25 octobre 2012

Des fourmis contre les avions

Vous n'êtes rien pour vous opposer à nous, tente de faire comprendre Ayrault, Premier Ministre de gôche comme chacun sait très concerné par les questions d'écologie, aux occupant-e-s de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Et pour ça, il utilise la méthode classique de rétablissement de l'ordre : les flics, qui, depuis déjà plus d'une semaine, sont sur le terrain afin d'expulser ces dangereux-ses anarchistes/altermondialistes/punks/autonomes/écologistes/vandales (liste non exhaustive), qui osent créer et vivre sans l’État. Il faut « sécuriser la zone » (un genre de campagne de dératisation, si vous préférez).

Et en cours de géographie, j'apprends que les citoyens ont le droit de participer aux décisions d'aménagement du territoire. « Mais toutes les protestations ne sont pas légitimes, nous fait écrire ma prof, par exemple celles qui s'opposent à l'intérêt général ». Sous-entendu, un projet de gare ou d'aéroport va rendre la région plus compétitive, donc les écolos, vous faites chier.

Vinci, sur Facebook, se présente presque comme philanthrope. Rappelle, face aux reproches qui lui sont faites, que c'est pas lui qu'à commencé, c'est l’État français, et pis d'abord on essaie de respecter un max la planète, et puis toutes les procédures judiciaires sont respectueuses des droits des gens.
Comme si c'était pas eux qui allaient se faire du fric avec ce putain d'aéroport. Comme s'ils n'étaient pas contents que l’État signe un contrat avec eux. Comme s'ils s'étaient un jour préoccupés de la biodiversité, des écosystèmes qui sont morts sous leurs tonnes de béton, de tous les oiseaux qu'ils ont asphyxié, de tous les hectares de terre qu'ils ont pollué pour leur profits — et la "compétitivité" des territoires.
Qu'est-ce qu'ils ont prévu, Vinci, pour protéger la nature "en compensation" (comme si on pouvait compenser la perte de dizaines d'écosystèmes) ? De couler des plaques en hommage aux crapauds disparus ? Quant à l'expulsion gentille, laissez-moi rire. Des flics, des pelleteuses, des blessés graves parmi les habitants ? Gentille, on a dit.

Les capitalistes et l’État, une fois de plus, montrent qu'ils ne savent que détruire. Détruit, le Sabot, le jardin qui nourrissait les habitants de la Zone A Défendre avec des légumes pas pollués. Détruites, les maisons où vivaient des familles entières. Ils détruisent tout ce qui vit en-dehors d'eux, anéantissent le bocage, tentent de saper le moral des humain-e-s qui y vivent, abattent des arbres, saccagent tout ce qui ressemble à du vivant, décrédibilisent les initiatives autogestionnaires, rasent tout ce que ces gens avaient construit. Leur cerveau est devenu une machine à engendrer des bénéfices.
Ils veulent de l'écologie qui ne dérange pas. Ils veulent de l'écologie électorale. Les réactions d'Eva Joly ne les gênent pas — ce n'est pas le but. Ils veulent pouvoir assassiner en paix et ne supportent pas qu'on leur fasse remarquer que leur projet est d'une connerie abyssale.
Ils ne sont que violence et font croire que la violence vient de l'autre côté.
500 000 € et 1200 robocops pour faire partir les hordes de rebelles qui menacent l'appareil étatique par le simple fait de vivre en autonomie.

Les médias en général ne disent rien et font croire que le sujet n'intéresse personne. Et quand un flic s'écorchera le doigt sur la dernière brindille qu'ils auront laissé, ils diront Ah, vous voyez, ces méchants marginaux qui jettent des pommes pourries sur les gentils policiers et qui mettent des brindilles exprès pour les tuer.
Parfois, ils vont reprendre les dépêches caricaturales de Romandie — et parler des mêmes jeunesanarchistessquatteursviolents que d'habitude (qu'on ne me dise pas que j'exagère). Ils invitent dans leurs tribunes des gens qui disent que l'aéroport est nécessaire, va créer des emplois, va dynamiser la région, ou encore que l'agroécologie c'est bon pour les utopistes, et autres conneries au kilomètre.

Les militant-e-s tiennent. Malgré les expulsions, les destructions et les murages de maisons, les matraques, les lacrymos, les pelleteuses. Illes reconstruisent, illes rouvrent, illes débattent, illes écrivent, illes manifestent, bref, illes continuent de vivre. Je les admire, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Le ton de leur site d'information est beaucoup moins désespéré que moi. Illes ont raison. Baisser les bras équivaudrait à mourir pour de bon.

7 octobre 2012

[Mauvaise humeur] Recensements

Deux moi d'absence, je sais, c'est pas sérieux. Le microblogging, c'est pratique, quand même, quand on n'a pas assez de choses à dire pour écrire un billet...
Je n'ai toujours pas assez de matière pour écrire un billet consistant sur quelque sujet que ce soit, d'ailleurs. Et puis je dois bosser, aussi. Pasque vous savez, le bâââc...
Mais je voulais quand même vous faire part d'une information drôlatique.

Maintenant que je suis vieille, je dois me faire recenser.
Sinon, voici les horreurs qui m'arriveront, selon le site du service public.

En cas d'absence de recensement dans les délais, vous êtes en irrégularité.  (Mandieu).
Vous serez sanctionné par le fait :
  • de ne pas pouvoir participer à la journée défense et citoyenneté,
  • de ne pas être inscrit sur les listes électorales à 18 ans,
  • de ne pouvoir passer aucun concours ou examen d'État (baccalauréat ou permis de conduire par exemple) avant l'âge de 25 ans.
Vous m'excuserez d'avoir eu un fou rire.

C'est vrai que si je n'attends qu'une chose, c'est bien la Journée Défense et Citoyenneté. Non mais rien que le nom... J'ai cru que le prof d'éducation civique (encore un titre marrant) n'était pas sérieux, il y a 2 ans, quand il nous a parlé de ça. C'est le jour où tu perds huit heures de ta vie à remplir des papiers, des questionnaires débiles, à passer un test de français et à regarder des vidéos dans lequel on t'explique ton rôle de citoyen qui doit défendre sa patrie et ne pas critiquer l’État, qui te donne gentiment le droit de vivre. Ça y est, tu es citoyen, réjouis-toi, tu vas enfin pouvoir donner ton avis — mais pas trop quand même. Tu vas découvrir les "débouchés de la défense", parce que c'est bien, d'aller massacrer des gens qui auraient pu être tes amis pour le compte de gens que tu ne connais pas et pour des intérêts dont tu n'as rien à foutre. Et on va te faire croire que la guerre c'est fun, à grand coup de témoignages enthousiastes.
Et tout ça, ce temps perdu à écouter de la propagande, c'est la condition sine qua non pour passer tes diplômes, c'est-à-dire être reconnu par l'Etat, c'est-à-dire pouvoir vivre décemment (éventuellement).

Monde de merde.

