28 juin 2012

Les femmes du bus 678

Je suis allée voir cette semaine Les femmes du bus 678, un film de Mohamed Diab, sur le harcèlement sexuel en Égypte.
L'histoire est celle de trois femmes issues de milieux sociaux très différents, mais toutes victimes de harcèlement sexuel. Fayza n'ose plus prendre le bus, Seba, qui, dans un mouvement de foule, a été victime d'attouchements, est reniée par son mari, et Nelly, la plus jeune, représentant la jeunesse égyptienne, élément central de la révolution, joue le rôle de la première femme en Égypte à porter plainte pour harcèlement.
Seba, qui anime des groupes de parole pour les femmes, rencontre ainsi Fayza et la pousse à agir. Alors Fayza va se défendre comme elle peut, à savoir en donnant des coups d'aiguille dans les parties des agresseurs. Nelly en entend parler, l'admire et veut la suivre. Mais lorsque l'affaire vient aux oreilles de la police, les trois femmes, pour éviter la prison, doivent abandonner ce moyen de défense. Elles tentent de trouver une alternative pour se faire entendre, pour que l'histoire, relatée dans les journaux, n'ait pas servi à rien.

D'après jujusete, qui a vu la réalité de la situation là-bas, c'est une œuvre remarquable d'exactitude dans la description de ce que peuvent subir les femmes au quotidien au Caire, et dans la restitution de ce que représente la classe sociale en Égypte pour les femmes : quel que soit leur milieu, elles ne sont pas respectées, mais le contexte social détermine en revanche leur degré de choix, notamment sur le port du voile.

Le film montre aussi la place des hommes dans l'histoire. En dehors des crétins qui prennent le bus pour mettre leur main aux fesses des femmes, certains évitent le sujet, en rigolent volontiers, et se sentent déshonorés lorsque leur femme ou leur sœur en est victime. Ils participent de ce fait à un cercle vicieux qui fait que les femmes n'osent jamais porter plainte ; cependant, eux-mêmes sont coincés par le regard de « la société ». Société représentée et défendue par des instances officielles exclusivement masculines, et donc reproduisant ce schéma. D'ailleurs, dans le film, on remarque que la présence des hommes est indispensable pour que les femmes soient écoutées des institutions (police, tribunal).

Cela dit, et heureusement, il existe aussi des hommes qui parviennent à briser ce tabou, à accompagner leurs femmes dans leurs combats, le réalisateur du film en premier. L'inspecteur de police a plus ou moins compris l'importance de leur combat et est plutôt enclin à les défendre, mais lorsque sa femme accouche d'une fille, il se rend compte que ces situations pourraient « lui » arriver, et accepte de couvrir les suspectes. Le fiancé de Nelly, aussi, est progressiste ; il hésite à aller contre la décision de la famille de faire retirer la plainte, mais finit par comprendre qu'il y a plus grave que le qu'en-dira-t-on.
La situation de Nelly montre par ailleurs l'importance de la réputation (la jeune femme est accusée d'entacher celle de l’Égypte entière…) comme argument pour éviter le sujet, pour étouffer celles qui veulent se faire entendre.

Les femmes du bus 678 est en outre un film très réussi, qui évite les clichés, ne constitue pas non plus un brûlot politique, mais restitue avec justesse le combat des égyptiennes pour le respects de leurs droits et de leur corps.



 Sinon, , y'a un bon article sur le harcèlement sexuel en Égypte.