27 août 2011

Hommes et femmes, différences et inégalités

Je vais écrire un article sur un article. Lisez donc celui du Monde, dont le titre ressemble, comme une twitta l'a fait remarquer, à un article du Figaro : Femmes, ne devenez pas des hommes comme les autres !

L'auteur se base sur des déclarations de Caroline de Haas (Osez Le Féminisme), dont je ne suis pas spécialement fan, pour la raison qu'elle a un style gentille-du-PS qui m'énerve. Ceci dit, je suis à peu près d'accord avec ce qu'elle exprime ici à propos d'« une mobilisation des associations catholiques contre l'introduction dans les manuels scolaires de la théorie du genre et un rapport de députés UMP contre le mariage homosexuel et l'homoparentalité. » — Christine Boutin avait fait des siennes sur le sujet ; elle alterne selon les années entre anti-metal et homophobie. On n'a pas fini.

Bref, de Haas soutient qu'il faut venir à bout du « principe de la complémentarité des femmes et des hommes », selon lequel femmes et hommes seraient par essence différents. Elle fait le parallèle avec la couleur de peau : le sexe est un paramètre inscrit dans nos gênes, tout comme le taux de mélanine. Mais il est reconnu par la majorité des gens (pas tout le monde malheureusement), que les Noirs ne sont pas différents des Blancs, car on les considère non pas en fonction de leur peau, mais en fonction de leur caractère. Cela devrait être pareil pour les distinctions de sexe.

Elle en profite pour dire que « c'est justement parce que la gauche considère l'être humain non pas en fonction de ses caractéristiques "naturelles" mais en tant que citoyen à part entière, doué d'une raison, et qu'elle veut garantir la possibilité à chacune et chacun de faire ses propres choix de vie indépendamment de où et comment nous naissons, qu'elle légalisera le mariage et l'adoption pour tous les couples. ». Ouiii, on sait que tu voteras à gauche, pas besoin de faire de la propagande politique.
Désolée. Revenons à nos moutons.

En réponse, donc, à cet article, un certain François-Xavier Bellamy s'insurge et se demande :
« Mais pourquoi faudrait-il, pour être sûr de l'établir définitivement, confondre cette égalité [homme-femme] indéniable avec une identité plus que douteuse ? Pourquoi faudrait-il, pour assurer que la femme n'est pas inférieure à l'homme, s'évertuer à démontrer qu'elle n'est pas différente de lui ? Pourquoi fragiliser un combat aussi légitime, une démonstration aussi solide, en voulant le fonder sur un raisonnement aussi absurde ? Oui, l'homme n'est pas une femme, la femme n'est pas un homme. Alors que notre société prend conscience, enfin, de la nécessité de respecter vraiment la nature telle qu'elle est, de renoncer à la modeler selon les excès de son désir de toute-puissance, pourquoi ne pas respecter notre propre nature, telle qu'elle est, sans chercher à la nier ? »

En parlant de « respecter la nature telle qu'elle est », je vous invite à lire ce texte (c'est long, hein) intitulé En finir avec l'idée de Nature, renouer avec l'éthique et la politique. L'idée de Nature (et non pas la nature) toute-puissante, c'est le fait que toutes les inégalités sociales, ou l'anti-contraception entre autres, sont normales, et donc acceptables ; qu'elles appartiennent à quelque chose d'immuable contre lequel nous ne pouvons pas lutter.
La Nature permet entre autres choses de dire que l'homme est plus fort mentalement que la femme, qu'il est plus bagarreur, qu'il est plus intelligent, ou des conneries de ce genre. Un certain nombres de livres ont été écrits dans le but de montrer à quel point le comportement des filles et des garçons était influencé par leur éducation.
Par exemple, même si évidemment elle soutient le contraire, je pense que ma mère, si j'avais été un garçon, me laisserait plus tranquille quant à la gestion de ma vie sociale (Mais siii, tu devrais aller voir tes copiiines, s'évertue-t-elle à me demander le week-end). Car les filles sont censées être sociables, souriantes, ouvertes, etc. Shulamith Firestone, féministe radicale, dans son livre La dialectique du sexe, formule le souhait d'organiser une grève du sourire…

Pour moi, il n'y a pas d'acceptation de cette prétendue « Nature » sans volonté d'inférioriser les femmes, puisque leur différence de force physique avec les hommes a permis (et permet encore, d'ailleurs) de justifier tant de maltraitances.