15 août 2012

Mois d'août : Manuel reprend les sales habitudes

Comme depuis des années, les vagues d'expulsions de sans-papiers et de rroms attendent les grandes vacances.
Comme depuis des années, le ministre de l'Intérieur tente vaguement et vainement de se justifier par les mêmes mots que ses prédécesseurs de l'ère Sarkozy.
Comme depuis des années, les associations protestent sans être entendues.
Comme depuis des années, on entend peu les premiers concernés, à part en interventions de deux secondes à la télé entre la page sur les Jeux Olympiques et un reportage sur pourquoi le ciel est bleu.
Comme depuis des années, la réalité est invisible, on ne perçoit pas (plus) la douleur, la misère, les violences policières qui ne sont plus de simples "bavures" depuis longtemps.

Comme depuis des années... Oh, wait, dit-elle en se frappant le front du plat de la main. Le changement.
Ils ont quand même mal choisi leur slogan, au PS. Maintenant, les blagues sont faciles.

Manuel Valls est de Gôche. Mais dans un gouvernement, le ministre de l'Intérieur est toujours celui qui est le plus à droite. Vous comprenez, il faut quelqu'un qui sache être un peu autoritaire (un homme, déjà), sinon, tout fout l'camp. Y faudrait pas qu'ils soient taxés de laxistes.

Manuel Valls a toutes les qualités requises pour être ministre de l'Intérieur, et même ministre tout court. Manuel Valls se fout des gens. Surtout les pauvres. Surtout ceux qui ne sont pas comme lui et qui ont une couleur de peau un peu bizarre (mais ça, il ne le dira pas, ça ferait quand même un peu trop Hortefeux).
Oui, vraiment, c'est un type qui taillé pour ce boulot. Ça lui plaît. Il est persuadé d'être dans son bon droit. Les gens dont il détruit la vie à coups de flics, de charters, de papiers administratifs et de préfets ne l'empêcheront pas de dormir. Il se trouvera toujours des raisons.
Il sert la République. Il sert l'ordre. Il affirmera peut-être même servir le peuple.

Manuel, je suis sûre que les Rroms (ou les Maliens, les Marocains, les Kazhakhs) que tu expulses ou enferme pensent la même chose.
Je pense qu'ils sont convaincus que leur ce que tu leur fais subir sert des notions qui les dépassent, et que par conséquent, ils doivent les respecter sans faire trop d'histoires. Je pense qu'ils seront d'accord pour dire qu'on ne doit pas contredire un homme politique de ta trempe, qui, comme chacun sait, est payé très cher pour protéger les gens.
Continue à les prendre pour des cons.
Ils ne diront rien.
Ils seront déjà à croupir en CRA, avec de la nourriture dégueulasse, des cafards dans les douches, des humiliations à répétition, à attendre la décision du préfet.

Liens complémentaires :
Que fait la police ? Bulletin d'information de l'Observatoire des Libertés Publiques, voir un peu ce que fait subir la Police des Frontières, entre autres, aux Expulsés Clandestins et autres Racailles. Âmes sensibles...
Enfants Roms : l'autre tweet de Valérie par Philippe Alain.
Manuel, j'ai encore raté l'avion article mémorable de Rebellyon

6 août 2012

JO : aliénation de routine, sexisme et grands nettoyages

Panem et circenses
Juvénal

Le sport amuse les masses, leur bouffe l'esprit et les abêtit. 
Thomas Bernhard. 

Les Jeux du cirque Olympiques ne m'intéressent pas, vous vous en doutez bien. Rien que sport lui-même, je veux dire. L'esprit de compétition ne fait pas tellement partie de mes passions et de ma vision d'une société idéale. Je vois le sport comme un formidable moyen d'aliénation des masses, du moins dans une société capitaliste comme la nôtre. L'esprit de compétition lui-même est l'une des bases du système économique actuel. Dans une société entièrement autogestionnaire, cela pourrait peut-être devenir un loisir comme un autre, mais pour l'instant, au vu des supporters de foot, ça paraît difficilement envisageable.

Je ne trouve pas l'idée de montrer qui a la plus grosse sous prétexte d'"esprit olympique" spécialement enthousiasmante. Comme je ne trouve pas utile, en musique, dans les Conservatoires, de jouer du piano dans le seul but de passer des concours. 
Dans ces deux milieux (non pas ceux de la musique et du sport eux-mêmes, mais ceux du stade et des Conservatoires), la discipline pratiquée n'est plus un moyen d'expression ou quelque chose que l'on fait pour le pur plaisir (même si on peut éventuellement gagner sa croûte avec), mais un moyen de répondre à un culte de la performance de la part du public — et des professeurs.

Tiens, d'ailleurs, le culte du sport était extrêmement présent sous Staline. Le dopage actuel n'a pas fait beaucoup de progrès depuis, parait-il…

“Pratiqué avec sérieux, le sport n'a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, de plaisir sadique et de violence ; en d'autres mots, c'est la guerre, les fusils en moins.”  (George Orwell)
Mais en plus d'être des outils essentiels de la sociétéspectaculairemarchande, les Jeux Olympiques, comme les Coupes du Monde et autres évènements sportifs de grande envergure, s'accompagnent toujours, et ce dès le moment où un pays pose sa candidature, d'opérations de grand nettoyage, à plusieurs niveaux.

D'abord, nettoyer le pays des immigrés et des pauvres. C'est sale. Et puis, voyez-vous, ces gens sont ceux à qui l'Etat n'a pas donné l'occasion de mener une vie correcte qui n'ont pas réussi. Ça fait tâche, dans cette belle ambiance de winnitude.

Soit dit en passant, c'est également contraire à l'idée de la société que se faisait ce vieux raciste colonialiste de Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux modernes et dont Lapâtriiie doit s'enorgueillir.
« Il y a deux races distinctes, disait-il dans L’Éducation Anglaise : celles au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l'air vaincu. Eh bien, c'est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n'est appréciable qu'aux forts. »
Ça se passe de commentaires.

On fait donc comprendre aux immigrés (je veux dire plus que d'ordinaire) qu'ils font tâche, et pas seulement en Angleterre. A Calais, aussi. Parce que c'est emprunté par les touristes pour passer outre-Manche. Résultat (article en anglais) : la PAF (police des frontières) rôde, vient réveiller les gens aux aurores pour leur demander leur nationalité, et les immigrés sont surveillés en permanence grâce à sept unités de CRS dans la ville. La gendarmerie a installé un camp en bordure de Calais, et en tout, ça fait environ 800 flics…

Et puis les femmes de ménage employées dans le village olympique. Elles sont dix par chambre, dans des mobile-homes qu'elles doivent payer, et vingt-cinq pour un cabinet de toilettes. Rassemblées "dans un vaste enclos dans l’est de Londres, à l’abri des regards".
Pourtant, ces femmes de ménage sont Utiles. Elles Contribuent à la bonne marche de l'évènement, et ils seraient bien emmerdés si elles n'étaient pas là. Mais elles restent des pauvres. Les pauvres doivent payer le fait d'être pauvres, et on doit les cacher au regard des athlètes et du public, qui viennent quand même là pour voir du sport et des paillettes sponsorisées par Coca-Cola, pas la réalité sociale.
  
