4 octobre 2011

On cause police

En ce moment, entre la mise en examen du n°2 de la PJ de Lyon, la polémique autour de sites de copwatching, le procès de Villiers-Le-Bel, on parle beaucoup de la police, et les situations peuvent parfois être drôles. Ou pas.

Michel Neyret, donc, est soupçonné de trafic de drogue, et Guéant n'a pas l'air d'en croire ses oreilles. Comme lui, je suis terriblemment déçue. Moi qui était persuadée que les policiers étaient des gens sans histoires et sans reproches. Souvent, les arroseurs arrosés ne font pas pitié.

Les histoires des sites de copwatching, c'est marrant, aussi. Il s'agit de plateformes qui ont pour but de répertorier des photos et vidéos des violences policières, prises dans la rue par des gens très éclairés. La question Qui surveillera le surveillants ? (du poète latin Juvénal) se trouve ainsi résolue…

Sauf qu'aux policiers, ça ne leur plaît pas. Ils disent que c'est pas bien, et que s'ils sont victimes de la brutalité policière, les gens n'ont qu'à porter plainte. Ils sont pourtant bien placés pour savoir que la justice ne répond que très rarement aux attentes des victimes de ce genre d'attaques. Le flic, tacitement, dans la tête de tous, est mis hors de cause dès le début… Comme le dit si bien Serge Quadruppani dans La politique de la peur (p. 58): « Quiconque suit d'un peu près les relations entre la jeunesse des quartiers populaires et la police en France ne peut que constater qu'elles ressemblent de plus en plus aux rapports entre deux bandes qui se défient et s'affrontent. Avec la particularité que l'une d'elles, celle des policiers, gagne toujours. Délibérément ou pas, le message envoyé depuis plusieurs décennies est que, quoi qu'il arrive, les actes des policiers, depuis les insultes et les tabassages jusqu'aux meurtres (une douzaine par an, depuis 2000), demeurent à peu près toujours impunis. [...] Il n'y a aucune volonté délibérée, aucun complot, aucun plan arrêté derrière cette constatation, et, pourtant, la réalité est là, il faut bien la voir dans toute sa brtalité : la bavure, à la fin, ça sert à montrer qui commande. »

Alors voilà, messieurs les policiers. Les civils peuvent subir en permanence — Quadruppani parle des quartiers populaires mais c'est vrai aussi dans beaucoup de manifs — une violence terrible de la part de ceux qui seraient chargés de maintenir l'« ordre ». Surveiller les surveillants, c'est juste, et démocratique… La police, dans la politique du « pouvoir au peuple », n'est pas là pour dominer par la force, mais pour assurer une certaine sécurité. Tout ça est très discutable, d'un point de vue libertaire notamment, mais je ne vais pas vous faire chier avec ça, vous savez très bien ce que j'en pense.

Enfin, last but not least, le procès en appel de Villiers-Le-Bel. Étant donné qu'en 2005, je n'étais pas capable de comprendre ce qu'il se passait (je garde que un souvenir flou d'images sombres de cités au milieu desquelles brûlaient des voitures), j'ai dû me documenter. Il y a par exemple un article des Inrocks à ce propos, qui dit : « L’affaire de Villiers-le-Bel révèle ses facettes comme autant d’instantanés sur lesquels se pencher tour à tour. Elle touche au brûlant et au refoulé : le destin des quartiers populaires et leur soulèvement redouté, le travail policier, l’affirmation de l’autorité de l’Etat sur un territoire qu’il a abandonné depuis longtemps dans ses dimensions autres que répressive. »

« L'affirmation de l'autorité de l'Etat ». C'est le problème. L'Etat doit s'affirmer parce qu'il sait bien qu'il est haï par beaucoup. Or, quand il s'affirme, c'est souvent de manière violente, gratuite, excessive. C'est à ça qu'on le reconnaît… un Etat ne sera jamais pacifique. Donc, il est supposé que l'Etat a, une nuit, percuté une moto sur laquelle se trouvaient deux jeunes, Moushin et Larami, qu'il les a tués et qu'il s'est retrouvé avec des émeutes sur le dos. Voilà à peu près l'histoire, même s'il y a plusieurs versions. Et les émeutiers n'ont pas été tendres avec la police ; ils lui ont tiré dessus à balles réelles. L’État, toujours lui, a donc été défendu implicitement par les médias. « Ces jeunes sont violents, méchants même, ce sont des délinquants-nés, il faudra détecter ce genre de comportement dès la maternelle, et pis d'abord c'est tous des Arabes, il faut les expulser ». Comme d'habitude. Et encore maintenant, encore ce matin. A la radio, j'entendais que les policiers étaient traumatisés.

Non, sérieux ? Dites, ce n'est pas vous qui traumatisez des centaines de personnes tous les ans, à coups de matraque, de menottes, de formulaires administratifs qui peuvent envoyer des bébés en centre de rétention ou renvoyer des séropositifs dans leur pays ? Vous qui tapez sur des Indignés pacifistes à la Bastille, au point que la fille qui était venue me parler dans le cortège de la manif de mardi dernier, avait les yeux enflés trois jours après ? Ce n'est pas l'Etat, votre Etat que vous représentez, qui abandonne ces jeunes et les méprise, les caricature en fous dangereux et en ennemis publics ?

Je suis désolée, ô raisonnables. Mais je suis incapable de ressentir la moindre compassion pour ces gens-là.

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