Par éducation, j'entends d'abord l'éducation quotidienne, des enfants, dont on peut combattre les stéréotypes. Mais il y a aussi l'Histoire, qu'on ne peut plus empêcher, par définition. L'Histoire a créé les inégalités hommes-femmes, partant d'un constat de différences biologiques. Mes amis, la Nature est derrière la servitude des femmes, nul ne peut s'y opposer, qu'on se le dise ! Cela s'est longtemps traduit par des inégalités sociales, dont malheureusement, dans une société qu'on est en droit de penser évoluée, des vestiges persistent. Mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui, dans notre société du moins, la reconnaissance d'un-e individu-e se fonde quand même beaucoup plus sur son caractère, ce qu'il est en tant qu'humain.

J'ai eu plusieurs discussions sur ce sujet avec des gens que j'estime beaucoup, notamment une amie de ma famille qui me disait qu'elle était heureuse d'être une femme, de se sentir différente parce qu'elle peut donner la vie, parce qu'elle a un corps fait pour enfanter, etc, et que c'est justement cela qui faisait notre force.
Fais gaffe, lui ai-je dit. Les femmes ont été asservies parce que le fait qu'elles puissent porter un enfant les rendait plus fragiles aux yeux de certaines sociétés. Je cite Shulamith Firestone :
« C'est donc le rôle biologique reproducteur de la femme qui est la cause de l'asservissement auquel, dès l'origine, elle a été soumise, et non quelque soudaine évolution patriarcale que Freud lui-même était incapable d'expliquer. Le matriarcat est un stade de l'évolution vers le patriarcat, vers la pleine réalisation de l'homme par lui-même : après avoir adoré la nature dans les femmes, il la domine. »

Bellamy soutient que les différences physiques entre l'homme et la femme sont ce qui leur donne leur identité. Identité de mâle fort, identité de femme faible et soumise ?
Je ne me sens pas femme. Je me vois femme, mais je ne me sens qu'être humain. Certes, j'ai l’âge que j'ai, je n'ai pas eu d'enfant (heureusement), cependant je pense être assez consciente de mon corps pour savoir de quoi je parle.
« L'être humain est un corps, dit-il, doté de sa part d'animalité, d'instinct, de sensibilité ; et ce corps est sexué. Cette réalité physique ne dépend pas de notre culture. Partageant une égale rationalité, comment ne pourrions-nous pas reconnaître que l'homme et la femme sont génétiquement, organiquement, charnellement différents ? »
Cher monsieur, je refuse de croire que les besoins sexuels d'un homme et d'une femme ne sont pas différenciés autrement que par le fait d'une éducation différente selon le sexe. Je refuse de croire qu'ils sont si différents charnellement. Génétiquement certes, c'est une question d'apparence, comme dit plus haut. Mais cela ne va pas au-delà. Pour moi, le fait qu'une femme puisse porter un enfant ne la rend pas différente de l'homme au niveau du caractère.

Dernière ineptie de l'article : Le féminisme du gender partage le projet du machisme le plus inégalitaire : fermer toute possibilité de dialogue. Je n'ai rien à échanger avec celui qui m'est identique, comme avec mon inférieur. [...] Mais de l'êtrequi est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d'une découverte et d'un enrichissement mutuel.
De quelle découverte parle-t-il ? De la découverte d'idées, d'opinions, de talents, ou de la découverte d'un corps différent ? Tu auras toujours quelque chose à partager avec quelqu'un d'autre que toi, mais uniquement parce qu'il pense forcément un peu différemment.

Sur ces considérations, bonne fin de vacances. Ou pour ceux qui travaillent déjà, eh bien… bon courage.

