19 novembre 2011

Hadopi, it's back ! et autres histoires

Notre empereur préféré veut proposer une Hadopi 3, a-t-il déclaré cette semaine avec la ridicule grandiloquence qui lui est coutumière. Une version qui supprime le streaming.
On devra donc interdire les trois quarts de YouTube, Dailymotion et compagnie, et les jusqu'à maintenant très légaux car très « PUR » Deezer, Beezik, etc. Il faudrait aussi faire retirer les photos de tableaux d'expositions qui circulent sur les blogs, monsieur Sarkozy, parce qu'on n'aura pas payé pour les voir. Ainsi que les sites d'artistes qui mettent des vidéos de concerts, et même Myspace, où l'on peut écouter des extraits entiers d'albums, une honte. Oui, parce que tout ça fera quelques milliers d'€ de perdus pour Pascal Nègre.
Le but officiel est de défendre la création artistique. Sauf qu'il est impossible que des dirigeants veuillent défendre la création artistique : elle est un facteur d'émancipation.  Hadopi 3, comme ses consœurs, n'aura comme effet que de remplir les fouilles des multinationales du disque.
Au-delà de l'absurdité évidente (qui eût cru qu'ils ferait un truc plus stupide que la première Hadopi ?) de ce projet, on constate une volonté ostensible de la part de nos dirigeants de tout contrôler — je reviens de dessus régulièrement mais manhack le fait bien mieux que moi — sur Internet, cf l'Accord Commercial Anti-Contrefaçon.

Récemment, l'émission Les amis d'Orwell sur Radio Libertaire parlait de l'Internet et de l'outil de surveillance, voire d'aliénation, qu'il représente.
Certes, le Net (pardon) est un formidable outil de contrôle des masses, ne serait-ce que par le fait que l'info est difficilement triable par l'internaute moyen. Entre les publicités ciblées, les blogs et forums débiles (et moches) où les conversations se limitent à trois mots ou à des trolls, le côté chronophage, l'espionnage par un certain nombre de logiciels d'à peu près toutes nos actions, on ne peut pas tellement nier cet aspect là.
C'est ce qui fait que l'Internet intéressant est finalement réservé aux élites, qui, mieux instruites, peuvent peut-être un peu plus que les autres se soustraire à ce contrôle qui prend la forme du « donnez-leur du pain et des jeux ».

Mais il ne faut pas oublier que c'est aussi sur Twitter (même si l'entreprise elle-même n'est qu'une entreprise avide d'argent comme les autres) qu'ont été relayés les mouvements des peuples cette année, que l'on découvre des articles intéressants et des infos peu médiatisées ; il ne faut pas oublier que se sont construits des sites et des journaux en ligne comme Reflets.info, Indymedia, Basta! Mag, des blogs un peu ou très subversifs, que l'on peut regarder des archives inédites de concerts de Billie Holiday (exemple parmi tant d'autres). On peut écouter des radios libres, obtenir n'importe quelle information en un rien de temps, lire des journaux libertaires datant du 19e siècle, des bouquins anarchistes (je dis anarchistes parce que ce sont en général ceux-là qui sont libres de droits) entiers en ligne et gratuitement (Bibliolib, Infokiosques.net, les Inventeurs d'Incroyances, j'en oublie), de la poésie contemporaine uniquement disponible sur support numérique…

Bref, Internet, pour qui sait s'en servir, est non seulement une mine d'informations, mais aussi un lieu d'émancipation, de conversation avec des gens avec qui il serait impossible de discuter autrement, d'échange d'idées, de fichiers…
Tout ça pour dire qu'au regard des avantages du réseau énoncés ci-dessus, le gouvernement a tout intérêt à freiner Internet.
L'Internet contrôle ou émancipe, et l'Etat regarde plutôt la dernière solution. Trop de liberté nuit à la liberté, tous les raisonnables vous le diront. Alors on va s'empresser de réprimer, ficher, tracer, interdire, fermer, supprimer, protéger, coder, conserver, et surtout, ne jamais favoriser l'échange. L'échange permet de sortir de son petit monde. Et aucun gouvernement de souhaite cela de la part de son peuple.

Je ne peux pas m'empêcher d'être optimiste et de me dire qu'une fois que l'esprit d'internet (plus qu'Internet lui-même) sera émoussé, il restera toujours suffisamment d'empêcheurs de penser en rond pour s'organiser, éviter, exploiter les failles, reconstruire.

Donc fais gaffe, Sarkozy, nous aussi on te voit.

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