Moi qui étais persuadée que le gouvernement britannique savait faire la différence entre une œuvre d'art et une crotte de chien, je suis amèrement déçue. Les street artists ne sont pas les bienvenus. Et pourtant, Londres est extrêmement réputée pour sa scène street art foisonnante, avec évidemment Banksy, mais aussi des américains comme David Walker, Swoon ou encore l'étonnant berlinois Boxi, et des tas d'autres — ils se comptent par centaines. 
 
Seulement, le street art, vous comprenez, c'est sub-ver-sif. Ça dérange, d'une manière ou d'une autre. Banksy, par exemple, fait des œuvres de toute évidence engagées (et les œuvres qui ont été prioritairement éliminées sont celles qui dénonçaient ouvertement l'organisation des Jeux). Mais le street art est en lui-même une subversion, puisqu'il s'agit de s'approprier l'espace urbain, qui, d'ordinaire, sert à parquer les gens issus de classes sociales distinctes dans des quartiers distincts, permet de maintenir l'ordre, de limiter, d'enfermer. 

Forcément, les autorités n'apprécient pas. Alors on colle des amendes, on sort les kärchers et on nettoie, on efface vite ces fresques contestataires — ces salopards d'artistes, ces poètes d'apparence anarchiste, ils ne nous laisseront donc jamais dormir.

Finalement, ça veut dire qu'on peut encore déranger les dictatures gouvernements par le simple pouvoir de l'art. C'est peut-être le bon côté de la chose.

Mais de toute façon, rien de politique, le Gwenn-Ha-Du (le drapeau breton) a été interdit. Je suppose qu'il était inutile de venir, rien que pour le fun, avec un drapeau noir. (De toute façon, les drapeaux, bon…). 

Pierre de Coubertin trouvait absolument absurde l'idée que les JO soient ouverts aux femmes : "Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Le véritable héros olympique est, à mes yeux, l'adulte mâle individuel. Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs". 
Mais vu ce que subissent les sportives aujourd'hui, il doit pouvoir se consoler, d'où il est.

Vous avez sans doute remarqué au hasard des blogs un ou deux coups de gueule sur le beach volley féminin, notamment. Vous savez, ce sport où, par un curieux hasard, toutes les filles sont en bikini — elles sont ayssi en jupette au tennis et idem pour le football américain (si, si). Une recherche d'images "beach volley féminin" est assez révélatrice. Le sport, fait par des hommes, pour les hommes. 
 
 C'est convenu : vous ne regardez pas du sport féminin, mais du porno, spécialement conçu pour que les téléspectateurs puissent bander en regardant le match. Et qu'on n'aille pas me dire que c'est pour valoriser le fait que « les sportives aussi peuvent êtres "féminines" ». Les sportives sont tout simplement traitées en tant qu'objets sexuels. Filmer tous les sports de la même manière serait assez étrange, cet amusant article en témoigne.

Dans la même veine, différents magazines ont entrepris des classements de sportives les plus sexy, par exemple l'Express, ou encore Menly, qui dirait sans doute pour sa défense que "not' slogan c'est for men only alors les femmes vouzaviezkàpasialler". Non mais c'est vrai ça, si on peut plus faire de misogynie tranquilles entre mecs.


Le CIO contrôle le genre des athlètes. Leur critère, c'est la testostérone, mais c'est très flou. A partir de quand notre corps contient suffisamment de cette putain d'hormone pour concourir avec les mâââles ? Ils ne le spécifient pas. Le spécialiss en génétique interrogé dit qu"il faut bien tracer une limite quelque part". Pour quoi faire ? C'est vraiment nécessaire ? Ou c'est juste pour contrôler le corps et le genre des sportives ? Les « féminiser » ? Il faut qu'on reconnaisse que c'est des femmes, hein, sinon on est paumés, si elles ont pas de fesses et de seins, mais où va le monde, on pourra même plus fantasmer devant le spectacle…

Enfin, un mot sur la copyright-madness qui s'est emparée de l'organisation des Jeux. Calimaq a bien sûr écrit un excellent article sur le sujet
Les sponsors font leur loi et ont à leur service, grâce au CIO, des casquettes violettes qui patrouillent dans les rues de Londres à la recherche des infractions à l'Olympic Brand Policy. Les amendes sont élevées, et ils peuvent vous poursuivre même si vous reprenez un logo dans un but non-commercial. 
L’Olympics Game Act met en place une véritable police du langage, qui va peser de tout son poids sur la liberté d’expression pendant la durée des jeux. Il est par exemple interdit d’employer dans une même phrase deux des mots “jeux”, “2012″, Twenty Twelve”, “gold”, “bronze” ou “medal”. Pas question également d’utiliser, modifier, détourner, connoter ou créer un néologisme à partir des termes appartenant au champ lexical des Jeux. Plusieurs commerces comme l’Olympic Kebab, l’Olymic Bar ou le London Olympus Hotel ont été sommés de changer de noms sous peine d’amendes.
Ah, et le truc drôle aussi, c'est quand on arrive à des cas de censure pure et simple. En gros, on n'a le droit de parler des JO qu'en bien (en gros). Pas de lien vers le site web des Jeux si c'est pour les insulter, dispersion des manifestations, etc.
(C'est bizarre, je pense à Pékin. Pourtant, je devrais savoir que ces décisions sont prises pour le bien de tous et pour le maintien de l'ordre dans la société qui me nourrit).
Toutes ces mesures sont bien évidemment accompagnées d'une utilisation à outrance des techniques de surveillance.

« L'esprit des Jeux est pervertiiii », se lamentent certains, qui pensaient encore que le sport était affaire de belles valeurs. Comme si c'était nouveau. Comme si ce n'était pas inhérent au spectacle.   
Les Jeux Olympiques. Un si bel esprit de démocratie et de liberté.
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Quelques liens complémentaires : 
L'horreur économique des Jeux Olympiques
Jeux Olympiques : la médaille d'or du capitalisme (Blog du groupe de la FA de Béthune) &
Jeux Olympiques de Londres : Austérité et répression (Indymedia Lille) 
Des Jeux Olympiques mémorables »… avec le soutien de nos partenaires. Indispensable article de Pierre Deruelle
Les critiques des Jeux Olympiques sont très peu audibles
Dispersez-moi ces pauvres qui risquent de gâcher la fête article du Guardian traduit par Courrier International.

28 juin 2012

Les femmes du bus 678

Je suis allée voir cette semaine Les femmes du bus 678, un film de Mohamed Diab, sur le harcèlement sexuel en Égypte.
L'histoire est celle de trois femmes issues de milieux sociaux très différents, mais toutes victimes de harcèlement sexuel. Fayza n'ose plus prendre le bus, Seba, qui, dans un mouvement de foule, a été victime d'attouchements, est reniée par son mari, et Nelly, la plus jeune, représentant la jeunesse égyptienne, élément central de la révolution, joue le rôle de la première femme en Égypte à porter plainte pour harcèlement.
Seba, qui anime des groupes de parole pour les femmes, rencontre ainsi Fayza et la pousse à agir. Alors Fayza va se défendre comme elle peut, à savoir en donnant des coups d'aiguille dans les parties des agresseurs. Nelly en entend parler, l'admire et veut la suivre. Mais lorsque l'affaire vient aux oreilles de la police, les trois femmes, pour éviter la prison, doivent abandonner ce moyen de défense. Elles tentent de trouver une alternative pour se faire entendre, pour que l'histoire, relatée dans les journaux, n'ait pas servi à rien.

