre identité sur simple vérification d'empreintes. Trop cool ! C'est ça, la technologie, le progrès au service de l'ordre et de la sécurité… En plus, la technique utilisée pour les relevés d'empreintes est pratiquée en criminologie.
Voilà : nous sommes tous potentiellement des criminels. Des criminels dont il sera beaucoup plus facile de relever l'identité lors de manifestations, par exemple.

La deuxième puce, elle, est optionnelle, et permet de « mettre en œuvre sa signature électronique », lors de transactions financières et des démarches administratives entre autres. Les gens qui vont accepter ça seront donc fichés encore plus sûrement qu'ils ne le sont déjà sur Internet.

« La carte nationale d’identité électronique, ce sont donc deux composants, pour une identité mieux protégée et une vie simplifiée », a éructé Guéant. Il devrait faire du marketing, celui-là. Il s'agirait de protéger notre identité « dans le respect des libertés individuelles.» Il ose le dire. Il ose tenter de faire croire à une chose aussi énorme et absurde. Quel dommage qu'on n'aie pas le droit d'insulter les politiciens sur Internet.

Deuxième chose.
Vous avez sans doute entendu parler (ça date un peu mais bon) de ce qu'à décrété Sarkozy à propos des prisons. Il veut 30 000 places en plus, ce cher monsieur.
Première remarque : je suppose que ces prisons, tu vas les construire avec le budget de l'Education Nationale.

Seconde remarque : même si tu devrais y être depuis longtemps, tu n'as aucune idée de ce que peuvent être les conditions de détention en France. J'y reviendrai sans doute. En attendant, cet été, il y avait un dossier sur les prisons dans le Monde Libertaire. Et tu sais ce qu'il disait, ce dossier, comportant des lettres de détenus, et tout le toutim ? Il disait, entre autres, que la prison, ce sont des conditions de survie effroyables à tous points de vue (coups, humiliations, degré zéro de l'hygiène, nuits blanches forcées, surveillance constante, non-respect des religions des gens, perte de l'identité, justement, et j'en passe). Et demande toi pourquoi il faudrait à tout prix punir…

Pose-toi la question, mon gars. Va parler avec des gens qui accepteront de te décrire leur survie dans tes centres où tout est interdit. Et reviens discuter, après, de l'utilité d'aménager de nouvelles prisons. Tout n'est pas un problème de surpopulation. Il ne resterait qu'un détenu par cellule que ça ne changerait pas grand chose. Ce qui me révolte, c'est qu'on prive les gens de liberté. Que ce soit une cage dorée ou en béton, je n'en ai rien à faire.
D'ailleurs, quand tu demandes de nouvelles places, je ne suis même pas sûre que tu penses aux conditions de détention. Tu penses au nombre de voleurs de pommes que tu pourras y enfermer.

La liberté, c'est l’esclavage.

Copé, il y a trois jours, a formulé un vœu aussi révoltant que ridicule : demander un serment d'allégeance aux armes à ceux qui veulent la nationalité française ou qui font leur journée d'appel à la défense à 18 ans.
Je ne trouve pas les mots pour dire à quel point c'est aberrant. L'idée qu'on puisse ne pas avoir envie de se battre ne les effleure pas. Qu'on n'ait pas envie de sauver son pays. Que la guerre puisse dégoûter les gens. Tout ça, c'est impossible, voyons, toute personne normalement constituée est attachée à la terre de sa naissance (ou le pays dont il veut adopter la nationalité)…
La guerre étant une des pires choses qui puissent exister, je me demande qui sera prêt à prêter serment d'allégeance aux armes, comme on prêtait au Moyen-Âge allégeance à son roi et à la chevalerie.
Déjà, je n'aime pas beaucoup la France, que je ne considère en aucun cas comme mon pays. Et je hais tout ce qui peut se rapporter au patriotisme. Personne ne choisit son pays. 
Aimer un pays n'est pas une raison pour accepter de faire la guerre pour lui. Parce que faire la guerre, cela signifie servir un État, un gouvernement, bref, celui qui vous opprime 365 jours sur 365. Et ça veut dire aussi l'horreur, les larmes, le sang, la mort, vous savez, ces trucs que seuls les soldats verront.
J'ai remarqué un truc : aujourd'hui, les guerres, ça paraît propre. On prend bien soin de ne pas y mêler les civils. On nous colle dans les manuels scolaires d'horribles images des tranchées ou du front en 39-45, mais pas tellement maintenant. On nous fait croire que la guerre d'aujourd'hui c'est seulement de la stratégie. Que ça se passe tranquillou entre hommes politiques. Sauf que sur le terrain, il y a des gens qui ont obéi aux ordres et qui vont tuer ceux qui auraient pu être leurs amis, parce qu'ils n'ont pas le choix, parce que c'est leur boulot, tuer d'autres hommes. Engagez vous, qu'elles disaient, les pubs, « devenez vous-même…».

La guerre, c'est la paix.

Dernier truc : la casse de l'école publique. Après un long débat avec moi-même pour savoir si j'irai à la manif ce 27 septembre, j'ai décidé que oui.
Je suis absolument contre l'école (mais pour l'éducation). Je suis contre l'enfermement des enfants, le formatage à la société capitaliste (on vous apprend à travailler, à obéir aux ordres), les dérivés de prisons qui nous servent d'établissements scolaires.
Mais pour l'instant, c'est malheureusement le système qui fait le plus d'adeptes (adeptes conditionnés, mais adeptes quand même), et il arrive que, de loin en loin, on y rencontre des gens sympathiques, drôles, ouverts et même un peu révoltés parmi les professeurs. Mes profs de cette année, par exemple, sont bien différents de ceux de l'année dernière — des conservateurs tellement soumis à la principale qu'ils ne faisaient jamais grève.
Et l'école publique, laïque et obligatoire est celle qui peut former des êtres émancipés (ça arrive). Alors je refuse que les gens deviennent des moutons à la botte du pouvoir parce qu'ils n'auront jamais rien appris. Même si ce qu'ils apprennent ressemble de plus en plus à de la propagande, je ne peux m'empêcher de penser que c'est toujours mieux que rien. Oui, je sais, mon taux de radicalostérone faiblit, là, mais tout plutôt que voir les Français réduits à un tas de légumes mous et abêtis.

Je signale en plus que cette grève est aussi un moyen de vérifier qu'on a bien encore le droit de grève, en passant. Non, parce que qu'on ne sait jamais. Toutes les libertés s'amenuisent de jour en jour, alors on teste.

L'ignorance, c'est la force.

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