16 mars 2010

Et la Terre

Les adultes moyens en Occident marchent dans les rues avec les mêmes mouvements de robots, ils regardent ensemble, à la même heure et dans la même posture cacahuètes-bière-saucisson le journal télévisé de PPDA, la pub, puis la météo, puis l'éventuel match de foot de la soirée, écoutent Johnny Hallyday, Patrick Sébastien ou Claude François parce que ça leur rappelle leur jeunesse, ils lisent des auteurs de livres insipides mais populaires comme Anna Gavalda ou Guillaume Musso. Ils passent devant les SDF sans les voir, ils fixent avec insistance le trottoir d'en face, montent le son de leur iPod face à l'accordéoniste qui joue tristement et mécaniquement L'Hymne à l'amour, ils achètent les mêmes produits Max Havelaar et décrétés Agriculture Biologique pour se donner bonne conscience, votent pour les mêmes politiques verreux en panne de slogans et avides de combats entre partis (unis contre la droite, unis contre les musulmans, battons nous contre la gauche) et entre ministres, boivent du vin français parce que ça fait tout de suite "j'aime ce qui est bon", fêtent Noël sans savoir si cela a encore un sens, autour d'un arbre qu'on a arraché à sa forêt pour satisfaire la masse, puis couvert de guirlandes, de cristal, à la gloire de rien, puisant leurs sujets de conversations stériles dans ce que leurs ont appris les programmes scolaires et leur travail, leur vie confortable et les grandes marques, ce qu'ils faut penser, ce qu'il faut faire, ce qu'il faut dire et en présence de qui.

Ils se vautrent dans la vie comme si elle était éternelle, se roulent avec délice dans le mensonge de ceux qui les dirigent, écoutent, passifs, les slogans à la noix de l'Oréal qui vend des filles anorexiques, ou de l'Armée de Terre qui recrute des naïfs pour aller tuer ce qu'il reste de l'humanité, derniers résidus de vie sur cette Terre ensanglantée qui continue, fragile, sa rotation, fidèle aux lois qui régissent l'Univers et auxquelles les adultes se sentent supérieurs en tant qu'humain, seuls êtres pensants. Fort de ce dernier principe, qu'on leur a fait avaler dès leur naissance, ils accueillent sans broncher les nouvelles sur la faim dans le monde, l'état de la planète et les bêtises que leur font gober les médias, donnent quelques sous pour la même raison qui les pousse à acheter commerce équitable, et repartent dormir sur leurs deux oreilles après avoir mangé de la viande de vaches élevées à l'OGM. Mais c'est meilleur.

Certains, cependant, ont conscience de cette espèce d'esclavage dans lequel ils s'obligent eux-mêmes à vivre. Ils attendent donc un autre Messie, qui les délivrera de ces maux contre lesquelles ils pensent que, seuls, ils ne peuvent lutter, et dirigera la remise sur pieds de la Terre. Un jour, ils se sont rendus compte que la Bourse les avait trahis. Mais ils ne se sont toujours pas rendus compte qu'il faudrait peut-être, un jour, remettre réellement en cause le système du capitalisme sauvage, aujourd'hui largement couvert par différents gouvernements, sans recommencer, bien évidemment, une révolution initiée par la pensée de Marx et la théorie de la lutte des classes, qui a fait de la Russie un état de despotisme et de la Chine une dictature. Trouver autre chose. Parfois aussi, ils s'en remettent aux jeunes. Ce sera à nous, bien sûr, qui n'y sommes pas pour grand chose, de réparer les erreurs de ceux à qui nous devons le respect par convention.

Les adultes sont tristes. Ils mènent une vie où ils ont une perpétuelle faim de bonheur, qu'ils pensent assouvir en remplissant leurs maisons de meubles Ikea, en ayant de l'argent, une belle femme, un visage refait par la chirurgie esthétique et le journal hebdomadaire. Mais qu'ils n'assouviront jamais. Inaccessible étoile. Car ils ne sont pas libres. Ils n'ont pas le pouvoir de choisir entre tous leurs rêves. Pour certains, ils n'ont pas de rêves. Et c'est ce qui fait que les dispositifs de sécurité, de consommation de masse, réussissent. A cause du manque d'espoir des gens.

Ailleurs dans le monde, les adultes moyens travaillent aux champs, dans des usines pour payer les besoins imaginaires, créés par la publicité, de l'Occident, dans des cages invisibles, enchaînés à la servitude indécelable de leur quotidien. Ailleurs, la Terre se dessèche. On perce de grands trous pour récolter quelques gouttes de pétrole, qui servira à polluer encore plus. On élève des animaux dans des immenses parcs, entassés les uns sur les autre, et, automatiquement, comme des machines, des gens les exterminent. Sans rien ressentir. Juste tuer. C'est leur travail, ça leur permet de gagner 5 centimes par mois.

C'est triste, la vie, le dimanche.