D'après jujusete, qui a vu la réalité de la situation là-bas, c'est une œuvre remarquable d'exactitude dans la description de ce que peuvent subir les femmes au quotidien au Caire, et dans la restitution de ce que représente la classe sociale en Égypte pour les femmes : quel que soit leur milieu, elles ne sont pas respectées, mais le contexte social détermine en revanche leur degré de choix, notamment sur le port du voile.

Le film montre aussi la place des hommes dans l'histoire. En dehors des crétins qui prennent le bus pour mettre leur main aux fesses des femmes, certains évitent le sujet, en rigolent volontiers, et se sentent déshonorés lorsque leur femme ou leur sœur en est victime. Ils participent de ce fait à un cercle vicieux qui fait que les femmes n'osent jamais porter plainte ; cependant, eux-mêmes sont coincés par le regard de « la société ». Société représentée et défendue par des instances officielles exclusivement masculines, et donc reproduisant ce schéma. D'ailleurs, dans le film, on remarque que la présence des hommes est indispensable pour que les femmes soient écoutées des institutions (police, tribunal).

Cela dit, et heureusement, il existe aussi des hommes qui parviennent à briser ce tabou, à accompagner leurs femmes dans leurs combats, le réalisateur du film en premier. L'inspecteur de police a plus ou moins compris l'importance de leur combat et est plutôt enclin à les défendre, mais lorsque sa femme accouche d'une fille, il se rend compte que ces situations pourraient « lui » arriver, et accepte de couvrir les suspectes. Le fiancé de Nelly, aussi, est progressiste ; il hésite à aller contre la décision de la famille de faire retirer la plainte, mais finit par comprendre qu'il y a plus grave que le qu'en-dira-t-on.
La situation de Nelly montre par ailleurs l'importance de la réputation (la jeune femme est accusée d'entacher celle de l’Égypte entière…) comme argument pour éviter le sujet, pour étouffer celles qui veulent se faire entendre.

Les femmes du bus 678 est en outre un film très réussi, qui évite les clichés, ne constitue pas non plus un brûlot politique, mais restitue avec justesse le combat des égyptiennes pour le respects de leurs droits et de leur corps.



 Sinon, , y'a un bon article sur le harcèlement sexuel en Égypte.

22 mai 2012

22 mai 1848

Le 22 mai 1848, l'esclavage est officiellement aboli en Martinique.
Cette histoire aurait pu me rester étrangère, elle aurait pu rester en-dehors de ceux qui ne l'ont pas vécue directement.
Mais la poésie, elle, ravive. 


Il n'y a pas à dire : c'était un très bon nègre.
Les Blancs disent que c'était un bon nègre, un vrai bon nègre, le bon nègre à son bon maître.
Je dis hurrah !
C'était un très bon nègre,
la misère lui avait blessé poitrine et dos et on avait fourré dans sa pauvre cervelle qu'une fatalité pesait sur lui qu'on ne prend pas au collet ; qu'il n'avait pas puissance sur son propre destin ; qu'un Seigneur méchant avait de toute éternité écrit des lois d'interdiction en sa nature pelvienne ; et d'être le bon nègre; de croire honnêtement à son indignité, sans curiosité perverse de vérifier jamais les hiéroglyphes fatidiques. 

C'était un très bon nègre.

et il ne lui venait pas à l'idée qu'il pourrait houer, fouir, couper tout, tout autre chose vraiment que la canne insipide

C'était un très bon nègre. 

Et on lui jetait des pierres, des bouts de ferraille, des tessons de bouteille, mais ni ces pierres, ni cette ferraille, ni ces bouteilles ...
Ô quiètes années de Dieu sur cette motte terraquée !
 
et le fouet disputa au bombillement des mouches la rosée sucrée de nos plaies.

Je dis hurrah ! La vieille négritude
progressivement se cadavérise
l'horizon se défait, recule et s'élargit
et voici parmi des déchirements de nuages la fulgurance d'un signe
le négrier craque de toute part... Son ventre se convulse et résonne... L'affreux ténia de sa cargaison ronge les boyaux fétides de l'étrange nourrisson des mers !
Et ni l'allégresse des voiles gonflées comme une poche de doublons rebondie, ni des tours joués à la sottise dangereuse des frégates policières ne l'empêchent d'entendre la menace de ses grondements intestins
 
En vain pour s'en distraire le capitaine prend à sa grand-vergue le Nègre le plus braillard ou le jette à la mer, ou le livre à l'appétit de ses molosses 

La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté
 
Et elle est debout la négraille

la négraille assise
inattendument debout
debout dans la cale
debout dans les cabines
debout sur le pont
debout dans le vent
debout sous le soleil
debout dans le sang
 
           debout
                et
                    libre
 
debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite et la voici :
plus inattendument debout
debout dans les cordages
debout à la barre
debout à la boussole
debout à la carte
debout sous les étoiles
 
            debout
                 et
                     libre
 
et le navire lustral s'avancer impavide sur les eaux écroulées.



Aimé Césaire
extrait du Cahier d'un retour au pays natal (1947)

17 mai 2012

Une si belle école de la République

Le week-end dernier se tenait à Paris le salon du livre libertaire, avec une centaine d'auteurs et éditeurs, des projections vidéos, des débats, etc. J'y suis allée dimanche pour assister à une discussion sur les éducations autogestionnaires, animée entre autres par des gens du Lycée Autogéré de Paris (LAP), un des fondateurs de la Dionyversité (Université populaire de Saint-Denis), et Hugues Lenoir, auteur notamment d'un Précis d'éducation libertaire paru aux éditions du Monde Libertaire.
Pour une fois, je vais essayer de ne pas me contenter de gueuler sur ce qui ne va pas, mais aussi de présenter en quelques mots ce qui relève d'initiatives concrètes, intéressantes et qui sont susceptibles de rendre un peu plus optimiste — de changer à leur échelle le cours des choses, quoi.
Mais pour introduire ces initiatives, commençons par gueuler.

Hollande a rendu hommage à Jules Ferry. Il s'agit, je suppose, de célébrer la belle école de la République dont, dans leur refus de voir la réalité, ils sont si fiers, et de dire qu'on va rompre avec la politique de casse de l'école publique si rondement menée ces cinq dernières années.
Jules Ferry a (un peu) été remis à sa place par les journalistes, par la nouvelle opposition qui ne s'en n'est pas privée (comme si elle avait des leçons à donner) et par le PS lui-même. Ils reconnaissent au moins qu'il a été un grand défenseur de la colonisation, de la supériorité de la « race blanche » sur ces sauvages d'Africains, bref un raciste en puissance, ce que « l'époque » n'excuse qu'à peine (voir à ce sujet un bon article dans Mediapart). Au PS, c'est "on veut supprimer la notion de race de la Constitution et on n'ignore pas les positions de Jules Ferry, mais on glorifie quand même ce type parce que vous comprenez, la République".