25 août 2011

Taxons les pauvres, ces emmerdeurs

On attendait avec impatience les derniers coups bas en faveur des riches et au détriment des pauvres de la part du gouvernement français. Les voilà :

D'une part, Fillon veut taxer les sodas (après l'alcool et la clope). Youpi, hourra ! Ce que cette farce va rapporter à l'Etat se compte en millions (120 en 2012, pour être précise), alors qu'il faudrait des milliards…

La mascarade perpétuelle des réformes politiques se poursuit tranquillement, les clowns tristes sont entrés en piste, on a droit aux prestidigitateurs d'autre part : on veut nous faire avaler qu'une taxe de 3 % pour les ultra-riches, annoncée en grande pompe comme "exceptionnelle", va aider à résorber la dette. Bien sûr, les amis, 3 %, quel effort messieurs-dames, pour des gens dont les revenus s'élèvent au-dessus des 500 000 euros ! D'autant que la précédente réforme de l'ISF aura en réalité diminué les bénéfices pour l'Etat, comme le fait remarquer @meclalex.

En gros, la devise du gouvernement en matière d'économie et de "serrage de ceinture" peut se résumer à ça : Taxer les riches c'est bien, mais pénaliser les pauvres, c'est mieux.

Pour avoir la liste des dernières mesures fiscales, cet article de Libé.

Enfin, je vous mets un lien qui a priori n'a rien à voir avec la politique fiscale de nos Grands Gourous, mais la nouvelle me révolte : Un écolier de quinze ans devant le tribunal pour 24 films téléchargés.

19 août 2011

Regardez-les

Aujourd'hui aux gars qui vont se faire massacrer en Lybie, en Afghanistan ou ailleurs. De Léo Ferré évidemment.

Regardez-les défiler
Ils ne savent ce qu'ils font
Et pourtant ils s'en vont
Ils s'en vont sans savoir où ils vont

Regardez-les défiler
Ils n'ont pas su dire "Non"
A la voix du canon
Ils s'en vont pour le Droit, pour la Loi
On ne sait jamais pourquoi
Et voilà, on r'met ça

On leur a dit que c'était la dernière guerre
Ils sont partis sans un mot mais ils n'y croient guère
Regardez-les s'en aller
Dans quelques jours ils auront des tambours, des clairons
Ils tueront sans savoir ce qu'ils font

Regardez-les s'en aller
Dans quelques jours ils auront des fusils, des canons
Ils tueront croix d'honneur, croix de bois
On ne sait jamais pourquoi
Et voilà on r'met ça

La vie, l'amour, les chansons n'ont pas de frontières
Nous sommes tous les enfants de la même Terre
Prends ton fusil, mon ami
C'est pour la dernière fois, on dit ça et voilà
Pour le Droit, pour la Loi, on r'met ça

Prends ton fusil, mon ami
Si tu savais t'en servir
Tu pourrais t'affranchir
Pour le Droit, pour la Loi
Mais voilà, on ne sait jamais pourquoi
Ces choses-là n' se font pas

Regardez-les défiler!
Regardez-les!

17 août 2011

Piqûre de rappel

"Liberté, égalité, fraternité" n'est pas la devise de la France. Ça n'appartient pas à la France. Ce ne sont pas des mots vides écrits sur un fronton de palais présidentiel, de mairie, d'école ou de gendarmerie. La liberté, l'égalité et la fraternité sont des valeurs censées être
u
ni
ver
selles
mais les oligarchies du monde entier en ont fait une
théorie
utopique.

Alors
je poste
cette vidéo.

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme from Hajen on Vimeo.

14 août 2011

Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré.

La famine dans la corne de l'Afrique (Somalie et Ethiopie), n'intéresse personne en France.
C'est vrai, quoi, les français sont en va-can-ces. Ils ont la tête plongée dans les magazines people (ou le sable). Dans les livres du style Bien maigrir ou au contraire Vaincre l'anorexie. Ils pensent à faire plaisir à leurs enfants en les emmenant manger chez McDo, à satisfaire le regard inquisiteur de leur conjoint(e) sur leurs poignées d'amour... Et puis, pour les autres, il y a quand même la crise boursière, et ça, c'est très important. Les journalistes n'échappent bien évidemment pas à la règle. On a envie de se détendre...

Les Somaliens, eux, pensent à survivre.

Les journalistes en ont un peu parlé, quand même il y a, euh, attendez... deux, trois semaines ? Je ne sais plus. Enfin, c'est bien pour ça que je suis au courant.
Ceci dit, qui sait à quoi sert cette publicité. Je me demande bien où va tout l'argent donné (de mauvaise grâce) aux pays africains pour que la famine soit à ce point une constante dans cette région du monde...

