25 avril 2012

Maîtres mots

18 % pour la facho-chef, 27 % pour le facho-adjudant. Mes parents ont tenu à regarder la Soââârée Spéciâââle sur France 2, par pur masochisme de toute évidence, puisque la soirée en question a été passée à plus ou moins insulter tous ceux qui ouvraient leur grande gueule sur le plateau. On s'est bien amusés, mais le FN à 45 %, ça fait quand même mal.
On a vu la tête de Le Pen, puis celle de Sarko, et on s'est dit que l'entre deux tours allait se résumer à un monceau de paroles racistes, inintéressantes mais ultra-agressives. Même plus de fausses promesses. Juste des affirmations péremptoires sur la place des étrangers en Gaule, l'invasion des sarrasins et les trompettes de la Marseillaise.

Bingo. Mais on n'avait pas anticipé le revirement carrément pétainiste.
Travail, famille, patrie, les pires institutions qui soient, qui amènent les soumissions les plus avilissantes, se retrouvent au milieu des discours électoraux.

La famille traditionnelle détermine un rôle figé pour la femme, entre autres absurdités. Celui de s'occuper des gosses, de faire à manger, et, aujourd'hui, quand même, être belle et conforter dans leur vision les organisatrices du salon de la femme (cf mon billet d'il y a quelques semaines). Sans surprise, Boutin (proche de Sarko même si elle a créé son Parti Chrétien Démocrate...) et Morano veillent donc à son maintien dans notre belle société française. Qu'on se rassure, Sarkozy ne contredira pas les chantres du mariage réservé aux hétéros, surtout-ne-pas-bousculer-les-repères. 
 
La religion est toujours un argument sous-jacent, alors que les mêmes fustigent les mauvaises françaises qui portent la burqa. Voir par exemple cet article, qui date du débat sur l'identité nationale.Au hasard, Le Pen a apparemment su convaincre 20 % de gens avec son IVG de confort, qu'elle ne peut pourtant défendre qu'en avouant des arrière-pensées religieuses, puisque tous les médecins diront qu'aucune contraception n'est fiable à 100 % et qu'aucun traitement médical n'a aucun risque d'être oublié par le patient.

La patrie aussi, ce n'est pas nouveau, on l'aime ou on la quitte, on ne siffle pas la sacro-sainte Marseillaise, on ne se torche pas avec le drapeau, on mérite la nationalité française. Et, comme si cela allait de pair avec aimer son pays, on ne mange pas hallal, on ne prie pas dans la rue, on n'égorge pas le mouton dans son appartement (sic), etc. Alors que le dévouement à la patrie, c'est faire la guerre, mourir pour des cacahuètes et, plus généralement, se soumettre à quelque chose que l'on n'a absolument pas choisi, qui n'est qu'une idée floue et dépassée. Ultra-fun.

Catholicisme, patrie, famille. Conneries. Ces idées appartiennent à une autre époque, l'époque des colonies, de la France en dentelles blanches, des photos délavées, de l'encre sur les mains, des coups de règle sur les doigts, le temps des tisanes de camomille, des robes encombrantes, des queues-de-pie, des favoris sur les tempes des messieurs. Il serait temps d'en finir.

Et enfin, le travail. Parlons du vrai travail, le travail de ceux qui sont français de souche, pas les musulmans assistés, pas les chômeurs marginaux, pas les "fraudeurs". Non, on parle des bons serviteurs de la méritocratie. Les vrais travailleurs, comme les ministres, par exemple. Ou les ouvriers qui ont eu au moins un accident de travail dans leur vie, sinon ça compte pas. Gérard Filoche a tout dit.
A Sarkozy, il faut du travail d'hommes, du travail où on se pète les mains, du travail où on souffre (comme ça, les gens qui souffrent, il peut en parler dans ses discours), du travail de pétainland. Et de dire dans son discours de Longjumeau, hier, que le travail libère (si, si) et que c'est le chômage qui aliène. Oh les doux relents d'Allemagne sauce 1930...
Et à gauche comme à droite, la glorification de la valeur travail, toujours, la méritocratie, à bas la paresse, la fainéantise, le joie de vivre, le plaisir, les loisirs et l'amour. Travaille et tais-toi, un bon ouvrier est un ouvrier qui ne pense pas.

En attendant, le 1er mai, allons manifester avec les fainéants d'apparence.


« Le travail est probablement ce qu'il y a sur cette terre de plus bas et de plus ignoble. Il n'est pas possible de regarder un travailleur sans maudire ce qui a fait que cet homme travaille, alors qu'il pourrait nager, dormir dans l'herbe ou simplement lire ou faire l'amour avec sa femme. »
Boris VIAN

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