14 octobre 2011

La peine de mort, c'est dans les prisons que ça se passe

Il paraît qu'en France la peine de mort est abolie depuis 30 ans. Seulement 30 ans, notez bien à quel point nous sommes un pays d’arriérés.
Mais à mes yeux, cet anniversaire, c'est de la poudre de perlimpinpin, du pipeau, de la fumée. Nous n'avons fait qu'abandonner les exécutions rapides et glaciales pour une autre forme de mort, tout aussi terrible.
Je parle de la prison.

Les prisons françaises sont épinglées depuis des années par les Cours des Droits de l'Homme et autres institutions charitables, pour leur insalubrité, leurs conditions de détention inhumaines, les traitements infligés aux prisonniers, etc. Et l'Etat fait semblant de ne rien voir. Régulièrement, des rapports sont faits qui gueulent un RAS d'une mauvaise foi à peine croyable. Y'a qu'à voir les résultats Google pour « amélioration des conditions de détention »

Après tout, c'est bien fait pour ces petits/grands délinquants. Ils z'avaient qu'à pas désobéir à la loi. S'ils se suicident, ou si les matons les tabassent, ou s'ils ne peuvent pas manger parce que la nourriture n'est pas casher/hallal, ou s'ils pensent tout les jours qu'il leur sera impossible de reconstruire leur vie après la prison, on s'en fout. Ce n'est pas notre problème.
Mur de prison près de Montpellier. Photo Xavier Malafosse
Et surtout, qu'ils ne se révoltent pas. Qu'ils endurent tout sans broncher, se pliant aux désirs de l'Etat, Etat qui semble croire qu'il possède les détenus, qu'il possède son peuple, que tous ces criminels (qui n'ont pas toujours été condamnés justement, mais c'est un autre débat) lui appartiennent.

Et puis d'abord, l'horreur de la prison, c'est chez les autres qu'on veut bien la voir.

De toute façon, quelles que soient les conditions de détention, l'idée même de prison est inacceptable. Pourquoi, d'où vient l'idée que la réponse à un simple délit (je ne parlerai pas de crimes) doit être la privation de ce que l'homme a de plus précieux, à savoir sa liberté ? Je n'ai pas eu le courage d'aller assez loin dans Surveiller et Punir, de M. Foucault, pour le savoir, mais de toute façon, je ne verrai rien qui justifiera une telle mentalité.

Car les prisons sont des lieux horribles, glaçants, révoltants, répugnants. Elles tuent lentement (outre les suicides), à petit feu, et rien n'est pire que cela. La prison, c'est la peine de mort par le temps, par l'enchaînement inéluctable des heures, la punition du vieillissement, du vieillissement inutile (ou bien au service de grandes entreprises, qui ont des esclaves parmi les détenus), du vieillissement passif de celui qui est obligé d'observer son étiolement progressif. Et au bout, il y a bien la mort, et la mort sans avoir rien pu faire de ta vie, la mort physique quand tu l'étais déjà dans ta tête.

Ce n'est pas moi jeune bloggueuse derrière mon écran qui le dit, ce sont eux, les enfermés. Ceux de Corbas et bien d'autres avant eux ont écrit pour protester contre les conditions de détention, et ceux d'Arles, du Bois-d'Arcy, pour l'abolition de la prison.

Non, la peine de mort n'est pas abolie en France. L'Etat tue, tous les jours, des milliers de personnes, dans la joie et la bonne humeur. Comment peut-on se mettre au service de cet Etat-là ? Comment peut-on devenir maton ?
Non, la peine de mort n'est pas abolie en France. Il faudra bien se le mettre dans la tête. Et il faudra apprendre à gueuler contre ce qu'on oublie. L'oubli, ça aussi, ça fait partie de la mort des prisonniers.

Voilà encore des articles du Monde Libertaire, si vous avez le courage : Pour en finir avec toutes les prisons ; « La prison n’est qu’un espace muré qui cache les échecs de la société. »

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