Le problème, c'est que toute famine est politique. Tout ne vient pas des aléas du climat.
D'abord, les Etats, notamment en Somalie, ont laissé la place à des organisations djihadistes qui contrôlent les régions et interdisent aux ONG de venir en aide aux victimes. Ces organisations nient jusqu'à l'existence de la famine.

Ensuite, dès août 2010, la FAO (Food and Agriculture Organization) avait prévenu la communauté internationale des risques de grave sécheresse et de leurs conséquences dans la Corne de l'Afrique, mais cette annonce n'avait quasiment pas rencontré de réponse. Et là, tout d'un coup, hop, on nous en informe, merci, c'est gentil, les Somaliens doivent être contents de voir qu'on se préoccupe de leur sort.
Il aura fallu toutes ces images d'épouvante pour qu'on se mobilise... Et encore : quand il s'agit de crises alimentaires (et de la prévention desdites crises), vous l'aurez remarqué, les Etats se montrent assez radins. Ils préfèrent investirent dans l'armée ou la police, je suppose.

Je vous invite à lire cet intéressant article, qui parle de la situation bien particulière de l'Ethiopie, où la famine répondrait encore plus à de sintérêts politiques que partout ailleurs.

13 août 2011

Cameron, si tu savais...

Notre ami le Premier Ministre anglais David Cameron, c'est sûr, a pris en main la situation post-émeutes. Multipliant les annonces de répression gouvernementale envers les looters (pilleurs), il tente vainement de rassurer les bonnes gens, ceux qui croyaient leurs enfants à la gym, ceux qui pensaient leur copain en train de, sagement, faire la plonge dans un grand restaurant, ceux qui, assis tranquillement dans leur fauteuil, rêvaient à l'avenir de leur entreprise. Et les parents qui, malgré un amour déclaré pour leur fille, la dénoncent aux services de police, l'ayant reconnue à la télé en train de casser une vitrine.

Oui, parce que, non contentes de menacer les réseaux sociaux (Twitter et Blackberry Messenger), méthode empruntée à des gouvernements que nous connaissons bien, les autorités ont mis en place un système d'appels à la délation, montant un écran géant sur un camion au milieu de Birmingham, où passent en boucle des images des émeutiers en demandant aux gens de les reconnaître, créant des numéros spéciaux, des affiches, etc. 1984 n'est pas loin, les Deux Minutes de la Haine non plus. Les gens qui passent devant cet écran doItaliqueivent s'insurger, se scandaliser, pour enfin pouvoir servir la cause du gouvernement, faire leur devoir de bon citoyen...

Cameron veut aussi expulser les logements sociaux des émeutiers, et fait part de son raisonnement :
"L’argumentaire développé par le Premier ministre britannique pour justifier les expulsions est simple : habiter un logement social, c’est profiter des aides mises en place par la société. Participer à des émeutes, c’est s’attaquer à la société. Les deux choses sont incompatibles. Et s’ils devront s’adresser au secteur privé, plus cher, pour retrouver un logement, “il fallait y penser avant” a asséné David Cameron" (source France Info).

Mais Mr Cameron a vu, étant peut-être un brin lucide, que tous ses discours à propos des évènements de ces derniers jours n'ont servi à rien. Alors, il a recruté un expert américain en violences urbaines (oh le beau titre de chercheur). Sauf que tout ça va rester inutile (les liens en italique sont en anglais).

Il est toujours drôle de voir quelqu'un censé être (presque) tout-puissant, que ce soit un de ses parents, son prof ou "son" chef d'Etat se faire dépasser par une situation. Davie est dépassé, alors il mélange tout, s'attaque aux jeunes, aux gangs alors que les émeutiers n'avaient rien à voir avec ça, il veut contrôler Internet alors que c'est impossible, il fait appel à des intellectuels qui vont lui dire qu'il faut faire semblant d'écouter la population... Les journaux, quant à eux, parlent de situation anarchique, ce qui est la chose la plus fausse qu'on ait dite sur ces émeutes. Cameron, si tu savais à quel point tu gesticules en vain...

Bref, on rigole bien grâce à Monsieur Cameron même si ses prises de décision elles-mêmes ne sont pas très drôles.

Pour vous rendre tristes, mon prochain billet sera sur la famine en Somalie.