Oui, en effet, la République, la République et ses schémas reproduits consciencieusement par l'école obligatoire depuis des siècles, la République qui envahit les cerveaux des enfants à coups de manuels et de programmes, la République de Jules Ferry, quoi. École républicaine et colonisation vont ensemble.
Mardi matin, j'ai entendu une chronique de Raphaël Enthoven (il est insupportable, je suis bien d'accord avec vous, mais ce n'était pas sans intérêt) qui disait que tout ça n'était pas du tout incompatible. Que Ferry voulait éduquer les enfants comme il voulait éduquer les habitants des colonies. Sa « vision de la colonisation [était] en pleine conformité avec son projet éducatif », soutient-il, ajoutant que dire que les deux sont incompatibles relève du contresens (il en profite pour montrer combien lui-même est politiquement incorrect, mais passons). Je suis d'accord, sauf qu'il dit ça en pensant uniquement à la prétendue mission civilisatrice que Jules Ferry attribuait à la « race supérieure ». Certes. Mais j'ai envie d'aller plus loin.

L'école de Jules Ferry colonise nos cerveaux comme ce bonhomme voulait coloniser les peuples. Hugues Lenoir disait dimanche que cette école a pour fonction de créer un modèle précis d'hommes et de femmes, utiles à la patrie et nécessaires à l’État pour se maintenir. Pas trop cons pour être efficaces et rentables, mais pas trop intelligents pour éviter de trop critiquer, assez soumis pour avoir peur de contester, pas trop épanouis, pas trop curieux. On nous bassine la tête avec un modèle social que nous finissons par croire indépassable. Tout le monde se plaint de l'échec scolaire, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Échec par rapport à qui, par rapport à quoi, sinon l'Institution, le Monde du Travail ? Ou peut-être échec de l'Institution, échec du Monde du Travail, échec de la Morale et de l’État à dresser les récalcitrant...

Rien fait que tout le monde soit persuadé que l’État (et plus généralement les hiérarchies et les rapports de domination) est nécessaire à une société est le résultat de siècles de bourrage de crâne à l'école — entre autres. Jules Ferry était peut-être pour la libre éducation, comme souligné dans l'article de Mediapart, mais les hussards noirs de la République, c'était pas triste. Oh, bien sûr, ils étaient là pour défendre la laïcité, c'est super cool, mais à part ça, ils ont surtout contribué à instaurer l'école-machine-à-laver-les-cerveaux qui reste le modèle dominant aujourd'hui.
L'école actuelle est faite pour [contrôler] les élèves et non par les élèves. Il n'y a pas d'échange de savoirs : le prof est le maître, qui n'a rien à apprendre de ses élèves et de qui, par conséquent, les élèves n'ont pas envie d'apprendre. Le fait que tout soit codifié et hiérarchisé brise toute envie de créer, d'imaginer et d'aller au-delà de ce qu'on nous propose. Les relations de domination créent des injustices, de la souffrance, une ambiance déprimante (délation, etc), et j'en passe. Bref, la même chose que l’État à plus grande échelle.

A ceux qui me diront que sans Ferry, je ne serais pas en train d'écrire cet article, je répondrai que premièrement, ce n'est pas lui qui a créé la première école publique et laïque, mais qu'elles se sont formées sous la Commune de Paris, avec l'aide entre autres d'Edouard Vaillant (qui a beau avoir été député…) et de Louise Michel, me semble-t-il.
Et deuxièmement, il existe des tas d'autres manières d'apprendre.

Au LAP, qui fête ses trente ans cette année, les élèves participent à toutes les décisions prises pour l'établissement. Pourquoi seraient-ils moins capables que les profs à décider de ce dont ils ont envie pour leur lycée ? Chacun peut prendre des initiatives, proposer des projets… Les cours ne sont pas obligatoires, mais, en seconde notamment, ils ne prennent pas la forme de cours traditionnels : ce sont plutôt des ateliers ou des débats. Même les élèves qui ne viennent pas pour le projet politique parviennent à s'y intégrer et à jouer le jeu, et, selon la prof qui était invitée, même les moins enthousiastes sont loin d'être ingérables. Les contraintes sont déterminées pas les nécessités de la vie en communauté (et décidées par tous les acteurs du lycée) et gérées par les enseignants (mais aussi les élèves qui ont tout intérêt à ce que la micro-société qu'ils construisent reste agréable à tous).

La Dionyversité, elle, a été fondée par des habitants de Saint-Denis. Assiste aux cours qui veut : les diplômes, l'âge, les opinions, la nationalité… on s'en fout. Les cours fonctionnent en cycle de conférences : une par semaine pendant un mois : en mai sur le féminisme, en juin sur l'autogestion, etc. Les intervenants ne sont pas nécessairement titulaires d'une distinction universitaire. Les cours prennent des formes très diverses et sont suivis d'un débat avec le public.
Et puis merde, on a le monde autour de nous ! On dirait que pour les défenseurs de l'école classique, jusqu'au bac, l'environnement des jeunes doit se résumer aux quatre murs de la salle de classe (c'est révélateur du projet éducatif des gouvernements)... On ne vit pas (encore) dans un monde de cadavres ! Il y a des livres, Internet, des films, de la musique, des musées, la radio, et tout simplement des gens avec qui discuter.

On peut peut-être décider que le gouvernement, on n'en a rien à foutre. Les gens ont des projets et de l'énergie à revendre, et on n'a pas encore besoin de la permission de l'Etat pour créer. Alors allons-y, éduquons nous nous-mêmes, on n'a jamais fini.

25 avril 2012

Maîtres mots

18 % pour la facho-chef, 27 % pour le facho-adjudant. Mes parents ont tenu à regarder la Soââârée Spéciâââle sur France 2, par pur masochisme de toute évidence, puisque la soirée en question a été passée à plus ou moins insulter tous ceux qui ouvraient leur grande gueule sur le plateau. On s'est bien amusés, mais le FN à 45 %, ça fait quand même mal.
On a vu la tête de Le Pen, puis celle de Sarko, et on s'est dit que l'entre deux tours allait se résumer à un monceau de paroles racistes, inintéressantes mais ultra-agressives. Même plus de fausses promesses. Juste des affirmations péremptoires sur la place des étrangers en Gaule, l'invasion des sarrasins et les trompettes de la Marseillaise.

Bingo. Mais on n'avait pas anticipé le revirement carrément pétainiste.
Travail, famille, patrie, les pires institutions qui soient, qui amènent les soumissions les plus avilissantes, se retrouvent au milieu des discours électoraux.

La famille traditionnelle détermine un rôle figé pour la femme, entre autres absurdités. Celui de s'occuper des gosses, de faire à manger, et, aujourd'hui, quand même, être belle et conforter dans leur vision les organisatrices du salon de la femme (cf mon billet d'il y a quelques semaines). Sans surprise, Boutin (proche de Sarko même si elle a créé son Parti Chrétien Démocrate...) et Morano veillent donc à son maintien dans notre belle société française. Qu'on se rassure, Sarkozy ne contredira pas les chantres du mariage réservé aux hétéros, surtout-ne-pas-bousculer-les-repères. 
 
