9 novembre 2009

J'en ai marre de trouver des titres...

...pour mes gémissements sur l'actualité. Alors celui-ci est sans titre. Na.

D'abord, quand même, une bonne nouvelle pour aujourd'hui : ça fait 20 ans qu'on sait que le Mur de Berlin s'est écroulé (curieusement, aujourd'hui, ni la prof d'allemand ni le prof d'histoire ne nous en ont parlé).

Sinon, il y a au moins une mauvaise nouvelle que je peux comprendre, qui date déjà de quelques jours : cette histoire d'« équipes mobiles » qui sont censés jouer le rôle de « modérateurs » dans les collèges et lycées « sensibles ». Là je dis un gros Merde. Au reportage à la télé, ils sont filmés en train de demander à de pauvres cailleras des bacs à sables (le même genre de ceux de mon collège l'année dernière) pourquoi ils se battent au lieu d'aller faire un foot. Je-me-mar-re. Trop forts, ces mecs, ils sont capables d'empêcher les emmerdes de n'importe qui en discutant, avec leur petite formation de psychologie. Tu parles. C'est sûr, ça va marcher, leurs discours Peace and Love, avec des mecs qui sont capables d'insulter les profs et de fumer en 4e. Mon œil.

On nous pique des surveillants sous prétexte que ça coûte trop cher, et on les remplace par de joyeux lurons censés joués exactement le même rôle, sauf qu'ils ont un gilet fluo sur le dos. C'est totalement aberrant. Et en plus, ils appellent ça un collège sensible ! Nous, l'année dernière, c'était le même genre d'élèves, et pourtant on était considérés comme un collège favorisé. Pour moi, un collège sensible, c'est un établissement où les types fument en sixième avec fierté, où la moitié a un casier judiciaire... ça existe, ça. Mais bien sûr, on ne va pas le montrer à la télé, ça traumatiserait les pauvres parents qui veulent que leurs chéris soient en sûreté dans un bahut huppé du 16e arrondissement.

C'est comme cette histoire, racontée dans Le Canard d'il y a trois semaines. Les jeunes profs de Créteil, en guise de cadeau de bienvenue, ont reçu un DVD, nommé très finement Tenue de classe, censé leur apprendre à mater ces petits délinquants dans l'âme que sont les habitants des cités créteilloises.
« Le héros de ce document divertissant s'appelle Sébastien Clerc, neuf ans d'EN et auteur du livre Au secours ! Sauvons notre école. Qui se veut un petit manuel de maintient de l'ordre scolaire en terre « chahutogène ». Le mot est de lui. Son discours ? Rien de bien neuf. Un savant mélange de principes doctement revisités, d'évidences assimilées par n'importe quel stagiaire de l'IUFM et de poudre de perlimpinpin. »

Tu m'étonnes. Donc, ce monsieur Clerc prétend venir à bout du chahut dans les classes (rien que ça !). Et voilà ce qu'il propose : « Gardez un air relativement inquiétant lors des premiers cours. Il ne faut pas sourire tout de suite afin d'instaurer la distance ».
Là, j'ai dû piquer le plus gros fou rire jaune de ma vie. Je ne sais pas si vous vous imaginez la scène, le prof fringué cool (jean-baskets-polo), essayant de prendre l'air à la Voldemort, ou façon Sarkozy parlant de la réforme de la taxe professionnelle. Devant des élèves à l'air narquois, genre Cause Toujours Tu m'intéresses, et on va voir ce qu'on va voir. Ben voyons. Deux objections formulées par deux profs dans Le Canard : D'abord, que voulez-vous faire quand un élève vous toise devant sa table, les bras croisés ? et ensuite, ça veut dire quoi, inquiétant ? Faire planer une menace de mort sur la classe ? Et, en général, les élèves sont beaucoup plus inquiétants que les profs. Plus j'avançais dans la lecture de l'article, plus je me disais que ce respectable monsieur Clerc devait exercer à Henri IV ou à la Sorbonne.

Pas mal aussi, celle-là : quand la classe met le bordel, « il est très utile, si vous avez des élèves qui bavardent, de poser deux doigts sur la table tout en continuant le cours. La table joue un rôle d'objet transitionnel entre l'enseignant et l'élève. Et ça aide à reprendre le contrôle ». C'est parti, on va nous faire un exposé sur les fonctions symboliques du bureau seigneurial dans une salle de cours. C'est un truc totalement absurde. Deuxième rire jaune. En revanche, j'aimerais qu'on m'explique la symbolique des deux doigts. Pourquoi est-ce que les élèves se tairaient avec deux doigts ? Deux pauvres bouts d'os sur la table. Ben ouais. C'est macabre, total respect. Putain, qu'est-ce qu'il faut pas entendre.

Et la dernière : Régler sa montre à la seconde près, comme ça, si un môme dit « Hé m'sieur, ça a sonné ! », on peut jeter un froid avec cette simple réplique : Non, ça sonne dans douze secondes. Précisément, on fera rire les élèves qui repartiront dans leurs tatouages au bic sur la peau de leur voisin, les tresses avec les cheveux de Sophie et la discussion passionnante sur le dernier jeu de PSP qui vient de sortir.
Et aujourd'hui, l'Express titre : Hortefeux veut promouvoir la "tranquillité nationale". Au secours.

Quelle merde, mais quelle merde... je renonce. Mon défi, c'est deux mois (non, allez, un) sans parler d'actualité. J'en ai marre, trop de choses se passent, j'ai autre chose à faire que de passer mon temps à gémir là-dessus. Alors à la prochaine pour un message que j'espère joyeux.