9 août 2011

London calling to the underworld…

Quand je vois ça (Images The Big Picture), je ne peux m'empêcher de penser à ce vieil overdosé de Strummer, qui a quand même rendu un fier service à nos oreilles au vu de ce qu'on entend maintenant en matière de "punk". Lui qui proclamait à longueur de chansons que London's burning, le London calling to the zombies of death, les White Riots, lui qui est mort en 2002, c'est dommage qu'il n'ait pas vécu neuf ans de plus, parce qu'il aurait rigolé.

Là où c'est moins drôle, c'est que London Calling a été choisie comme chanson officielle pour les JO de Londres. Messieurs-dames les politiques veulent se la jouer modernes ? Dans ce cas, c'est raté. Qu'ils ne nous fassent pas croire non plus qu'ils sont devenus rebelles, ce serait risible. Ou alors, explication qui les sauverait du ridicule, ils n'ont pas compris la chanson. Bref, je ne vais commencer sur ce crime contre le rock, je vais m'énerver.

Ces émeutes ont, comme d'habitude, ridiculisé la police — bien que ceux-ci, vous le verrez sur les impressionnantes photos donnée plus haut, aient des déguisements moins bizarres que nos amis CRS — mais les dirigeants s'obstinent à criminaliser les émeutiers. Comme d'habitude. Les émeutiers, en général, sont qualifiés plutôt de pas sérieux, de clowns tristes. Là, c'est une vraie révolte, sauf qu'elle a été complètement décrédibilisée par les médias mainstream. D'ailleurs, "émeutes", ça sonne casseurs, ça sonne jeunes, ça sonne pauvres policiers agressés par des méchants rebelles ; ils ont réussi leur coups, ceux de là-haut, les propre-en-ordre, les gouvernants pris de cours par l'embrasement spontané, incontrôlable, qui les effraie parce qu'il la sentent sincère.
Comme si tout ça ne suffisait pas, Twitter a été accusé d'avoir relayé des appels à la violence, et les utilisateurs qui auraient twitté ce genre de messages sont menacés d'arrestations.
Ce dont ils ne se rendent pas compte, c'est qu'ici ils utilisent sensiblement les mêmes méthodes que la police de Ben Ali, même si c'est sous couvert d'un simple et normal rappel à la civilité et au pacifisme [note du 12.08 : Cameron a aussi menacé de priver les émeutiers de réseaux sociaux, le rapprochement est encore plus flagrant]... Pour continuer dans cette voie, et fort de la longue histoire de l'Angleterre en termes de délation, les autorités ont appelé à dénoncer les émeutiers, et ont rencontré un (trop) important écho sur Internet.

Mais si on réfléchit, qui sont les plus violents dans cette histoire ? Les émeutiers, dont les médias mainstream ont d'ailleurs beaucoup tardé à donner l'opinion et les idées, révoltés, à la situation sociale déplorable et à la colère légitime, en situation d'infériorité face à la police et dont on a donné une image désastreuse ; ou les gouvernants en position de toute-puissance (relative, mais acceptée par l'opinion et donc renforcée), du haut de leurs convictions figées, de leur cynisme, de leur capitalisme roi, de leur politique du chiffre, de leur mépris (et leur peur bleue) des jeunes, du mouvement, du nouveau, du rêve ?

J'admets que la violence des pilleurs est beaucoup plus visible, beaucoup plus impressionnante, mais c'est bien ce que les médias veulent nous donner en spectacle. La violence de l'Etat, elle, est beaucoup plus insidieuse, mais ausis beaucoup plus destructrice, d'autant qu'elle dure depuis un temps qui semble démesuré.

Mais comme le chantaient les Clash :

When they kick out your front door
How you gonna come?
With your hands on your head
Or on the trigger of your gun

When the law break in
How you gonna go?
Shot down on the pavement
Or waiting in death row

You can crush us
You can bruise us
But you'll have to answer to
Oh, the Guns of Brixton

Ah, au fait. L'industrie du disque va morfler encore plus qu'avant, parce qu'il y a eu la destruction d'un entrepôt de chez Sony. On déplore la probable faillite de labels indépendants, moins de Sony eux-mêmes… Et aussi Un article intéressant de Rue89, qui met en rapport la crise financière et les émeutes.
Pour les courageux : un article en anglais sur les évènements, d'un point de vue libertaire.
Et un autre sur Slate.fr, pas libertaire mais excellent.