La religion est toujours un argument sous-jacent, alors que les mêmes fustigent les mauvaises françaises qui portent la burqa. Voir par exemple cet article, qui date du débat sur l'identité nationale.Au hasard, Le Pen a apparemment su convaincre 20 % de gens avec son IVG de confort, qu'elle ne peut pourtant défendre qu'en avouant des arrière-pensées religieuses, puisque tous les médecins diront qu'aucune contraception n'est fiable à 100 % et qu'aucun traitement médical n'a aucun risque d'être oublié par le patient.

La patrie aussi, ce n'est pas nouveau, on l'aime ou on la quitte, on ne siffle pas la sacro-sainte Marseillaise, on ne se torche pas avec le drapeau, on mérite la nationalité française. Et, comme si cela allait de pair avec aimer son pays, on ne mange pas hallal, on ne prie pas dans la rue, on n'égorge pas le mouton dans son appartement (sic), etc. Alors que le dévouement à la patrie, c'est faire la guerre, mourir pour des cacahuètes et, plus généralement, se soumettre à quelque chose que l'on n'a absolument pas choisi, qui n'est qu'une idée floue et dépassée. Ultra-fun.

Catholicisme, patrie, famille. Conneries. Ces idées appartiennent à une autre époque, l'époque des colonies, de la France en dentelles blanches, des photos délavées, de l'encre sur les mains, des coups de règle sur les doigts, le temps des tisanes de camomille, des robes encombrantes, des queues-de-pie, des favoris sur les tempes des messieurs. Il serait temps d'en finir.

Et enfin, le travail. Parlons du vrai travail, le travail de ceux qui sont français de souche, pas les musulmans assistés, pas les chômeurs marginaux, pas les "fraudeurs". Non, on parle des bons serviteurs de la méritocratie. Les vrais travailleurs, comme les ministres, par exemple. Ou les ouvriers qui ont eu au moins un accident de travail dans leur vie, sinon ça compte pas. Gérard Filoche a tout dit.
A Sarkozy, il faut du travail d'hommes, du travail où on se pète les mains, du travail où on souffre (comme ça, les gens qui souffrent, il peut en parler dans ses discours), du travail de pétainland. Et de dire dans son discours de Longjumeau, hier, que le travail libère (si, si) et que c'est le chômage qui aliène. Oh les doux relents d'Allemagne sauce 1930...
Et à gauche comme à droite, la glorification de la valeur travail, toujours, la méritocratie, à bas la paresse, la fainéantise, le joie de vivre, le plaisir, les loisirs et l'amour. Travaille et tais-toi, un bon ouvrier est un ouvrier qui ne pense pas.

En attendant, le 1er mai, allons manifester avec les fainéants d'apparence.


« Le travail est probablement ce qu'il y a sur cette terre de plus bas et de plus ignoble. Il n'est pas possible de regarder un travailleur sans maudire ce qui a fait que cet homme travaille, alors qu'il pourrait nager, dormir dans l'herbe ou simplement lire ou faire l'amour avec sa femme. »
Boris VIAN

19 avril 2012

En temps de guerre...

Les soldats américains censés rétablir l'ordre chez les sauvages en Afghanistan se sont encore fait attraper. Un des leurs a contacté le Los Angeles Times et leur a communiqué des photos plutôt monstrueuses de soldats en train de poser à côté de cadavres et de bouts d'insurgés démembrés -- et c'était déjà arrivé en 2010. Après l'histoire des photos où des types pissaient sur des cadavres -- comble de l'horreur, du mépris, de l'inacceptable.
Racisme, sans doute, dans une forme extrême : on pose avec les restes des sauvages qu'on a tués, comme des trophées de guerre, ça pue même le colonialisme. 
Et aussi le fait que ce sont des militaires qui se sont probablement engagés par choix. Ces types-là ont accepté de faire la guerre. Ils n'ont pas été mobilisés en urgence et ce n'est pas le genre à savoir ce que signifie l'objection de conscience. Ils ont accepté de tuer des gens, de massacrer des innocents, d'intégrer un monde où tout est uniformisé, où n'existe que la soumission, où l'on t'interdit de penser, où tu ne fais qu'exécuter (les ordres comme les gens). Il faut déjà être pas mal timbré. "Ceux qui aiment marcher en rang sur une musique, disait Einstein, ce ne peut être que par erreur qu'ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement." 
Ils vont être jugés par la justice militaire -- parce qu'il faut bien une justice de l'uniforme, voyez-vous. Qui se chargera de dire que c'est un cas exceptionnel et que tout ira bien dans le meilleur des mondes une fois qu'ils auront payé pour cette connerie. Comme tout ça n'était pas inhérent à la guerre. Quant au soldat qui a balancé au Los Angeles Times, pour « attirer l'attention sur les problèmes de discipline et de commandement », je le plains. S'il ne voit en cela qu'un problème de discipline, je crois qu'on ne peut rien faire pour lui.

Et en attendant, sur France Culture, j'entends que l'Inde est fière d'entrer dans le "club très fermé" (en mode billard) des pays dotés d'un missile balistique intercontinental -- les pays civilisés, quoi. Oooh, bravo, bravo, super, on applaudit.
La vie est belle, dans les pays des droits de l'homme, de la morale et des civilisations supérieures.

8 mars 2012

De loin en loin…

De loin en loin, il arrive qu'on rencontre des gens assez ahurissants, des stupides, des aliénés, des déments (dans le milieu des conservatoires de musique, par exemple), des ridicules, ou des gens malsains. Mais rencontrer en une même soirée deux personnes qui sont tout ça à la fois, c'est rare et assez traumatisant.

Hier soir, donc, je me trouvais au vernissage d'une exposition à la mairie du IIe arrondissement de Paris. Il s'agit du remarquable travail de la photographe Marie-Hélène Le Ny, qui a photographié 193 femmes d'origines et d'horizons très différents. Ces femmes lisent également un texte de leur choix, racontant parfois leurs propres expériences. On trouve des artistes, des politiques, des chercheuses, des anonymes qui ne le sont justement jamais vraiment, et qui sont riches de leurs cultures et parfois se sont découvertes belles, en tant que femmes, en tant que vivantes. Beaucoup d'émotion, donc ; l'expo se tient jusqu'au 22 mars et si vous êtes dans le coin, je ne peux que vous encourager à y aller.

Je me trouvais donc en train d'admirer les portraits, quand une femme d'une cinquantaine d'années nous aborde, ma mère et moi, en nous disant tout de go : « Alors, quoi de neuf dans le mouvement féministe en ce moment ? Pas grand chose, hein ? Moi j'en ai rencontré, ben y'a les mots mais rien derrière, hein ! »
Euh, oui. Bon. Avec ma mère, on ne sait pas trop quoi dire. Il serait trop long de mentionner tout ce qui se joue en ce moment chez les féministes. Comprenant que je m'intéresse à la chose, la harpie se prétendant féministe me pose cette question assez saugrenue : « Et vous êtes pour ou contre l'avortement ? » Un peu gênée, je m'empresse de répondre que bien sûr que oui, je suis pour, ça va de soi. Elle a un regard atterré. C'est bien ce que je craignais. « Aaaah, ma pauvre petite, me dit-elle à peu de choses près, vous savez, quand on un vu des films sur l'avortement, on ne peut qu'être contre.
— Mais vous ne croyez pas que ces films sont justement destinés à discréditer l'IVG ? »
Et la voilà partie pour me dire en long en large et en travers que les femmes qui ont subi une IVG en sont toutes sorties traumatisées, que je suis encore jeune, et gnagnagna. « Aujourd'hui, il existe des associations pour aider les filles-mères ! » pérore-t-elle, sous-entendu Qu'est-ce-que-ces-connes-vont-faire-dans-des-centres-de-Planning-Familial-on-s'occupe-déjà-assez-d'elles. Une dame entre dans la conversation et témoigne qu'elle a déjà avorté sans que ça ne lui laisse de séquelles. « Oui mais vous êtes particulière, vous, vous êtes éduquée (ainsi l'éducation serait synonyme de force mentale, c'est à vérifier) ! Et vous avez été élevée dans une intelligentsia de gauche qui entretient ces positions pour l'IVG… »
Oh. Toute personne qui s'affirme en faveur de l'avortement est donc issue de l'intelligentsia de gauche. Elle m'apprend un truc. « Il faut dompter les hommes, je suis féministe parce que je n'ai pas eu d'enfants, j'ai empêché les hommes d'aller au bout de leurs pulsions. » Décidément, c'est formidable, j'apprends plein de choses. Super, le but dans la vie. Dompter les hommes. J'irai loin, avec des conseils aussi précieux.
Au bout d'un moment, la conversation devient insoutenable, et nous prenons froidement congé de l'illuminée.

Mais je me rends compte, au fil de la soirée, qu'elle s'est mise en tête de convertir toute la salle — sans grand succès bien entendu. Par malheur, elle finit par en trouver une qui partage son avis. Elle me désigne du doigt en lui expliquant qu'elle n'a pas pu aller au bout de sa pensée parce qu'il y avait ma mère — comme si c'était ma mère qui m'avait obligée à quitter le débat. Je me suis retenue de lui balancer mon poing dans la gueule, parce que j'avais mon bracelet à clous, ça aurait fait des histoires.

Mais sa copine vient me voir à son tour, genre On va voir si ça réussit avec moi. Tu as quel âge, qu'est-ce que tu penses de l'expo, tout ça. Puis :
« Tu apprends la biologie au lycée ? » « Euh, oui…» « Ah, c'est bien, la nature, tout ça… »
Ok, je vois où tu veux en venir. « Parce que les enfants, ce sont les enfants de Dieu, hein, de la nature, il ne faut pas leur faire du mal… »
Aïe. Illuminée puissance cinq. Je m'efforce de rester polie. « Mais vous ne croyez pas qu'il vaut mieux qu'un embryon ne puisse pas devenir un bébé, plutôt que ce bébé naisse dans un monde où personne ne saura lui donner ce dont il a besoin ? » A voir son expression choquée, elle ne me suit pas.
Essayons le retour aux principes de base. « Et qu'est-ce que vous faites des mères ? L'avortement leur permet d'avoir un enfant si elles en ont envie ! » « Oui, d'accord, pour un viol, un inceste, mais il ne faut pas qu'elles fassent ça tout le temps (sic) » Théorie de l'IVG de confort. « Vous savez, je pense que les centres de Planning Familial, on les informe assez sur ce qu'est l'avortement, je ne crois pas que ces femmes prennent ça à la légère. » L'art de prendre les femmes pour des connes.
Et là, l'argument choc : « Mais si elles ne parlent pas français ? Si elles ne sont pas éduquées ? » « D'accord mais… » Impossible de répondre, elle s'enflamme : « C'est les immigrés qui foutent la merde, qui tuent des enfants parce qu'ils n'ont pas d'éducation ! » Mais c'est pas toi qui va améliorer le système pour que plus de gens aient accès au savoir. « Toi, tu es blanche et chrétienne comme moi… » Ah, elle joue la carte du Entre blancs. Et l'UMP qui donne l'argument communautariste contre le droit de vote des étrangers. « Non, je ne pense pas, non. » Elle ne relève pas, continue sa diatribe dégoulinante de racisme et de valeurs dépassées. « Il faut pas les laisser passer, les étrangers, c'est eux qui apportent leur merde chez nous ! » C'est toi qui me fais chier, là tout de suite, alors on va conclure fissa. « D'accord, madame, je crois que nous sommes sur des idées radicalement différentes et vous ne parviendrez pas à ma convaincre, alors on va s'arrêter là. Au revoir, bonne soirée. »

J'avoue que ces conversations m'ont rendue un peu stone. Je savais, bien sûr, qu'il existait des gens comme ça, complètement hors de la réalité des femmes, et/ou aliénés par la religion (ce sont en général les mêmes qui pensent que la France est envahie par les musulmans et emmerdent ces derniers sur leurs pratiques culinaires), qui vont prier devant l'hôpital Tenon pour sauver les pauvres pécheresses qui viennent y avorter. Et qui sont dans ces cas-là protégés par les flics des méchants gauchistes qui viennent défendre ledit centre IVG.
Mais d'en rencontrer en vrai, c'est une expérience vraiment étrange. Sur le moment, tu as vraiment l'impression qu'une partie de l'humanité est irrécupérable. Ça te rappelle que les droits des femmes ne sont pas du tout, mais alors pas du tout acquis, quel que soit le pays, et que les religions dans lesquelles sont ancrées la plupart des sociétés y sont pour beaucoup.
Mais bon, tant que les femmes sont canon et qu'elles ferment leur gueule, le monde tournera rond et on pourra dormir sur nos deux oreilles.

16 février 2012

Arguments contre ACTA

Samedi dernier, les Anonymous ont appelé à de grandes mobilisations contre ACTA. Dix pays ont déjà reculé à l'heure où j'écris. Sur les 27. On n'a pas fini.

ACTA, ou Anti-Counterfelting Trade Agreement (Accord commercial anti-contrefaçon), est un traité concernant la propriété intellectuelle, qui a été mijoté par un grand nombre de pays.
ACTA vise à réprimer la contrefaçon (faux produits, médicaments, etc). Bon, ils pensent encore qu'ils vont vaincre une hydre en lui coupant la tête, mais ça s'arrêterait là si le texte, insidieusement, n'étendait pas le terme de contrefaçon à Internet. Il s'agit d'un traitement de choc contre les méchants pirates, un super plan pour que les majors gardent leur pognon et que chacun conserve son savoir chez lui.
Folichonne, leur vision du monde sous copyright. L'ACTA entend en plus former un organisme à part, indépendant des autorités démocratiques de contrôle habituelles, pour que les dirigeants puissent faire leur petit business tranquilles.

Sur le wiki de la Quadrature du Net, on trouve cette page intéressante, qui donne un certain nombre d'arguments contre ACTA. Je vous résume :
D'une part, comme dit plus haut, ce texte a été écrit dans un contexte complètement anti-démocratique, obscur et sans aucune concertation avec les principaux intéressés, à savoir les utilisateurs d'Internet. Il ne dépend de rien, va à l'encontre du droit européen et ne peut être révoqué par personne.
Cette « loi » peut faire pression sur les fournisseurs d'accès Internet notamment, qui devront alors déployer des méthodes de censure automatique, nous placer sous surveillance permanente (bien qu'ils le nient, l'ACTA touchera bien évidemment les actions privées sans but lucratif, contrairement à ce que préconise le Parlement euopéen).

L'ACTA, bien évidemment, empêche tout débat à propos de cette politique répressive, et n'envisage aucune alternative. Elle ne distingue même pas les infractions commerciales de celles sans but lucratif.
ACTA privilégie les grandes entreprises par rapport à l'innovation et publie des chiffres faux sur les conséquences économiques du piratage et de la contrefaçon pour faire croire qu'ACTA sauve l'emploi.

ACTA étend la portée des sanctions pénales à la complicité avec les infractions à échelle commerciale, et va donc « créer des outils juridiques menaçant n'importe quel acteur d'Internet. Des pratiques sociales répandues, telles que le partage de fichier hors-marché entre individus, de même que l'édition de contenus sur un site d'information populaire ou la distribution d'outils de diffusion innovants, pourraient être interprétés comme à échelle commerciale ».
Le traité bafoue au passage une dizaine de nos droits fondamentaux. Petite liste selon le Comité social et économique européen (CESE) : droit à la vie privée, liberté d'information, secret des correspondances, présomption d'innocence, doit à la santé, à l'alimentation, droit des agriculteurs à choisir leurs semences et accès à la culture. La Quadrature pointe le fait que l'accord empêchera toute réforme du droit d'auteur.

Comme d'habitude, ce genre de répression coûte bonbon et ne sert strictement à rien, car il s'attaque à la conséquence du problème (le piratage et la contrefaçon) sans s'occuper de la cause (qui se joue sur les marchés et au niveau des ayant-droits). De plus, les pratiques qui sont réellement préjudiciables ne seront en rien stoppées par cette mascarade.

Il semblerait que les dirigeants soient contents d'avoir une occasion de contrôler Internet (mais aussi la santé, l'agriculture, etc) et surtout de faire en sorte que tout soit commercialisable. Ils ne chercheront donc jamais à aller vers les politiques de partage proposées par des foultitudes de gens très bien (licence globale, logiciels libres, toussa).
Ce qu'ils font depuis deux ans, c'est se foutre de notre gueule en nous servant des arguments faciles (les-pirates-c'est-pas-bien, vous-aimeriez-vous, toi-qui-es-artiste, ça-protège-l'emploi), et sans jamais nous expliquer, pour que le citoyen lambda, pas documenté, puisse se dire qu'il n'y a aucun autre moyen de respecter et de rémunérer correctement les artistes.
Heureusement, ils ne nous ont pas encore fait croire que c'étaient les artistes qui avaient demandé ACTA.


Quelques articles

11 février 2012

Conneries gouvernementales, collection janvier/février

Je n'ai pas abandonné mon blog en janvier par manque de temps, ni même par flemme. Simplement parce qu'on entendait à peu près une connerie par jour, dont certaines que j'aurais été incapable de commenter sans écrire à côté de la plaque. Et je ne savais pas comment tourner mes phrases, dire les choses bien, tout ça tout ça.
Il y a notamment eu les mensonges débités par Sarkozy sur l'ORTF (pas moins de six chaînes de télé) il y a quelques semaines. Mais ce type est tellement pénible, on finit par tellement le connaître, par savoir par cœur ce qu'il va dire, qu'il est fatiguant rien que quand il dit Mes Chers Compatriotes. A l'image de tous les autres, vous me direz, mais lui, c'est particulièrement insupportable.
Par contre, je ne peux pas rester sans rien dire devant les dernières sorties de Guéant.

Vous connaissez sans doute l'histoire mais je vous fais le résumé, histoire qu'on s'entende bien.
Notre ministre de la Terreur a dit, phrase livrée fraîche par un certain Yves Roucaute qui pense que ce sont ces sales gauchistes qui ont inventé le fascisme, que « toutes les civilisations ne se valent pas ». En continuant : « Comment ne pas reconnaître que la civilisation qui défend la liberté, l'égalité et la fraternité est supérieure à celle qui accepte la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ? »
Ça fait bien, hein, monsieur Guéant, de se poser en défenseur des libertés, alors que vous avez fait proliférer les caméras de surveillance partout en France, et voulez à tout prix contrôler Internet. Ça fait bien de dire qu'on croit en la fraternité alors que le gouvernement laisse des dizaines de SDF crever dans le froid. Ça fait un peu bizarre de dire qu'on défend l'égalité alors qu'on parle justement d'une soit-disante inégalité des civilisations, mais ça, on s'en fout.

Au gouvernement, en tout cas, ça ne les choque pas. Ça ne les choque pas qu'on reprenne (qu'un ministre reprenne) grosso modo l'une des idées principales de Mein Kampf. Non, ce qui dérange ces messieurs du gouvernement, ce sont plutôt les mots de Serge Letchimy, député apparenté PS des colonies de Martinique, qui ose, quel irresponsable, dire que Guéant nous ramène « à des idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration au bout du long chapelet esclavagiste et coloniale.» Oui, car pour information, « nazisme » et « camps de concentration » ne sont pas des mots que le député a gueulé dans l'hémicycle pour voir quel effet ça ferait, comme le sous-entendent beaucoup d'articles sans citer ses propos.

Wauquiez, le pote des assistés, dit que la gauche c'est rien que des bien-pensants. Ben voyons. Alors comme ça Hitler, lui au moins, "osait dire les choses", hein… Sauf que ce n'est pas une question de bien-pensance. Ce n'est pas une question de minables stratégies politiques, et l'intervention de Letchimy n'était pas une maladresse dans un piège tendu par la droite.
Il s'agit d'histoire terrible, il s'agit de dire que les musulmans seraient inférieurs aux français "de souche", ou de prétendre que les sociétés sans écriture sont inférieures aux sociétés possédant une littérature (dixit Luc Ferry, philosophe de mes deux, qui en a rajouté une couche et qui bien sûr connaît parfaitement l'histoire des amérindiens, des Incas et j'en passe).
On sait très bien d'où vient Guéant, à savoir des groupuscules d'extrême droite dans la veine d'Action Française et autres GUD, mais ce type est ministre. Je sais. Être ministre n'est absolument pas gage d'intelligence. Je suis la première à la dire. Mais moi, ça me fait très bizarre.

La haine est une défaite de l'imagination.
Graham Greene

2 janvier 2012

Malgré la présidentielle dont ils vont nous rebattre les oreilles pour un résultat final à peu près similaire à ce que nous vivons maintenant,  malgré les États qui subsistent et répriment, malgré la culture mainstream qui s'apparente de plus en plus à de la bouse, malgré la surveillance généralisée qu'ils essaient de mettre en place pour nous faire croire que nous sommes tous des criminels et nous désolidariser, malgré les efforts consciencieux des multinationales et des gouvernements pour faire crever la planète, déloger des populations, étouffer les cris, maintenir le désordre officiel, malgré les guerres qui se poursuivent, malgré leurs mensonges, et j'en passe, malgré tout ça, on continuera de vivre ; tant qu'un homme ou une femme sur terre peut rire au nez de ses dirigeants, il restera de l'espoir, tant qu'on peut créer, il restera des empêcheurs de penser en rond.

Alors  
Bonne année 2012 !